Ils sont partout, et pourtant invisibles. Une armée de l'ombre qui traverse les open-space et les salles de pause quand pause, il y a. En 2025, 22 % des Français déclarent avoir aidé régulièrement un proche malade, en situation de handicap ou en perte d'autonomie, selon un sondage de l'agence How Much réalisé auprès de 3 204 personnes entre janvier et février 2026. Parmi eux, 18 % sont encore aidants à l'heure actuelle. D'après l'Observatoire OCIRP 2025, les estimations parlent d'environ 5 millions de salariés aidants en France soit 7 % de la population française. Malgré ces chiffres éloquents, au travail, le silence domine : 61 % des salariés aidants n'ont rien dit à leur employeur d'après l'enquête How Much. « L'aidance » est perçue comme une affaire privée, intime, presque honteuse. Nombreux sont ceux qui « préfèrent ne rien dire » et qui « tiennent tant que c'est gérable ».
Double journée, triple charge, carrière en suspens
Loin d'être marginale ou de n'être qu'un simple « coup de main ponctuel », cette « double casquette » est chronophage et peut percuter de plein fouet l'organisation du travail : environ 65 % des aidants y consacrent au moins six heures par semaine, dont 36 % plus de dix heures. Et 35 % accompagnent plusieurs proches à la fois. À cela s'ajoute la « génération sandwich » : 36 % ont aussi des enfants à charge.
Baisse de productivité, davantage d'absences…
Or, les conséquences sur le travail sont bien réelles : 57 % évoquent une baisse de disponibilité ou de productivité, 33 % demandent davantage de télétravail, 29 % connaissent des retards ou absences imprévues, 22 % réduisent leur temps de travail, 12 % refusent une promotion ou une mobilité. Et pourtant, beaucoup se taisent. Par peur d'être jugés (23 %), de nuire à leur carrière (25 %) ou d'être perçus comme moins fiables (19 %). Le tabou ne tient pas seulement à la pudeur : il s'enracine dans la culture managériale et l'absence de cadre clair.
Des solutions simples… mais encore trop rares
Quand on les interroge, les salariés aidants ne réclament pas des dispositifs révolutionnaires. Ils demandent d'abord de la souplesse : 45 % citent le télétravail ou les horaires aménagés, 32 % les congés ou dons de jours, 24 % un temps partiel flexible. Néanmoins, 22 % disent ne connaître aucune mesure dans leur entreprise, et 18 % ignorent si des dispositifs existent. L'information circule mal, les référents sont rares (14 %), les aides financières marginales (7 %). Le paradoxe est là : 81 % des aidants souhaitent la mise en place d'un « accord aidants » en entreprise, un cadre clair, confidentiel et protecteur. Derrière les chiffres, une réalité s'impose : le sujet des aidants n'est plus une exception. Le temps du « bricolage individuel » semble révolu. C'est bel et bien devenu un enjeu d'organisation du travail, de prévention et d'égalité.
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