'Dans le noir', un restaurant, des sensations, des serveurs non-voyants

Résumé : Pour la première fois Olivia Phortner, maître en droit, et Tony Boibelet, spécialisé dans l'informatique, ont un 'vrai job' à durée indéterminée. Aveugles, ils sont serveurs dans le premier restaurant

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(MAGAZINE)
Par Dominique AGEORGES

PARIS, 15 juil 2004 (AFP) - Pour la première fois Olivia Phortner, maître en droit, et Tony Boibelet, spécialisé dans l'informatique, ont un "vrai job" à durée indéterminée. Aveugles, ils sont serveurs dans le premier restaurant entièrement dans l'obscurité qui vient d'ouvrir à Paris et qui se veut une "expérience humaine et sensorielle".
"Ce n'est pas un simple travail de serveuse. Il faut beaucoup de psychologie pour accueillir les voyants, les calmer quand ils pénètrent dans
le restaurant", explique à l'AFP Olivia, 37 ans.
"Dans le noir", rue Quincampoix dans le IVe arrondissement de Paris, est un lieu qui veut construire "une passerelle de communication entre voyants et non voyants", déclare Fabrice Roszczka, responsable du projet "Le goût du noir"
pour l'association Paul Guinot, une des plus anciennes en France pour les déficients visuels.
Après plusieurs expériences temporaires de dîners dans l'obscurité depuis 1999, un restaurant permanent doté de 55 couverts ouvre grâce à deux associés:
Edouard de Broglie, spécialisé dans le conseil en marketing, en communication et aussi en management éthique, ainsi que Etienne Boisrond, ancien banquier d'affaires.
Sept non-voyants ont été engagés pour l'ouverture - entre 12 et 15 à terme pour conduire les clients voyants ou non voyants dans la salle obscure, prendre leur commande, les servir. Un espace a été prévu aussi pour les chiens d'aveugle, qui attendent sagement la fin du service pour retrouver leurs maîtres respectifs.
Une fois entré dans la salle en effet, le client, débarrassé précédemment de son sac, téléphone portable ou de sa montre lumineuse, n'a plus aucun repère visuel.
Yeux ouverts ou fermés, le résultat est le même. L'oreille se fait tout de suite plus attentive et les mains cherchent le bras du guide aveugle qui l'amène à sa chaise. Une fois à table, les mains rencontrent une épaule
voisine ou le bras d'un autre client. On cherche son verre, son assiette, ses couverts. La conversation s'engage avec les convives d'à côté, là où d'ordinaire elle n'aurait pas lieu.
"Vous avez remarqué comme les gens parlent plus fort quand ils ne voient pas?", interroge en riant Tony ravi de servir à boire des consommateurs effrayés à l'idée de verser à côté du verre.
Chacun raconte ses sensations - peur du noir ou pas -, pose la même question - "tu as les yeux ouverts ou fermés?". Le guide-serveur entend des
réflexions qui tombent à plat pour lui comme "ca repose d'être dans le noir" etc.
Olivia attend "un épanouissement supplémentaire" avec ce travail qui lui permet de se "sentir comme tout le monde".
Fabrice Roszczka insiste: "c'est un vrai restaurant mais aussi un lieu d'expérimentation. Outre les contacts avec les non-voyants, il s'agit aussi de redécouvrir la cuisine, les goûts".
En cuisine, ce sont des voyants qui officient. Le chef, Anne-Marie di Lorenzo, veut "développer le goût des gens, car l'oeil a trop pris le dessus".
"Je fais une cuisine familiale avec beaucoup d'herbes fraîches, de super légumes", dit-elle. La présentation des assiettes sera là quand même "car on la sent même sans la voir".
Le lieu, qui compte en plus un bar et un lounge éclairés, veut être aussi un "outil de management pour l'entreprise" et des travaux de groupe "car les gens ont moins d'a priori dans le noir", poursuit Fabrice Roszczka. Des soirées lectures sont prévues, des soirées-philo peut-être, des cours d'oenologie ou encore des soirées de célibataires qui devront attendre d'être
dehors pour voir l'autre.

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