Lourdement handicapés : un contrôle anti-dopage compliqué

Deux sportifs de boccia ont vécu une expérience difficile lors d'un contrôle antidopage. Leur handicap ne leur permet en effet pas d'uriner librement. Leur association ne conteste pas le fond mais s'étonne qu'il n'y ait pas de procédures adaptées.

22 février 2019 • Par

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 Précisions de l'AFLD* suite à la parution de notre article

* Agence française de lutte contre le dopage

« S'agissant des procédures et des méthodes adaptées aux spécificités de situations de handicap, nous avons le souci du respect des procédures établies. Le standard international de l'Agence mondiale antidopage prévoit une telle adaptation, par exemple lorsque le sportif contrôlé est sondé. La formation des préleveurs agréés par l'AFLD et le manuel technique dont ils disposent traitent de ces procédures.

En ce qui concerne la durée du contrôle, face aux difficultés rencontrées par l'un des sportifs, le préleveur a décidé de mettre fin au contrôle après environ une heure. Ce délai est évidemment ressenti comme très long par le sportif, et cela se comprend. Toutefois, il est plus bref que celui parfois imposé à des sportifs valides ou à des sportifs en situation de handicap d'un plus haut niveau sportif.»  

Article initial du 22 février 2019

Un contrôle anti-dopage difficile pour deux jeunes compétiteurs lors d'un open de boccia le 20 janvier 2019, à Tomblaine (Meurthe-et-Moselle). Inspirée du bowling, cette pratique sportive est dédiée aux personnes avec un handicap lourd (tétraplégique, myopathe, IMC…). Le sportif utilise une rampe pour lancer une boule à partir d'une tige qu'il tient dans sa bouche. Cette compétition avait été sélectionnée par l'AFLD (Agence française de lutte contre le dopage). 

Avec l'aide de son père

Deux jeunes tirés au sort doivent, à la demande du médecin de l'agence, uriner dans un petit flacon. Ils sont tous deux IMC (infirme moteur cérébraux), en situation de handicap lourd, particulièrement vulnérables et présentant une fragilité médicale. L'un d'eux n'arrive pas à s'exprimer et a besoin d'une synthèse vocale pour parler. Parmi les joueurs de boccia, il y a des personnes incontinentes qui ne contrôlent pas leur jet d'urine, d'autres sondées… Le contrôle a lieu dans les vestiaires. On propose à l'un une petite bouteille d'eau et, après un temps d'attente, il doit se rendre aux toilettes en laissant la porte ouverte sous le regard des contrôleurs, comme cela est l'usage. « Mais son handicap ne lui permet pas de tenir une gobelet dans une main tout en stimulant sa miction de l'autre », témoigne son père qui doit alors se résoudre à l'aider. Pour l'autre, la situation s'avère tout aussi compliquée, il se bloque. L'un de ses accompagnateurs suggère alors une autre solution, une prise de sang ou un prélèvement salivaire mais ce dernier n'est pas pévu dans la procédure. Myriam Millasseau, présidente de l'association JEHM Le Sport, qui accompagne ces sportifs, rapporte que ce sportif « a été traumatisé, a vomi au retour et est resté malade chez lui durant une semaine ».

Tous les sportifs concernés

L'AFLD, dans le cadre de sa mission de service public, rappelle que tous les évènements sportifs sont concernés, qu'ils soient dédiés aux valides ou pas, mais assure adapter les procédures selon les particularités de chacun. De son côté, interrogée par handicap.fr, la Fédération française handisport explique qu'elle n'a aucun « commentaire à faire sur le cas de Tomblaine, les pratiquants handisport pouvant être, au même titre que les valides, soumis à des contrôles anti-dopage ». Elle précise toutefois rester « vigilante sur cette question et sur les conditions dans lesquelles ces contrôles sont effectués » et promet d'échanger avec l'AFLD et l'association de Tomblaine, sans qu'aucun contact n'ait été pris avec cette dernière pour le moment.

Un contrôle plus adapté ?

Myriam Millasseau ne revient pas sur le fond -« sinon il suffirait de dire être incontinent pour échapper au contrôle », explique-t-elle- mais déplore la forme. Dans une lettre cosignée par un médecin, des éducateurs et présidents d'associations et adressée à la FFH, elle réclame que « cet incident inacceptable soit pris en compte comme un dysfonctionnement du contrôle anti-dopage et que la procédure soit adaptée au handicap particulièrement lourd et médicalisé de chaque sportif », espérant que cette « mésaventure ne se reproduise pas à l'avenir ». Pourtant, de son côté, l'AFLD « conteste totalement toute forme de dérapage » , assure que la procédure a été d'une « régularité absolue » et que cette affaire « dénote une méconnaissance des contrôles anti-dopage ». 

© Photo d'illustration générale : Wikimedia Commons

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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