« Nous voulons aborder le vieillissement de façon positive ». C'est par ces mots que Camille Gaillard-Minier, ministre déléguée chargée de l'Autonomie, justifie le changement de nom des Ehpad en Maisons France Autonomie. L'objectif ne semble pas seulement sémantique : il s'agit de passer d'une vision centrée sur la dépendance à une approche valorisant le choix de vie. Cela se traduirait par des espaces ouverts sur l'extérieur, où la personne âgée resterait avant tout ''un citoyen''. « Le mot ''maison'' me semble être le plus important », souligne-t-elle dans La Tribune, rappelant qu'un tiers de la population française aura plus de 65 ans en 2050. Ces lieux doivent devenir des espaces où l'on souhaite habiter, et non plus des structures fermées.
Un défi humain : 200 000 bras à trouver
La feuille de route ministérielle s'articule autour de six priorités, dont une urgence sociale absolue : le recrutement. Pour répondre au choc démographique et au vieillissement de la population, le secteur doit attirer 200 000 professionnels supplémentaires d'ici 2050. Cette ambition nécessite une revalorisation profonde des métiers du soin (infirmiers, kinés, aides-soignants) pour freiner un absentéisme aujourd'hui trois fois supérieur à la moyenne nationale. Un défi à la fois humain et financier, alors même que ces professions souffrent déjà d'un manque d'attractivité chronique. « Il est impératif de réfléchir à la façon dont nous aidons aussi ceux qui aident », insiste la ministre, plaçant la reconnaissance des métiers au sommet de ses priorités pour 2026.
Soutenir les 8 à 11 millions d'aidants
Au cœur de cette transformation, la ministre cible les 8 à 11 millions d'aidants familiaux, piliers invisibles de la solidarité nationale. La sixième priorité de sa feuille de route leur est dédiée. Pour Camille Gaillard-Minier, l'autonomie ne peut se concevoir sans un accompagnement robuste de ceux qui soutiennent leurs proches au quotidien. Cela passe par une diversification des habitats partagés et un renforcement de l'aide à domicile pour permettre à chaque citoyen de vieillir en bonne santé.
Un financement sous surveillance
Si la volonté politique est affichée, le volet financier reste le nerf de la guerre. Actuellement, la France consacre environ 30 milliards d'euros par an au vieillissement. Mais face à des Ehpad publics dont 70 % à 80 % sont en déficit financier, le secteur appelle à une réaction rapide. La ministre a confirmé la mobilisation, dès cette année, d'un fonds de transformation et de qualité spécifiquement destiné aux Ehpad, crédits existants votés dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Ce levier financier doit servir d'accélérateur pour : adapter les infrastructures (passer d'un modèle hospitalier à des établissements « ouverts sur l'extérieur » et conçus comme de véritables domiciles) et améliorer la qualité de prise en charge (financer des projets concrets qui remettent le lien social au centre du quotidien des résidents).
Elle promet également une « conférence nationale de l'autonomie » en septembre prochain pour graver ces nouvelles mesures dans le marbre. L'enjeu est de taille : transformer un modèle à bout de souffle en un système durable, capable de garantir la dignité des aînés.
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