Autisme : non, ce n'est pas une épidémie

"L'autisme, c'est un fléau." Cette formule entretient une confusion dangereuse. Dans le septième épisode de notre série de fact-checking vidéo, deux experts expliquent pourquoi l'augmentation des diagnostics ne signifie pas que l'autisme se propage.

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« L'autisme, c'est une épidémie. » Outre le fait qu'elle soit particulièrement anxiogène, cette phrase véhicule une idée fausse qui nourrit les préjugés et la stigmatisation. Dans le septième épisode de notre série de fact-checking vidéo, Chams-Ddine Belkhayat, directeur de l'association AFG Autisme et père d'un enfant autiste, et Marie-Maude Geoffray, pédopsychiatre à l'hôpital du Vinatier à Lyon, rappellent une évidence scientifique : l'autisme n'est ni une maladie infectieuse, ni un phénomène contagieux. « Ce n'est pas parce que vous regardez quelqu'un d'autiste que vous allez prendre de l'autisme », résume avec un brin d'humour Marie-Maude Geoffray. Employer le terme « épidémie » laisse entendre que le trouble pourrait se transmettre « comme la peste ou le choléra », ajoute-t-elle. Une comparaison qui entretient la peur et renforce la stigmatisation des personnes autistes.

Pourquoi les diagnostics d'autisme sont-ils plus nombreux ?

S'il y a davantage de diagnostics aujourd'hui qu'il y a cinquante ans, ce n'est pas parce que l'autisme se développe de manière incontrôlée. La principale explication tient à l'évolution des critères diagnostiques et à une meilleure connaissance du trouble du spectre de l'autisme (TSA). « Dans les années 1960, on diagnostiquait essentiellement des enfants présentant des formes très sévères, souvent associées à un trouble du développement intellectuel », explique Marie-Maude Geoffray. Aujourd'hui, le spectre autistique englobe une grande diversité de profils : « Certaines personnes vont à l'université, d'autres auront besoin d'un accompagnement important. » Cette meilleure compréhension permet d'identifier des situations qui, autrefois, passaient inaperçues.

Un dépistage plus précoce change aussi les statistiques

Autre évolution majeure : le repérage précoce. Les professionnels sont désormais en mesure d'identifier certains signes d'autisme dès l'âge de 2 ou 3 ans, ce qui augmente mécaniquement le nombre de diagnostics. « On les repère beaucoup mieux et beaucoup plus tôt qu'il y a quarante ans », souligne Chams-Ddine Belkhayat. Les experts reconnaissent que certains facteurs pourraient jouer un rôle dans l'évolution des chiffres, comme l'âge plus avancé des parents à la naissance. Mais ces éléments n'expliquent qu'une faible part de l'augmentation observée. Le principal changement reste celui des connaissances médicales et des outils diagnostiques.

Mieux comprendre l'autisme pour combattre les préjugés

Parler d'« épidémie » est loin d'être anodin. Cette expression alimente l'idée que l'autisme serait un danger collectif ou une maladie que l'on pourrait « attraper ». « C'est hyper dangereux de véhiculer ça », alerte Marie-Maude Geoffray. Pour les deux experts, il est essentiel de rappeler que l'autisme est un trouble du neurodéveloppement (TND), présent dès les premières étapes du développement cérébral. La hausse des diagnostics témoigne avant tout des progrès de la médecine et d'une meilleure reconnaissance de la neurodiversité. Derrière les chiffres, il y a surtout davantage d'enfants, d'adolescents et d'adultes qui peuvent enfin être identifiés et bénéficier d'un accompagnement adapté, plutôt que de rester sans réponse.

Chams-Ddine Belkhayat et Marie-Maude Geoffray sur un canapé
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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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