Comment reconnaître une démence fronto-temporale ?

Longtemps méconnue, la démence fronto-temporale est (re)venue sur le devant de la scène avec Bruce Willis. Cette maladie neurodégénérative touche le langage, le comportement ou la personnalité et reste confondue avec Alzheimer ou des troubles psys.

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Un visage en forme d’arbre qui se désagrège

Cela avait d'abord commencé avec la parole, affectant progressivement sa personnalité ou encore ses comportements. Aujourd'hui âgé de 71 ans, Bruce Willis a été diagnostiqué en 2022 d'une démence fronto-temporale. Mais quelle est cette maladie neurodégénérative proche de la maladie d'Alzheimer et qui s'en différencie pourtant ? Quels sont les principaux symptômes de cette pathologie tristement mise en lumière par l'acteur du Cinquième Élément ?

Une maladie qui bouleverse d'abord la personnalité

Contrairement aux idées reçues, toutes les démences ne se ressemblent pas. Celle décrite comme « fronto-temporale » (DFT) représente environ 10 à 20 % des démences et constitue l'une des principales causes de démence précoce, apparaissant le plus souvent entre 45 et 65 ans, même si des formes plus tardives existent. Chez les personnes porteuses d'une forme génétique (mutations des gènes C9orf72, MAPT ou GRN), des anomalies biologiques et d'imagerie peuvent être détectées 10 à 20 ans avant les premiers signes cliniques. Ce qui explique que des cas rares et fulgurants comme celui d'un jeune américain de 24 ans, Andre Yarham, disparu depuis, puissent exister.

Quels sont les premiers signes de la DFT ?

Cette pathologie résulte de la dégénérescence progressive des lobes frontaux et temporaux, des régions du cerveau impliquées dans le langage, les émotions, le comportement et les fonctions exécutives. Les premiers signes n'ont souvent rien à voir avec les pertes de mémoire qui caractérisent la maladie d'Alzheimer. Les proches observent d'abord des changements de personnalité, une désinhibition, une perte d'empathie, des comportements répétitifs, inappropriés socialement (voler, se dénuder en public, manquer de filtre…), une certaine forme d'apathie (soit un manque de réaction émotionnelle), une démotivation, des difficultés à organiser les tâches du quotidien ou encore une altération progressive du langage. Certains patients ne trouvent plus leurs mots, c'était le cas de Bruce Willis, d'abord diagnostiqué aphasique (Atteint d'aphasie, Bruce Willis met fin à sa carrière).

D'autres perdent progressivement la capacité de comprendre ou de produire un discours. « Les symptômes peuvent être si proches d'une dépression, d'un trouble bipolaire ou d'une maladie psychiatrique que le diagnostic est parfois retardé de plusieurs années », soulignent les neurologues. Cette errance diagnostique explique en partie pourquoi cette maladie reste encore largement méconnue.

Pourquoi la démence fronto-temporale est-elle souvent confondue avec Alzheimer ?

La démence fronto-temporale appartient à la grande famille des maladies neurodégénératives, au même titre que la maladie d'Alzheimer, la démence à corps de Lewy (Maladie de Lewy : l'errance des patients) ou encore certaines démences vasculaires. Pourtant, elle s'en distingue sur plusieurs points essentiels.

Dans la maladie d'Alzheimer, les troubles de la mémoire épisodique dominent généralement les premiers symptômes. À l'inverse, dans la DFT, la mémoire peut rester relativement préservée au début de l'évolution, tandis que les difficultés concernent avant tout le comportement, les interactions sociales ou le langage. Cette différence est essentielle pour orienter le diagnostic, même si, avec l'évolution de la maladie, les tableaux cliniques peuvent finir par se rapprocher voire se croiser. Des études suggèrent par ailleurs que certaines personnes présentent des lésions mixtes, associant des mécanismes propres à Alzheimer et à la démence fronto-temporale.

Une parole libérée pour briser le tabou des aidants

La sortie du livre d'Emma Heming Willis, Le Voyage inattendu (Éditions Leduc) en juin 2026, remet cette pathologie sous les projecteurs en mettant l'accent sur le rôle crucial de l'aidant. « J'ai écrit le livre que j'aurais aimé avoir lorsque nous avons eu le diagnostic », confie l'épouse de l'acteur, qui décrit le quotidien face à ce déclin cognitif. Bruce Willis n'est d'ailleurs pas la seule figure publique touchée : d'autres personnalités, comme le réalisateur Terry Jones (Monty Python), décédé en 2020, ont souffert de cette forme de dégénérescence.

Des recherches qui progressent, mais aucun traitement curatif

À ce jour, aucun traitement ne permet de guérir la démence fronto-temporale ni d'en stopper l'évolution. La prise en charge repose sur des approches non médicamenteuses (orthophonie, accompagnement neuropsychologique, ergothérapie, adaptation du quotidien) et, lorsque cela est nécessaire, sur des traitements visant certains symptômes comportementaux.

En revanche, la recherche progresse rapidement. Des équipes françaises et internationales travaillent à identifier des biomarqueurs capables de détecter la maladie plus précocement grâce à l'imagerie cérébrale, à des analyses biologiques ou à la génétique. Plusieurs gènes, notamment C9orf72 (souvent lié de surcroît à la maladie de Charcot), MAPT et GRN, sont aujourd'hui identifiés dans certaines formes familiales. Plus récemment, des chercheurs belges ont également mis en évidence de nouveaux facteurs de risque susceptibles d'améliorer le diagnostic et d'ouvrir la voie à des traitements ciblés. L'enjeu est de taille : intervenir avant que les lésions cérébrales ne deviennent irréversibles et mieux distinguer cette maladie d'autres troubles neurologiques ou psychiatriques.

Si la démence fronto-temporale reste une maladie rare, la médiatisation du parcours de Bruce Willis contribue à rappeler que les maladies neurodégénératives ne se résument pas à la maladie d'Alzheimer. Elles recouvrent des réalités très différentes, qui nécessitent chacune un diagnostic précoce, un accompagnement spécifique et un soutien durable aux personnes malades comme à leurs aidants.

© wildpixel de Getty Images Pro / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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