Compléments alimentaires : quels risques avec un handicap ?

Fatigue, sommeil, douleurs... Les compléments alimentaires promettent de nombreux bénéfices. Mais ils peuvent présenter des risques en cas de maladie ou de traitement médicamenteux. Quels produits éviter et que vérifier avant une cure ?

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gélules et comprimés de compléments alimentaires dans la paume d’une main

Claire(*) redoutait les statines. Pour faire baisser son cholestérol, elle avait choisi la levure de riz rouge, sans avis médical. Trois mois plus tard, son taux n'avait pas diminué et de violentes douleurs articulaires étaient apparues. Son médecin lui a alors conseillé d'arrêter ce complément, qu'il jugeait insuffisant pour prendre en charge un cholestérol aussi élevé. Il l'a également mise en garde sur la provenance des produits. Cette expérience rappelle l'importance de demander conseil à un professionnel de santé avant toute cure, comme le recommande l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Des précautions selon la maladie et les traitements

Le handicap n'est pas, en soi, une contre-indication aux compléments alimentaires. Les risques dépendent de la maladie, des traitements suivis et de la composition du produit. Ainsi, la mélatonine, utilisée pour favoriser l'endormissement, ne convient pas à tous. L'Anses déconseille les compléments qui en contiennent aux personnes atteintes de maladies inflammatoires ou auto-immunes, aux enfants et adolescents, ainsi qu'aux femmes enceintes ou allaitantes. Un avis médical est nécessaire en cas d'épilepsie, d'asthme, de troubles de l'humeur, du comportement ou de la personnalité, mais aussi lorsqu'on prend des médicaments. L'Agence recommande par ailleurs de limiter la prise à un usage ponctuel. La levure de riz rouge choisie par Claire appelle elle aussi à la prudence. Elle peut contenir de la monacoline K, une substance identique à la lovastatine, un médicament de la famille des statines, et provoquer des effets indésirables musculaires ou hépatiques. L'Anses en déconseille l'usage aux personnes atteintes de maladies musculaires, d'insuffisance rénale ou d'atteinte hépatique évolutive. Elle ne constitue pas une alternative à un traitement prescrit contre le cholestérol et ne doit pas être associée à une statine.

Des plantes qui peuvent perturber les soins

« Naturel » ne signifie pas sans danger. Le millepertuis, utilisé pour soulager des symptômes dépressifs légers, peut diminuer l'efficacité de certains anticoagulants ou traitements contre le VIH. Associé à certains antidépresseurs, il peut aussi provoquer un syndrome sérotoninergique, une réaction potentiellement grave liée à un excès de sérotonine. Les compléments à base de curcuma peuvent, eux aussi, interagir avec des anticoagulants, des anticancéreux ou des immunosuppresseurs. L'Anses déconseille leur consommation sans avis médical aux personnes suivant ces traitements.

Avant tout achat, mieux vaut présenter la composition exacte du produit au pharmacien ou au médecin, en lui indiquant tous les médicaments et compléments pris, même occasionnellement. Il pourra ainsi vérifier leur compatibilité. L'achat en pharmacie facilite cet échange, à condition de préciser les traitements suivis. Autre risque possible, négliger la cause d'un symptôme en cherchant à le soulager par un complément.  Le Pr Boris Hansel, endocrinologue et nutritionniste à l'hôpital Bichat, évoque les personnes qui attribuent leur fatigue à un manque de magnésium alors que leur sommeil est perturbé. Une fatigue persistante mérite donc une consultation pour en rechercher l'origine et déterminer si une supplémentation est utile.

Éviter les cumuls et repérer les alertes

L'appellation « complément alimentaire » peut rassurer à tort et encourager une consommation excessive. Ces produits peuvent pourtant provoquer des effets indésirables, parfois graves, allant des troubles digestifs aux réactions allergiques ou aux atteintes du foie. Cumuler plusieurs compléments contenant les mêmes vitamines ou minéraux, ou les associer à des aliments enrichis, peut entraîner des apports excessifs.

Dans une chronique du Point publiée le 7 juin 2024, Boris Hansel recommande d'éviter les prises « prolongées, répétées et multiples », leurs effets indésirables à long terme restant difficiles à connaître. Cette prudence ne remet pas en cause les supplémentations prescrites et suivies médicalement. L'Anses conseille également de respecter les doses et les conditions d'emploi, de se méfier des promesses miraculeuses et de privilégier les circuits de vente les mieux contrôlés. Sur Internet, mieux vaut renoncer à l'achat lorsque le vendeur est difficile à identifier.

Si un symptôme apparaît après la prise, il faut arrêter le complément et contacter un professionnel de santé. Conserver la boîte et noter les doses consommées ainsi que les dates de prise facilitera l'évaluation. Les effets indésirables peuvent aussi être signalés au dispositif de nutrivigilance de l'Anses. Un signalement qui contribue à mieux protéger les autres consommateurs.

(*) prénom d'emprunt

Crédit : Getty Images Signature

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