Sclérose en plaques : avancées, et challenges à relever ?

200 ans de recherche sur la sclérose en plaques et toujours des mystères et zones d'ombre. Le programme DHUNE fait le point sur les avancées en 2019 et les prochains défis à relever, notamment la réparation des séquelles...

21 mai 2019 • Par

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Comprendre et affiner les procesus impliqués dans la maladie pour être capable d'agir sur la progression de la sclérose en plaques (SEP) ? Tel est le défi de DHUNE, un programme de recherche sur les maladies neurodégénératives et le vieillissement. Sa mission : accélérer la recherche et les innovations pour, in fine, améliorer la qualité de vie des personnes touchées par cette pathologie neurologique. Le Professeur Jean Pelletier, chef du service de neurologie au centre hospitalier universitaire de Marseille (AP HM), fait le point sur les avancées du programme, à l'occasion de la journée mondiale de la SEP, le 30 mai 2019.

Les jeunes de plus en plus touchés

Pour rappel, la SEP est une maladie inflammatoire démyélinisante du système nerveux central (cerveau et moelle épinière). La myéline est une gaine de protection des neurones, indispensable dans l'acheminement des informations au cerveau. Dans le cadre d'une maladie neurologique, comme la SEP, elle est altérée. Le centre d'excellence DHUNE n'est pas le premier à s'intéresser à des techniques de remyélinisation (article en lien ci-dessous) face à l'urgence puisque de plus en plus de personnes sont concernées (120 000 en France, en 2019, soit une hausse de 10 % en quelques années), et de plus en plus tôt, les formes juvéniles débutant avant l'âge de 18 ans étant de plus en plus fréquentes. Autre découverte : l'augmentation du nombre de femmes touchées (4 femmes pour 1 homme, en moyenne). « Malgré 200 ans de recherche, nous n'en connaissons pas les causes qui restent multifactorielles, sans piste probante évidente », déplore Jean Pelletier.

IRM dernier cri

Face à ce constat, l'équipe du CEMEREM* et du service de neurologie qui sont rattachés  au programme DHUNE ont développé « un protocole IRM (Image par résonance magnétique) de suivi des lésions démyélinisantes et de leur réparation ». Les médecins suivent actuellement un groupe de patients qui bénéficient d'une IRM tous les 2 mois. L'objectif de cette étude : suivre les lésions, leur évolution et leur possible réparation. « Nous continuons d'ailleurs à recruter des patients pour ce suivi », révèle Jean Pelletier. En parallèle, l'équipe de recherche fondamentale du Dr Pascale Durbec, de l'Institut de biologie du développement de Marseille (IBDM), a montré que des cellules souches immatures issues de cerveaux d'animaux atteints de sclérose en plaques étaient capables de se différencier en cellules réparatrices de myéline. « En cas de lésion de la myéline, ces dernières pourraient intervenir dans le cadre d'un processus de régénération interne », explique le Professeur. Un premier pas vers le développement de nouvelles thérapies ?

Evaluer la progression de la maladie

Deuxième axe : comprendre ce qui se passe aux prémices de la maladie et évaluer sa progression dès les tous premiers stades. DHUNE compte sur l'IRM 7 T du CEMEREM pour dévoiler tous les mystères du cerveau humain. Cet appareil doté d'un très haut champ magnétique permet d'obtenir des images particulièrement précises des régions du cerveau et de la moelle épinière. Cette machine de guerre est la « seule qui existe en France pour l'application clinique et permet de déceler des lésions invisibles sur des appareils moins puissants, explique Jean Pelletier. Ce qui n'a, jusqu'alors, jamais été étudié. » Lorsque les premiers symptômes apparaissent, dans 70 % des cas, l'imagerie montre l'existence de lésions anciennes, qui indiquent que la maladie est présente depuis des mois ou des années. « Avec les équipes des CHU de Nice, Montpelier et Nîmes, nous suivons des patients qui sont au tout début de la maladie, ont fait une première poussée mais dont l'IRM est normale en dehors de cette lésion », indique le Professeur. Selon lui, l'IRM 7 T permettrait de mieux comprendre les mécanismes et ainsi décrypter plus facilement les facteurs responsables du handicap. Résultat : un impact thérapeutique beaucoup plus ciblé.

Challenge : réparer les séquelles

Depuis plusieurs années, l'évolution de la maladie est, de manière générale, freinée grâce à des traitements adaptés à chaque cas (SEP par poussées ou progressive). Autre amélioration : la réduction « considérable » du nombre d'hospitalisations longues. Selon le professeur, la prise en charge ambulatoire ponctuelle est privilégiée afin de laisser les patients « vivre le plus normalement possible ». Seule ombre au tableau : certaines séquelles restent irréparables. « Le challenge des prochaines années est de mieux comprendre les processus en jeu pour réparer les séquelles, en continuant nos recherches à l'aide de nouvelles techniques permettant d'imager la dynamique des lésions », poursuit Jean Pelletier, qui espère compter sur « l'esprit collaboratif » qui règne à l'international. Selon lui, la mise en place des centres experts (CRCSep) et les alliances entre différentes nations permettent de lever des fonds et de travailler en synergie pour faire avancer la recherche.  Démarré début 2019, ce nouveau protocole prévoit, à terme, d'inclure 30 patients. 

Au programme du 18 mai au 7 juin

Comme chaque année, les avancées sur la maladie seront présentées lors des journées dédiées, organisées par la Maison de la SEP, auxquelles le programme DHUNE est associé. Elles auront lieu à Montpellier le 18 mai, Paris et Strasbourg le 22 mai, Amiens le 23 mai, Nice, Tours et Clermont Ferrand le 24 mai, Angers, Bordeaux, Limoges, Toulouse le 25 mai, Lille le 6 juin, et Marseille et Rennes le 7 juin. Cet évènement permet aux patients et à leur entourage de s'informer sur la maladie, de rencontrer et d'échanger avec les professionnels de santé.

* Centre de Résonance Magnétique Biologique et Médicale - UMR CNRS 7339, CHU Timone, Marseille

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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