Référent santé mentale à l'école : déploiement ou mirage ?

Annoncés en 2025, deux " personnels repères " devaient être formés par collège, lycée et circonscription. Le ministère en revendique plus de 18 000. Mais sur le terrain, le dispositif reste difficile à identifier.

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Adolescente en séance avec un professionnel de la santé mentale

Un an après les annonces, le dispositif des « personnels repères en santé mentale » est-il réellement généralisé dans les établissements scolaires ? La réponse dépend visiblement de l'indicateur retenu. Lors des Assises de la santé scolaire, en mai 2025, le ministère de l'Éducation nationale avait fixé un objectif précis : « former deux personnels repères dans chaque circonscription du premier degré et dans chaque collège et lycée avant la fin de l'année scolaire 2025-2026 ». Objectif : devenir le premier maillon d'une prise en charge accélérée.

18 000 personnels repères formés

Leur mission : repérer les signes de souffrance psychique, accueillir la parole des élèves puis les orienter vers les professionnels compétents, alors même qu'en 2024, 45 % des collégiens (de 6e, 5e et 4e) rapportaient des plaintes psychologiques plus d'une fois par semaine depuis au moins 6 mois et 20 % des lycéens déclaraient avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois, selon Santé publique France.

Dans un bilan communiqué en juin 2026, qu'Handicap.fr s'est procuré, le ministère de l'Éducation nationale affirme que plus de 18 000 personnels repères avaient été formés à cette date, avec une moyenne de 3 par circonscription et de 2,54 par établissement du second degré, au-delà de la cible initiale de deux. Le ministère insiste toutefois sur une précision de vocabulaire : il ne s'agit pas de « référents en santé mentale », mais de personnels repères, généralement des professionnels de l'Éducation nationale déjà en poste. Le dispositif s'inscrit dans un plan plus large : protocoles de santé mentale, partenariats avec les Maisons des adolescents, accès prioritaire aux Centres médico-psychologiques (CMP) et création, en 2026, de 300 postes supplémentaires – 100 psychologues, 100 infirmiers et 100 assistants de service social.

Entre noms remontés et dispositif encore peu visible

Sur le terrain, le constat est plus nuancé. Dans une enquête publiée en septembre 2026, BFMTV rapporte les témoignages de personnels de direction et de syndicats faisant état d'une mise en œuvre inégale. Certains établissements auraient bien identifié une personne, mais sans véritable programme de prévention ou temps spécifiquement consacré à cette mission. « Certains établissements ont sans doute trouvé un référent en santé mentale. Un nom a été remonté, mais sans aucun dispositif derrière », estime notamment Laurent Kaufmann, de la CFDT Éducation, cité par BFMTV. Une difficulté revient également : aucune enveloppe spécifique n'aurait été prévue pour rémunérer cette mission supplémentaire, alors que les établissements cumulent déjà de nombreux « référents ».

De son côté, l'UNSA Éducation, sollicitée par Handicap.fr pour ce bilan, indique ne pas disposer de données concrètes remontées par ses syndicats représentatifs des infirmiers scolaires, enseignants et personnels de direction. Une absence de visibilité qui ne permet pas, à elle seule, de mesurer précisément l'ancrage sur le terrain. « J'ai posé la question à plusieurs de nos syndicats UNSA représentatifs de métiers potentiellement concernés (infirmières scolaires, enseignants, personnels de direction) : personne n'est en mesure de donner des éléments concrets, ce qui laisse à penser que le dispositif est sans doute peu déployé », affirme une source syndicale.

Former, mais surtout donner les moyens de repérer et d'orienter

Le débat dépasse donc la seule question du nombre de personnels formés. Comment traduire ces annonces concrètes sur le terrain ? Le ministère affirme vouloir structurer la réponse autour de protocoles « santé mentale : du repérage à la prise en charge », déployés dans les écoles, collèges et lycées. En cas de souffrance psychique repérée, les personnels de l'Éducation nationale peuvent orienter l'élève vers les ressources de soins du territoire, notamment les professionnels et structures identifiés localement dans les projets territoriaux de santé mentale. Les Maisons des adolescents font également partie des partenaires pouvant accueillir, accompagner ou orienter les jeunes.

Le rôle des missions locales… à l'échelon local

Cette logique de réseau dépasse toutefois le seul cadre scolaire. Une étude consacrée aux jeunes accompagnés par les missions locales, publiée par la Banque des Territoires en janvier 2026, souligne l'importance croissante des problématiques de santé mentale chez ce public et appelle à renforcer les moyens, à pérenniser les postes de psychologues et à consolider les coopérations territoriales (Santé mentale des jeunes : l'alerte des missions locales).

La question n'est plus seulement de savoir combien de « personnels repères » ont été formés. Elle est de savoir comment ce dispositif se traduit concrètement sur le terrain, à l'échelle des territoires, si ces personnes ressources sont connues des équipes, voire des élèves, et si elles disposent d'un temps identifié, pouvant réellement orienter les élèves vers une réponse adaptée. Une distinction essentielle alors que le gouvernement promet, depuis juin 2026, de réduire les délais d'accès aux soins pour les jeunes en souffrance psychique.

©Valerii Honcharuk / Canva

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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