Agefiph : 30 ans en faveur de l'emploi, et quel avenir ?

Résumé : 2017, l'Agefiph a fêté 30 ans avec faste, réunissant des personnalités qui ont marqué son histoire. Chacun a apporté sa pierre à un édifice encore fragile qu'il faut restructurer et, pourquoi pas, repenser. Une révolution dans les mentalités ?

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En 1986, 7 000 embauches de travailleurs handicapés. Combien en 2016 ? 81 000 ! 1,2 million d'embauches depuis 1987, plus de 70 000 contrats en alternance, plus de 230 000 maintiens, plus de 60 000 créations d'activité. Pour l'Agefiph, c'est l'heure du bilan. 30 ans tout rond pour ce fonds dédié à l'insertion des personnes handicapées dans le secteur privé, né à la faveur de la loi de 1987. Il fêtait son anniversaire le 3 octobre 2017. 400 personnes étaient réunies sous le dôme de la toute nouvelle Seine musicale, sur l'île Seguin (Boulogne-Billancourt), pour faire le point sur les trois dernières décennies et échanger des pistes de réflexion et surtout d'innovation. « 30 ans de progrès technique, scientifique, social et humain, que l'Agefiph a accompagnés voire impulsés », selon le Fonds. Son credo : « 1987-2017 : tous activateurs de progrès humain ».

Emploi et handicap en chiffres

En 2017, l'Agefiph s'est ainsi dotée d'un nouveau plan stratégique (liens ci-dessous) pour répondre aux besoins sans cesse croissants des travailleurs en situation de handicap. Le nombre de personnes handicapées en France est de 2.7 millions en 2015 (chiffres Insee), soit 7 % de la population active des 15-64 ans. Il a augmenté de 500 000 en 4 ans. Parmi elles, 938 000 sont en emploi, contre 700 000 en 2011. Leur taux de chômage s'élève à 19 %, soit le double de la moyenne nationale. Le défi à relever est pour le moins ambitieux ! « Une bataille d'opinion qui doit convaincre les entreprises que, oui, elles peuvent le faire », explique Muriel Pénicaud, ministre du Travail, qui s'exprime par écran interposé.

Des idées inspirantes

Dans ce contexte, Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat en charge du Handicap, recommande de « s'inspirer des expériences réussies et ne pas s'arrêter aux échecs ». Des porteurs de projets innovants sont invités à témoigner : une formation en alternance pour une personne autiste Asperger, accompagnée par un tuteur et soutenue par un plan de formation personnalisé via le service Alther, ou le dispositif Coach handicap pour les entreprises de 150 à 750 salariés qui souhaitent être accompagnées dans l'embauche. « Il faut arrêter de parler quota et sanction pour parler compétences, affirme Pascale Sequier, de Pôle emploi Nouvelle Aquitaine. C'est la spirale vertueuse. » Et avoir à l'esprit que 50 % des métiers qui seront exercés en 2030 n'existent pas encore aujourd'hui. « Cette révolution des compétences est peut-être un risque pour les personnes handicapées, d'où la nécessité d'accompagner les entreprises », explique Johan Titren, directeur égalité des chances au sein d'Adecco. Mais pourquoi pas, dans le même temps, une opportunité dans un paysage terriblement mouvant où tout reste à faire, à imaginer ?

Des démarches concrètes

Parce que 30 ans, âge de raison, ouvrent ces nouveaux horizons, l'Agefiph profite également de cette journée particulière pour mettre en lumière des startups innovantes. Elles s'appellent InsideONE, qui a créé la première tablette tactile braille au monde, ou Wandercraft, le premier exosquelette robotique autonome, sans béquille, qui permet une marche proche de la marche humaine. Il y a aussi Ava, l'application d'intelligence artificielle qui permet aux personnes sourdes de suivre une conversation retranscrite en texte sur leur smartphone. Ou encore Humanlab qui a créé le Fabrikarium, laboratoire où se mêlent salariés et bénévoles pour concevoir des aides techniques et livrer les plans de ces prototypes en open source à tous ceux qui souhaitent s'en inspirer. Au sein de l'Agefiph, un service est dédié à ces vieilles permanentes autour de l'innovation. Quant au HandiTech trophy, il met à l'honneur ceux qui font avancer les choses…

Des résultats pourtant décevants

Evidemment, comme l'humeur est la fête, on ne s'appesantit pas trop sur les questions qui fâchent. Pourtant, en conclusion, André Comte-Sponville, philosophe, s'étonne : « Je salue la richesse de ce qui est fait en France mais j'émets quelques réserves sur ces débats ; nous n'avons peut-être pas assez appuyé là où ça fait mal. Depuis trente ans, l'objectif de 6 % n'est pas atteint et je n'ai pas compris pourquoi. » Le constat reste amer ; le taux d'emploi de travailleurs handicapés dans le secteur privé n'atteint que 3.3 % (chiffres Dares 2014), avec une infime hausse de 0.3 % en 3 ans. « Cette politique de seuil est-elle pertinente ?, s'interroge à son tour Patrick Gohet, adjoint au Défenseur des droits en charge des discriminations. A l'époque, les parlementaires se sont dit qu'il fallait une obligation de résultats et que c'était le seul moyen de rendre ce principe effectif. Certains disaient 2 %, d'autres 10. On a choisi une cote mal taillée : 6 %. Mais elle n'est pas atteinte et l'on peut s'interroger sur son efficacité même si ce seuil est un repère, l'arme qu'il faut conserver ». Patrick Gohet rappelle que, sur 24 critères de discrimination, le handicap arrive en 2ème position, principalement sur des dossiers relatifs à l'emploi. Et André Comte-Sponville d'affirmer que la seule chose qui peut permettre de progresser, c'est la « conjonction de la volonté politique et technologique ».

Tout pour réussir

« La France a tout pour réussir, renchérit Bachir Kerroumi, chargé de mission à la mairie de Paris, d'autant qu'elle a une créativité au-dessus de la moyenne mais elle est engluée dans le modèle médico-social alors qu'elle doit passer au modèle social. Dans les entreprises, le pouvoir doit être détenu par les personnes handicapées elles-mêmes et pas par un tiers. » Il compare la situation avec d'autres pays comme la Grande-Bretagne, les pays scandinaves ou les Etats-Unis qui proposent des modèles « très équilibrés » avec des personnes handicapées dans toutes les catégories socio-professionnelles car « les fondamentaux de la scolarité et de la formation professionnelle sont assez solides, via des centres ressources qui soutiennent les formateurs en milieu ordinaire ». « Un changement s'impose à la France pour éviter d'aller droit dans le mur, avertit Régine Monti-Tessier, directrice du groupe ressources et prospective (Gerpa) ». Message entendu ?

Un concert explosif

La journée s'achève tout feu tout flamme par le concert du groupe Percujam, composé d'artistes autistes. Leur credo : joindre la musique à la parole et aborder le handicap avec un autre tempo. Ils font la preuve qu'avec les bons outils et un environnement si besoin adapté, les personnes handicapées peuvent révéler leur pleine capacité…

L'intégralité de la journée est visionnable dans la vidéo ci-dessous. 

© O. Sochard/ Agefiph 2017 + Emmanuelle Dal'Secco/handicap.fr

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


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