Par Lisandra COTS
Dans un parc de La Havane, Juan José Guilarte, 10 ans, court comme n'importe quel enfant de son âge malgré une prothèse à la jambe gauche. Mais son rêve de devenir athlète paralympique reste incertain, en raison d'une opération chirurgicale retardée par la crise énergétique.
Juan José est né à Cuba avec une malformation congénitale : sa jambe gauche ne s'est développée que jusqu'au genou. Mais, selon sa famille, ce handicap ne l'a jamais freiné dans ses activités.
Le garçon, qui vit avec sa mère et sa grand-mère dans le quartier de la place de la Révolution, a toujours montré une énergie sans limite. Il court, pratique plusieurs sports et ne cesse d'évoquer ses rêves d'avenir. « Je veux être youtubeur, sportif, scientifique et instituteur », énumère-t-il d'un trait.
Dans sa chambre, entre ses cahiers et un tableau où il écrit et dessine, trône une figurine de Spider-Man, l'homme araignée, un de ses héros préférés. « Je l'aime parce qu'il est très rapide et saute beaucoup », explique-t-il.
Ce fan du FC Barcelone danse et s'enthousiasme pour mille choses. « Il adore parler, parler, parler. Il aime imaginer, créer, raconter des choses », dit sa mère, Sheila Guilarte. « Il a une telle estime de lui-même, que jamais il ne se sent mal ou triste », ajoute-t-elle fièrement.
Des opérations freinées par la pénurie
Depuis ses deux ans, le garçon a été opéré à trois reprises. Ces opérations sont nécessaires pour accompagner sa croissance et éviter que l'os du fémur ne vienne percer la peau de son moignon, ce qui provoque des douleurs constantes.
Chaque intervention implique une nouvelle prothèse adaptée à sa taille et à son poids. La prochaine opération était prévue en janvier, mais elle a été repoussée une première fois par manque de produits d'anesthésie. Aujourd'hui, elle n'est toujours pas reprogrammée en raison de la crise énergétique.
Sur l'île de 9,6 millions d'habitants, le système de santé s'est fortement dégradé ces dernières années en raison de la crise économique et du renforcement de l'embargo américain en vigueur depuis 1962.
La situation a encore empiré depuis l'imposition fin janvier par Washington d'un blocus pétrolier qui a forcé les autorités à adopter des mesures d'urgence et à reporter des interventions chirurgicales non urgentes. Selon des chiffres du ministère de la Santé, 96 000 personnes, dont 11 000 enfants, sont en attente d'une opération dans le pays.
Une prothèse venue des États-Unis
En attendant d'être informé de la date de la prochaine intervention, Juan José continue à s'entraîner. Deux fois par semaine, il pratique le pentathlon - escrime, natation, course d'obstacles, course à pied et tir - et deux fois par semaine le kung-fu.
Avant chaque entraînement, il change sa prothèse de tous les jours pour celle, profilée, qu'il utilise pour le sport. « Parfois, j'arrive à la mettre du premier coup », mais d'autres fois « il faut que je m'y reprenne à plusieurs fois », raconte-t-il à l'AFP.
L'os qui grandit lui « fait très mal » au moment de mettre sa prothèse dans laquelle sa cuisse a du mal à entrer. « Maintenant, je voudrais qu'on m'opère », dit-il, avant de commencer un cours de kung-fu dans la cour de son école.
Sa prothèse sportive, dotée d'une lame de carbone, a été amenée des États-Unis en 2023. À l'époque, un enfant américain, portant lui aussi une prothèse à une jambe, s'était rendu à Cuba avec sa famille avec l'intention de donner une de ses anciennes prothèses à un enfant cubain qui en avait besoin.
Des amis et des voisins de la famille de Juan José avaient vu l'appel posté sur les réseaux sociaux et avaient averti sa mère. Quelques jours plus tard, les deux enfants se rencontraient à La Havane.
« Sans cette prothèse, il ne pourrait pas s'entraîner comme il le fait aujourd'hui », confie Sheila Guilarte. Sur l'objet fait de métal et de plastique, un petit drapeau cubain est visible. Ce n'est pas un hasard, dit-elle. « Depuis tout petit, il dit qu'il va aller aux Jeux paralympiques. »
À la rentrée prochaine, s'il a pu être opéré d'ici là, Juan José entrera en CM2 dans une école sport-études. Son objectif est déjà clair : « gagner une médaille d'or ».