Le handicap, histoire d'en rire

Jean-Louis Fournier a reçu le 3 novembre dernier, le Prix du roman Femina pour 'Où on va, papa ?'. A travers ce livre, il rend hommage à ses deux fils handicapés. Une déclaration d'amour à la fois drôle et incisive, ascendant très comique !

11 novembre 2008 • Par Jean-Louis Fournier

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Handicap.fr : Pourquoi ce titre ?
Jean-Louis Fournier : «Où on va, papa ?» est la seule phrase que peut dire, et répéter des milliers de fois,Thomas, l'un de mes deux fils.

Handicap.fr : De quelle maladie vos deux garçons souffrent-ils ?
JLF: On ne sait pas vraiment. Il n'y a jamais eu de diagnostique. Ils ont la même maladie génétique qui engendre une déficience mentale et une fragilité du squelette. Mathieu est décédé à l'âge de 13 ans des suites d'une arthrodèse pour redresser sa scoliose. Comme Je dis : « Il est mort droit ! ». Thomas est toujours en vie, mais très faible. Il a plus de trente ans - mais on lui en donnerait 16. Je lui ai dit :« Tu es le héros d'un livre ». Mais évidemment, il ne comprend pas.

Handicap.fr : Même si certaines expressions sont parfois dures -vous qualifiez vos fils de « Deux fins du monde »- votre plume est excessivement drôle. On rit de bon cœur, sans culpabilité. Pourquoi avoir choisi l'humour ?
JLF : Finalement, je n'ai jamais su faire que cela : user de l'humour et d'une certaine distance. Je me suis toujours décrit comme un « écrivain rigolo ». J'était l'ami de Pierre Desproges, c'est ensemble que nous avons fait « La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède ». J'ai toujours banni le pathos. Cela m'a permis de survivre, et de résister à ce drame d'avoir deux enfants handicapés. Le rire, c'est un super désinfectant, de la pyrolyse. Avec lui, vous brûlez toutes les saloperies.

Handicap.fr : Pourquoi a-ton des réticences à rire du handicap ?
JLF : Nous sommes dans une société qui nous impose des comportements stéréotypés : il faut avoir l'air malheureux quand nous avons des malheurs. Je vais vous donner un exemple : j'assistais, jeune enfant, à un enterrement. La veuve avait le sourire pendant la cérémonie et j'ai entendu des gens dire : « Elle ne devait pas beaucoup l'aimer son mari ! ». Et bien voilà à quoi nous sommes condamnés. Rire quand on a un enfant handicapé, c'est pas normal ! C'est idiot comme principe car justement, c'est lorsqu'on a des problèmes qu'il est utile de se soulager !

Handicap.fr : Quels types de témoignages ou de critiques recevez-vous ?
JLF : J'ai énormément de retour de parents d'enfants handicapés, et notamment de pères, qui me disent « Bravo, merci, vous m'avez redonné le moral... » Un papa m'écrit : « Vos fils ont de la paille dans la tête. Et bien le mien a du caramel MOU dans les jambes. » Une maman me dit : « Vous me donnez la permission de rire de mes malheurs ». Relever la tête et rire, c'est fondamental et ca change tout !

Handicap.fr : Vous avez reçu le Prix Femina ? Comment avez-vous accueilli cette distinction ?
JLF : C'est la première fois que je reçois un prix, après 30 livres. Alors, évidemment, ca fait plaisir, surtout pour celui-là qui me touche particulièrement ;c'est une façon de le faire mieux connaître, Il a atteint 200 000 ventes, malgré une pub très discrète, surtout du bouche à oreille. 60 000 ventes en une semaine grâce au Prix ! Et puis ca me redonne confiance dans mes semblables. Je suis moi-même étonné que ce livre puisse faire l'unanimité avec un sujet aussi terrible.

Handicap.fr : Comment expliquer-vous le succès de votre livre ?
JLF: Je crois que nous sommes tous des handicapés : les timides, les angoissés... Dans ce livre, je les mets en vedette et je dis, on a le droit d'être handicapé. Nous ne sommes pas tous des supers héros, des gens bien dans leur peau ; la terre est aussi remplie de « loosers » de faibles qui ont le droit d'exister. Tous ceux qui m'écrivent n'ont pas forcément un enfant handicapé et pourtant, ils s'y reconnaissent.

Handicap.fr : Avez-vous envie d'écrire à nouveau sur la thématique du handicap ?
JLF : Je viens d'écrire un poème sur un enfant handicapé vu par un mec normal avec pour conclusion : « Tu as besoin de moi, j'ai besoin de toi. ». On a besoin d'eux car ils ont des choses à nous apprendre. Les faibles suscitent chez les forts les sentiments de générosité et de solidarité. Nos enfants nous apprennent la liberté, le détachement. Ce sont des personnages surréalistes. Avec eux, on a l'impression d'être au théâtre. Mais je ne pense pas écrire à nouveau sur le handicap, même si depuis plusieurs années, il nourrit inconsciemment mon inspiration. J'ai écrit l'histoire de Noiraude, une vache neurasthénique ou encore celle d'Antivol, l'oiseau qui a le vertige. A propos de ces dessins animés Desproges m'avait dit : « Tu sais que tu es en train de parler de tes gosses ? ».

Handicap.fr : Qu'est ce que l'écriture de ce livre a changé dans votre relation avec vos fils ?
JLF : Je me suis rendu compte que je les adorais !

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