Fillon : les normes logement handicap, une " absurdité " !

Après Nicolas Sarkozy, François Fillion s'en prend aux normes des logements pour les personnes handicapées. On pouvait penser à une " boulette " mais, au regard de ces discours concordants, on appelle cela une récidive, signée Les Républicains.

11 mars 2016 • Par

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Et de deux ! Lorsqu'ils évoquent les normes « handicapés » dans les logements, les leaders des Républicains n'y vont pas par quatre chemins… Le 4 février 2016, sur le plateau de l'émission Des paroles et des actes, sur France 2, Nicolas Sarkozy dénonçait des normes d'accessibilité trop contraignantes, proposant qu'une petite partie du parc de logements et d'écoles soit rendue accessible. « Je visitais l'autre jour un ensemble HLM, racontait-t-il, sourire aux lèvres. Et j'ai demandé au maire : c'est très curieux, ce que vous avez fait. La salle de bains est plus grande que la chambre des enfants. Comment ça se fait, un truc pareil ? » La faute aux normes handicapés répondait l'élu. Et Nicolas Sarkozy de suggérer : « Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux réserver 10 % des HLM vraiment pour les personnes handicapées plutôt que d'appliquer des normes de cette nature qui ruinent les communes ? » Avant de conclure : « On n'est pas obligé de mettre des ascenseurs dans toutes les écoles. Il n'y a qu'à réserver une ou deux écoles pour l'accessibilité handicapés. »

François Fillon en remet une couche

Le 9 mars 2016, c'est au tour de François Fillon d'enfoncer le clou lors de son grand oral face aux dirigeants d'entreprises de la Fondation Concorde diffusé sur Public Sénat le 10 mars à 19h30 (images en lien ci-dessous). Le candidat à la primaire des Républicains dit souhaiter simplifier les normes applicables au logement afin de permettre de « l'innovation ». Il s'attaque, notamment, aux règles relatives aux personnes handicapées. « Il est absurde de vouloir, par exemple, que tous les logements de notre pays soient accessibles aux handicapés. C'est une absurdité. Pour satisfaire une demande qui n'est pas une demande réelle, puisqu'il n'y a pas dans chaque logement français un handicapé qui va y habiter, on va priver des Français au logement parce qu'il sera trop cher. Voilà un exemple typique d'une affaire sur laquelle il aurait fallu faire preuve d'un peu de bon sens », martèle l'ancien Premier ministre. Avec de tels discours, l'effet d'indignation dans le grand public est garanti.

La mémoire courte ?

François Fillon et Nicolas Sarkozy se souviennent-ils que c'est la droite qui a fait voter les grandes lois fondatrices sur le handicap, notamment celle de 2005 portée par Jacques Chirac. Savent-ils que la France, malgré des progrès indéniables ces dernières années, reste à la traine en matière d'accessibilité par rapport à d'autres pays européens, et notamment du Nord ? Comprennent-ils que « le handicapé » n'est pas une minorité statistique mais, potentiellement, chacun de nous, un jour : une personne vieillissante qui aimerait pouvoir continuer à vivre chez elle, une occupant qui s'est cassé la jambe ? Ont-ils déjà entendu parler de la notion d'accessibilité universelle qui fait le doux rêve de rendre la vie plus confortable pour tous ? Et puis, tout bêtement, ont-t-ils conscience qu'ils ne seront certainement pas, indéfiniment, vaillants et puissants ?

Une faute politique !

Même dans leurs rangs, on s'émeut de leurs déclarations à l'emporte-pièce. Frédéric Bouscarle, élu parisien en situation de handicap et président de Handi Pop' (mouvement Les Républicains traitant les sujets du handicap), trouve la position de l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy « inquiétante » ! « Soit monsieur Fillon s'est laissé manipuler par les lobbies immobiliers, soit ses conseillers ne lui ont pas dit qu'en France 10% de la population est en situation de handicap, sans parler des personnes âgées qui sont en situation de dépendance avec des problèmes de mobilité, confie-t-il. C'est tout même inquiétant qu'un autre candidat à la primaire puisse encore tenir ce genre de discours. » Pour Frédéric Bouscarle, « il s'agit d'une vrai faute politique et d'un total désengagement de son parti ». Et pour cause, il souligne que, depuis l'arrivée du nouveau président des Républicains, son mouvement ne siège plus au bureau politique. « Je trouve cela dommage car je ne suis donc plus en mesure de sensibiliser les cadres politique du parti ; cela aurait pu éviter ce genre de positionnement. » Et de constater, par ailleurs, que les derniers rassemblements du parti, tout comme le dernier conseil national en février 2016, n'étaient pas accessibles aux personnes sourdes (pas d'interprètes LSF, de vélotypie). « Le bon sens, selon lui, c'est que les politiques de tous les courants réfléchissent à une société plus inclusive, cela nous permettra de nous sentir moins comme des citoyens de seconde zone... »

10 % d'électeurs, une minorité ?

Pourtant, en d'autre temps, à l'époque où Nicolas Sarkozy était encore président, l'Elysée tenait un tout autre discours (article en lien ci-dessous). En octobre 2011, dans un communiqué, son gouvernement réaffirmait « l'intangibilité de l'objectif d'accessibilité à l'ensemble de la vie sociale » et demandait « de refuser toute dérogation nouvelle à cet objectif ». En d'autres temps donc… A l'occasion d'un colloque organisé à Paris le 11 mars 2016, Josef Schovanec, philosophe et autiste Asperger, ne s'est pas privé de moucher nos dirigeants. « Il est inconcevable que les politiques ne s'expriment pas sur le sujet du handicap ». Mais, Josef, et lorsqu'ils le font, ça donne quoi ? Rappelons à ces candidats que les prochaines élections présidentielles ne sont que dans quelques mois... Alors, face aux urnes, 10 % d'électeurs handicapés est-ce toujours une minorité ? Un peu de bon sens !

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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