Plaidoirie pour le handicap : 2 lycéennes dénoncent !

Résumé : 17 ans et une détermination insolente. Alicia et Clarisse ont écrit une plaidoirie en faveur de la scolarisation des enfants handicapés, lue devant 300 personnes. Elles sont de ces ados qui font bouger le monde... Hommage à Lydie, 11 ans, autiste

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Handicap.fr : Alicia et Clarisse, prendre la parole devant des centaines de personnes pour vous exprimer sur le sort réservé, au sein de l'école, aux enfants handicapés, c'est un défi que avez osé relever…
Clarisse : Nous avons participé, il y a quelques mois, au Concours de plaidoiries des lycéens du Mémorial de Caen. Nous devions écrire une plaidoirie sur un sujet qui porte atteinte aux droits de l'Homme, qui nous touche personnellement et qui mobilise des textes fondamentaux, nationaux comme internationaux, tout en proposant des solutions qui pourraient être mises en place. Nous avons choisi un sujet sur le handicap, intitulé : « Entre handicap et éducation : où réside la véritable injustice ? ».

H.fr : Comment vous est venue cette idée ?
Clarisse : Nous sommes deux lycéennes en terminales économique et sociale et littéraire au lycée privé Champagnat, à Saint-Symphorien-sur-Coise, dans la région Rhône-Alpes-Auvergne. C'est notre professeur d'EMC, c'est-à-dire d'enseignement moral et civique, qui a inscrit notre classe à ce projet. Nous étions amies depuis la première, nous avons décidé de nous mettre ensemble…

H.fr : Pourquoi avoir choisi le thème du handicap ?
Alicia : Ma petite sœur de 11 ans, Lydie, a des troubles autistiques, alors forcément, cela me touchait sur le plan personnel. Elle est scolarisée en Ulis-Ecole. Et c'est un sujet d'actu car elle a l'âge de passer au collège mais il n'y a aucune orientation pour elle l'année prochaine. Mes parents aimeraient lui trouver une place en IME (Etablissement médico-éducatif) mais nous n'avons aucune réponse de la MDPH ou alors dans des internats très éloignés de chez nous.

H.fr : Et vous, Clarisse, en quoi ce thème vous a intéressé ?
Clarisse : Je n'ai pas de lien direct avec le handicap mais c'est aussi un sujet qui me touche et me révolte. Je suis très attachée à Lydie. Et puis ma maman est enseignante et a déjà eu des élèves handicapés. Je l'aide parfois dans sa classe et suis indignée par le manque de solutions pour eux après l'école primaire…

H.fr : Vous deviez connaître votre texte par cœur. Huit minutes maximum… Quel en était l'esprit ?
Alicia et Clarisse, à deux voix : « Lydie, comme plus de 20 000 autres enfants en France, souffre d'un double handicap, celui d'avoir un trouble psychomoteur qui l'empêcher d'aller à l'école comme tous les autres. Pourtant la France affirme être une société prônant l'égalité, la liberté et la fraternité... Mesdames, messieurs, pensez-vous que cela soit juste de refuser des enfants à l'école parce qu'ils ne rentrent pas dans ce que l'on appelle des normes sociétales. (…) Nous, non. Cette situation est une atteinte aux droits de l'Homme contre laquelle nous avons le devoir de nous indigner. Ne perdons pas de vue notre identité commune et affirmons, comme Victor Hugo, que « L'Humanité à un synonyme : égalité. »

H.fr : Finalement, avez-vous participé à la finale des plaidoiries à Caen ?
Alicia : Non car nous ne sommes arrivées qu'à la troisième place de la finale régionale.

H.fr : Tout semblait terminé pour vous, et puis, rebondissement…
Clarisse : Oui, nous avons été invitées à participer au colloque de l'Association française de promotion de la santé scolaire et universitaire, qui s'est tenu en janvier 2016 à Paris. Son thème était : « Enfants orphelins ou blessés de la vie : comment les aider à avancer ? ». Nous étions les plus jeunes à intervenir, les seules lycéennes. Nous y avons reçu un prix d'honneur.

H.fr : L'assistance devait être surprise que de si jeunes femmes prennent ainsi la parole…
Clarisse : Oui c'est vrai, nous avons eu de nombreux retours très positifs de professionnels de la santé, de l'enseignement ou du droit. Ils nous ont félicitées pour notre talent oratoire, alors que nous sommes d'un naturel plutôt timide et que c'était vraiment une épreuve difficile de parler en public. 300 personnes quand même !
Etrangement, j'ai quand même bien apprécié car ce public était attentif et bienveillant ; je voyais des personnes hocher la tête et qui semblaient nous soutenir.
Alicia : Oui et puis pour moi c'était un peu comme si j'avais eu ma petite sœur en face de moi et que je lui parlais. L'adrénaline nous a donné du courage, ce n'était pas seulement une récitation, ça venait vraiment du fond du cœur.

H.fr : Lydie n'était pas dans la salle ?
Alicia : Non, malheureusement, parce que mes parents travaillaient et ne pouvaient pas l'emmener. Cependant ils sont très fiers de nous, et je ne compte plus les fois où ma mère a pleuré.
Clarisse : Les miens ont pu visionner la vidéo et étaient très fiers.

H.fr : Vous dénoncez, d'accord, mais proposez-vous également des solutions ?
Alicia : Oui, bien sûr, c'était l'objet de notre 3e partie. Tout d'abord resserrer les liens entre les différents acteurs autour de l'enfant handicapé. Lydie, par exemple, est allée en hôpital de jour mais personne ne communiquait avec la famille, l'école ou les orthophonistes. C'était très compliqué de savoir ce qu'elle y faisait toute la journée et ça n'avançait pas…
Clarisse : Il faudrait aussi une meilleure formation des enseignants et des AVS. On connait le cas d'une maman qui a été obligée d'arrêter de travailler pour faire la classe à son fils à la maison car elle n'avait obtenu aucune place dans un établissement adapté. Elle nous a également confié que, le plus souvent, les AVS non formées délaissaient son fils pour s'occuper des autres élèves.

H.fr : Quelle maturité car tout ce vous proposez nourrit le combat des associations de personnes handicapées !
Alicia : On l'espère et on en a encore plein d'autres idées… Par exemple que soient fixés des délais pour le traitement des dossiers MDPH. Lydie attend une réponse pour son orientation depuis plus d'un an. On déplace les RV sans cesse et toujours pas de solution.

H.fr : Avez-vous le sentiment que cette expérience vous a changées ?
Alicia : Oui, elle nous a donné du courage, de l'ambition, la force de continuer. Nous nous sentons actrices de nos vies, capables de nous battre. Nous avons même eu un article dans Le Progrès. Notre message est diffusé ; on ne peut pas espérer mieux. Le plus important, c'est qu'on en parle, que les choses changent.
Clarisse : Cela nous a donné aussi confiance en nous en montrant que, malgré notre âge et notre timidité, nous pouvions aussi faire avancer les choses.
Alicia : Et si on me redemande de participer aux plaidoiries, je dis « Oui » tout de suite !

H.fr : Et Lydie, que pense-t-elle des engagements de sa grande sœur ?
Alicia : Elle n'en a pas trop conscience ; elle vit dans son monde et c'est ça qui est admirable. Elle sait poser des questions qui n'ont aucun sens et faire rire les gens. Quand je lui explique qu'on fait tout cela pour elle, pour son avenir, parce qu'on l'aime, elle me fait un gros câlin…


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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"


Commentaires

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Le 30-03-2016 par Karine :
je viens d'écouter votre discours et j'en ai les larmes au yeux. C'est tellement vrai ce que vous dîtes.
je suis sensible à ce qui touche au handicap et souhaiterai travailler dans ce domaine.
Le peu d'expérience que j'ai dans ce domaine me motive dans ce sens et à la fois me surprend : je suis révoltée par toutes les barrières administratives que l'on croise (délai MDA, limite d'âge pour accéder à certains établissement, services alors que le handicap est toujours là...).
Je reste pourtant motivée. A nous tous, et avec de la patience, on verra bouger progressivement les choses.
Bravo pour votre plaidoirie.

Le 30-03-2016 par Georges Tranchard :
Bravo, votre travail est exceptionnel et mérite d'être relayé. La passion qui se dégage de votre texte est impressionnante et procure une émotion certaine. Félicitations et encore bravo !

Le 31-03-2016 par zenissima :
bravo à ces deux jeunes filles. Educatrice spécialisée dans le secteur du handicap adulte, en institution, nous voyons arriver dans nos etbs un public jeune, en grandes difficultés d'insertion sociale et professionnelles. Limités en places, limités en personnel, nous défendons le principe de l'accueil et de l'accompagnement individualisé, au plus près des projets de vie des personnes.Familles, professionnels, personnes acceuillies, nous sommes tous acteurs. Mais bourdel, on aimerait plus de moyens ...Je comprend leur demande de formation des enseignants, des AVS. Il faut aussi admettre que les jeunes handi en milieu scolaire ont besoin de temps, plus de temps, d'autres méthodes, d'autres approches, des espaces adaptés, des outils adaptés. Toute ma sympathie aux familles, aux personnes en situation de handicap, ainsi qu'à tous mes collègues sur le terrain

Le 31-03-2016 par sdh :
(1/2) Cette intervention est émouvante. Les deux filles expriment ce que, tous les jours, des milliers de personnes en situation de handicap éprouvent ! Oui ! Evidemment que les enfants en situation de handicap ont droit à la culture. Cela me parait, à moi, d'une limpide évidence. Moi, qui ait eu accès aux études. Moi, qui suis diplômé d'un master. Moi, qui ait pu vivre comme les autres enfants de mon âge. Vous vous demandez surement pourquoi j'écris ces quelques lignes... N'ayez aucune crainte, je n'ai ni envie de sourire, ni le désir de me faire "mousser". Juste de vous dire que je suis tout à fait d'accord avec le message que veulent faire passer les deux jeunes filles : l'égalité des chances et des droits des personnes en situation de handicap, et ce quelque soit leur handicap. N'importe qui, qu'importe son état de santé, son handicap a droit à l'éducation !

Le 31-03-2016 par sdh :
2/2 N'importe qui, quelque soit son handicap, a le droit à trouver un travail ! Ah, j'oubliais, je suis aussi un citoyen en situation de handicap. Mais, comme je ne voulais pas le mettre en avant, car, avant d'être en situation de handicap, je suis un citoyen.

Le 31-03-2016 par nono25 :
Bravo
Je suis coresponsable d'une association de parents d'élèves (collège et lycée) FCPE et je vois le problème des handicapés dans les établissements scolaires.
Ces jeunes filles ont la générosité étourdissante des jeunes de leur âge et en plus elles ont un culot insolent : bousculer une situation institutionnelle dun manque politique de vouloir intégrer tous les enfants et ados au sein de lécole.

Merci mesdemoiselles pour votre courage, ne vous arrêtez jamais car nous avons besoin de vous.

merci

Le 31-03-2016 par N-69 :
moi je me suis vu deja refusé dans certains lycée car je suis différent,on m'a refillé des excuses du style "vous avez changé trop souvent d'etablissement" ou encore "vos notes ne sont pas suffisantes" ou "vos problèmes sociaux ne vous permettent pas d'etre pris dans ce lycée" ca c'est honteux et pire,on a dit a ma mère de ne plus m'inscire en lycée car vu qu'au lycée jehanne de france a lyon,les pompiers sont venus et m'ont emmené a l'hopital pour rien au final,les profs n'ont rien fait pour cadrer les jeunes qui m'ont traité de tous les noms et insultes donc en gros je suis dans un embargo

Le 31-03-2016 par E-63 :
Touchée par le handicap, avec un fils ayant des troubles autistiques, que l'on refuse de reconnaître. Je me suis battue pour qu'on ne le mette pas à part à l'école. Tant que les professionnels ne seront pas bien formés, tout parent aura des difficultés à scolariser un enfant différent. Bravo mesdemoiselles, discours relatant très bien la situation ! On veut que tout le monde puisse avancer avec les mêmes chances d'y arriver, c'est cela l'égalité ! Merci

Le 01-04-2016 par lordeflo :
merci pour votre initiative. Je suis maman d'une jeune fille Asperger, qui a fait des bonds de géant grâce à une intégration dans des réalisations artistiques (comédies musicales, dessin, danse...), Tania a même illustré et co rédigé un conte pour enfants. De ces intitiatives qui l'ont fait "grandir" j'ai crée l'association T-Extra-Ordinaire pour valoriser les réalisations des personnes différentes. Car grâce à la valorisation, vient la confiance en soi, l'estime de soi, et les progrès. C'est valable pour chacun d'entre nous. Pour les enfants différents, c'est d'autant plus essentiel qu'ils sont généralement marginalisés, rejetés ... n'hésitez pas à nous faire connaitre les oeuvres Extra et Pas Ordinaires de personnes autour de vous. Des personnes différentes, des personnes Extra Ordinaires( via le site T-Extra-Ordinaire.com)

Le 01-04-2016 par Dxfred :
C'est une situation d'être handicapé, peu importe comment elle et vue, le problème au depart il vient de là, chacun sait que un handicapé et vue differament surtout à bas âge.
Je vois mal une personne souffrant de trouble rejoindre un établissement public, ce n'est pas elle ou lui le problème mais ceux qui l'entoure, deja si lui ou elle et en difficulté rien n'améliora son quotidien en étant entouré de personne qui la voye différente.
En France les comportements sont étonnant.

Le 02-04-2016 par rimbod :
L'intervention de ces deux jeunes filles m'a beaucoup ému. Quelle sérénité!! Bravo.

Le 04-04-2016 par Win :
Votre intervention est un plaidoyer qui je l'espère, permettra que cette valeur d'égalité soit un jour atteinte pour tous. Il est bon que vous ayez rappelé que lois et conventions ne doivent qu'être ratifiées mais appliquées.
Merci pour cet appel, ce rappel qui je l'espère arrivera dans l'hémicycle mais également dans les mentalités. Quant à votre appel concernant les délais à appliquer dans le traitement des dossiers en MDPH je souhaite de tout cœur qu'il soit entendu.
Bravo

Le 06-04-2016 par bernard Vassel à Montauban! :
malheureusement toujours le même biscours entendu mais difficile de faire b
ouger lesmentalités, on ne fera jamais un cheval de course d'un âne!!!!

Le 12-04-2016 par Alged :
quant aux MDPH leur sort est plié.Elles deviendront des Maisons De Autonomie (sic) avec budget réparti entre handicapés et personnes agées.Donc leur spécificité handicap disparait; de plus les départements seront prescripteurs et payeurs -main mises sur les CDAPH (avec chantage de suppression de subventions aux associations qui ne votent pas pour le département).
Quant aux délais c'est mal parti!
Un arrêt du Conseil d'Etat( décision du 31 juillet 2015) exonère les commissions des MDPH de l'obligation de respecter les garantis de procédure,notamment pour obtenir une décision dans un délai raisonnable,comme le préconise la Convention Européenne des Droits de l'Homme.
Cela signifie que les CDAPH pourront continuer à avoir de longs traitements de dossiers,sans encourir de sanction.Et l'état des personnes attendant une réponse continuera de s'aggraver et la réponse -si elle vient -ne sera plus en adéquation avec leur nouvelle situation.



Le 17-04-2016 par Albarsark :
Bravo les filles !!! Oui bravo de vous être bougé, par amour, par amitié, par respect. C'est quand même désolant que dans notre société égalitaire il faille encore se battre pour des choses qui relevent de l'évidence sociale. Battez vous les jeunes car notre génération de vieux frenchies n'est bonne qu'a manger le monde.

Le 09-05-2016 par Thureau :
Vive la vie, et continuons le combat !

Le 20-05-2016 par Caro :
Bravo pour ces vérités qui sont exprimées avec pleins d'espoir...je connais ce milieu des personnes handicapées, je me passionne pour la tolérance et l'égalité....et je viens de terminer mes examens pour entrer en deuxième année dune ecole en Psychomotricite....je souhaite que cela avance pour lydie et les autres enfants....et je pense que grâce à ces énergies présentant des solutions envisageables...il faut continuer à avancer et à se soutenir. Encore bravo et bon courage.

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