Paralympiques : proclamons le sport sur ordonnance !

Résumé : 2016, année olympique. Et puis la tentation parisienne en 2024. Quelle place pour les sportifs paralympiques ? Selon Emmanuelle Assmann, présidente du CPSF, ils sont entrés dans la cour des grands. La planète promet d'être au rendez-vous...

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* CPSF : Comité paralympique et sportif français

Handicap.fr : 2016 est-elle une année faste pour le mouvement paralympique ? Les Jeux de Rio cet été, la candidature de Paris pour ceux de 2024... Qu'est-ce qui a changé en quelques années ?
Emmanuelle Assmann : Londres 2012 a été un vrai tournant pour le mouvement paralympique car la Grande-Bretagne a prouvé qu'on pouvait remplir les stades et attirer des millions de téléspectateurs. L'engouement était vraiment très fort, inédit. Nous avons ensuite mené une enquête qui révèle que, depuis, 90% des Français jugent les athlètes handicapés comme «inspirants» et proposant un vrai spectacle sportif.

H.fr : Qu'est-ce qui va changer à Rio ?
EA : Depuis Sochi, jeux d'hiver de 2014, nous avons décidé d'emmener des équipes resserrées ; il y avait moins d'athlètes qu'à ceux de Vancouver. Et il y aura moins d'athlètes français à Rio qu'à Londres. On vise une plus grande homogénéité, davantage de performance, avec un fort potentiel de médailles. Pour la première fois, 5 fédérations sportives françaises préparent les sportifs de haut niveau à l'échéance paralympique (FFAviron, FFCanoe-Kayak, FFHandisport, FFSport adapté, FFTriathlon) alors qu'il n'y en avait que 2 à Londres (FFHandisport et FFSport adapté). A noter que le para-canoë et le para-triathlon font leur entrée au programme des Jeux de Rio.

H.fr : La bonne nouvelle, c'est que les chaînes de télé publiques françaises vont enfin offrir un coup de projecteur à la hauteur de l'évènement.
EA : Oui, c'est ce qu'a annoncé récemment le groupe France Télévisions (article en lien ci-dessous). Cent heures de direct pour les Jeux de Rio (contre 60 à Sochi) avec des retransmissions de 19h à 4h du matin. Cinq consultants spécialistes des sports paralympiques seront sur place. C'est une formidable vitrine. A Rio, les chaînes de télé du monde entier semblent vraiment dans la course ; on attend 2 milliards de téléspectateurs. Mais c'est surtout important pour nos sportifs d'avoir des retours sur leurs performances, de pouvoir être suivis en temps réel par leurs proches et leurs fans. Avec les réseaux sociaux, l'effet est immédiat.

H.fr : Ces sportifs ont-ils l'habitude de gérer cette médiatisation grandissante ?
EA : Pour être franche, c'est un peu l'inconnu. Et nous devons faire attention à nos sportifs. A Sochi, par exemple, lorsque l'un faisait une contreperformance, la sanction des médias était immédiate alors qu'auparavant, quel que soit le résultat, les commentaires étaient le plus souvent bienveillants ; on saluait leur courage. A Sochi, certains n'étaient pas vraiment préparés à cela. Mais c'est ça l'exigence du haut-niveau, c'est ça entrer dans la cour des grands. C'était flagrant à Sochi ; à leur retour, nos médaillés ont, pendant quinze jours, écumé tous les plateaux télé. Notamment Marie Bochet qui revenait avec 4 médailles ; ça a été pour elle un vrai marathon médiatique.

H.fr : Vous pensez réellement que les sports paralympiques (en direction des personnes en situation de handicap physique, sensoriel et mental) ont enfin gagné leurs titres de noblesse ? A Londres, par exemple, certains concurrents semblaient vraiment très «amateurs»...
EA : Mais c'est cela la magie des Jeux ! Oui, parfois, on a pu constater de grandes disparités de niveau. Mais il y a les pays qui vont chercher des médailles et puis les autres qui sont en phase de développement. C'est important de rendre ces sportifs visibles, quelle que soit leur performance. Sir Philip Craven, président du Comité international paralympique (IPC), me disait hier qu'avant les Jeux de Pékin, en Chine, les personnes handicapées restaient cloitrées chez elles mais qu'ensuite elles ont davantage osé sortir dans la rue. De grands évènements comme les Jeux permettent réellement d'apporter un autre regard sur la personne handicapée. Mais il reste encore beaucoup à faire pour certains pays émergents ; l'Inde, par exemple, compte un milliard d'habitants mais sa délégation paralympique est réduite à une poignée d'athlètes. Il ne faut pas oublier que les premiers Jeux paralympiques ont eu lieu en 1960 alors nous n'en sommes qu'au début de l'aventure.

H.fr : Les Jeux de Londres ont connu un succès retentissant ; qu'en sera-t-il à Rio, une réplique ou le risque d'être déçu ?
EA : Ça, l'avenir nous le dira mais une chose est certaine c'est que le comité d'organisation s'implique de la même façon pour que les deux fêtes soient aussi belles. Le doute, c'est sur l'engouement du public. Le Brésil, c'est loin, alors pas facile pour les supporters de faire le déplacement. Reste à savoir si les Brésiliens seront au rendez-vous pour remplir les stades. Mais j'y crois car l'équipe paralympique brésilienne a de vraies chances de médailles et les tarifs proposés pour assister aux compétitions sont plus accessibles que pour les Jeux olympiques. Sir Craven déclare à chaque édition que les Jeux paralympiques sont meilleurs que lors de la précédente, alors pas de raison de s'inquiéter.

H.fr : L'autre actu, c'est la candidature de Paris aux Jeux de 2024. Les Paralympiques ont-ils trouvé leur place ?
EA : Oui, c'est évident, dès le départ. Il y a deux ans déjà, j'avais animé un groupe de travail sur ce thème au sein du groupe de réflexion. Je ne vais pas cacher qu'il a fallu argumenter pour que tout le monde y croie. Mais le 17 février 2016, lors de la présentation officielle de la candidature parisienne à la Philharmonie, j'étais comme dans un rêve car j'ai senti que nous portions ce projet dans l'unité et que toutes les personnes engagées concevaient désormais les Paralympiques comme un atout et non plus comme une obligation.

H.fr : On entend dire qu'au-delà de l'enjeu sportif, ces Jeux pourraient booster l'accessibilité pour l'ensemble des Franciliens handicapées. Faut-il vraiment y croire ?
EA : Moi j'y crois car j'ai vu les effets produits dans d'autres pays. Je suis vraiment convaincue que cela pourrait permettre à Paris de rattraper 30 ans de retard, notamment en termes d'accessibilité des transports avec les ambitions du Grand Paris. Mais pas que ! De grands évènements sportifs peuvent devenir de précieux leviers car il y a de vraies pressions exercées sur les collectivités par les instances sportives organisatrices. Regardez l'Euro de foot 2016 : par exemple les matches seront audio-décrits pour les spectateurs malvoyants (article en lien -ci-dessous). Ces grands évènements ont le pouvoir de porter un éclairage médiatique bien plus efficace qu'une loi jugée souvent contraignante et qui peine à être appliquée. C'est ça le pouvoir du sport ! A côté de cela, il ne faut pas se leurrer, ce n'est pas pour autant que le métro parisien deviendra entièrement accessible.

H.fr : Il n'y a pas que des sportifs de haut-niveau. Qu'en est-il pour les personnes handicapées qui souhaitent pratiquer un sport en loisir ?
EA : On constate une vraie mobilisation des différentes fédérations sportives, et de nombreux clubs accueillent des pratiquants en situation de handicap. Ils sont recensés dans un Handiguide (en lien ci-dessous) mis en ligne par le ministère des Sports. Mais il faut rester vigilent sur l'offre de pratique et ne pas laisser la personne handicapée sur le bord du terrain ou à la buvette. Il est important qu'elle trouve sa place dans les matches et que les entraîneurs prennent en compte sa singularité en proposant une pratique adaptée à la mixité. Alors reste, au-delà des bonnes volontés, le problème de la formation des encadrants. Ce ne sont pas des sportifs comme les autres et, parfois, ils préfèrent rester avec leurs pairs. Ce fut mon cas, après ma rééducation ; je recherchais la présence de sportifs qui me ressemblaient, avec lesquels je pouvais partager et qui étaient en mesure de comprendre mes besoins. Et puis il y a encore de grandes réticences chez certains pratiquants qui sont capables de dire «Je ne veux pas nager avec un amputé, ça me met mal à l'aise.» Il y a encore du travail dans ce domaine !

H.fr : Enfin, la place accordée au sport est-elle suffisante dans les établissements médico-sociaux ?
EA : C'est malheureusement souvent le poste qui saute en premier en cas de restrictions budgétaires. J'ai moi-même passé 8 mois dans un centre de rééducation où on pratiquait toutes sortes de sports ; ce ne serait plus le cas aujourd'hui. L'activité sportive est pourtant indispensable car si, par exemple, les personnes paraplégiques n'entretiennent pas leur forme physique, elles risquent des séquelles qui vont les mener inévitablement à l'hôpital, avec des coûts bien supérieurs pour les collectivités. C'est vraiment un mauvais calcul ! Il manque encore une vraie prise de conscience sur le fait que le sport est un outil précieux et que l'entretien et la maîtrise des corps sont primordiaux. Alors exigeons des médecins qu'ils cessent de faire des dispenses de sport scolaire pour les enfants handicapés et proclamons une bonne fois pour toutes le sport sur ordonnance !

© Paris 2024-KMSP + G.Picout

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