L'Union autour du handicap

Patrick Gohet, directeur pendant 15 ans de l'Unapei, assume depuis 2002 le poste de Délégué interministériel aux personnes handicapées. Dans le cadre de la présidence française de l'Union, il fait le point sur la prise en compte du handicap en Eu

18 décembre 2008 • Par Patrick Gohet, Président du CNCPH

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En 2002, Jacques Chirac lançait un « chantier prioritaire » en faveur des personnes handicapées, quel est le bilan ?
Il est important. Des lois ont été votées et presque 150 décrets d'applications sont pris... Mais au-delà de çà, c'est un système nouveau d'animation de la politique du handicap qui s'est mis en place, avec la création des MDPH (Maisons Départementales des Personnes Handicapées), de la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie), la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées... Les choses sont en train de prendre corps. Il faut encore un peu de temps pour se les approprier mais, depuis quelques mois, des efforts substantiels sont menés.

Cet élan s'est-il infléchi depuis l'élection de Nicolas Sarkozy ?
Ce n'est certes plus un « chantier prioritaire » tel que défini par Jacques Chirac mais le caractère prioritaire n'a pas été abandonné pour autant, bien au contraire, c'est ce qu'a affirmé le Président de la République à l'occasion de la conférence nationale du Handicap du 10 juin dernier.

La Présidence française de l'Union a-t-elle eu un impact dans ce domaine ?
L'Europe n'a pas attendu cette présidence pour s'impliquer de manière forte, notamment dans trois domaines : la lutte contre la discrimination sous toutes ses formes, la liberté du choix du mode de vie (à la maison, en institutions...) et la priorité donnée à la participation de la personne handicapée dans tout ce qui la concerne.

Mais la France ne peut-elle pas se prévaloir de quelques démarches symboliques ?
Oui, bien sûr, mais pas uniquement. Elle contribue à l'élaboration d'une importante directive contre la discrimination en général, auquel le handicap est évidemment associé. Ce point a été largement évoqué en septembre, à l'occasion du Sommet de l'égalité, puis en octobre lors de la Conférence européenne sur la scolarisation des enfants handicapés.

Y-a-t'il une réelle implication de l'Europe en matière de handicap ?
C'est certainement l'un des domaines de la politique sociale où l'Union s'est le plus impliquée. L'Europe affiche une réelle volonté de faire progresser les choses, notamment au moyen du FEPH (Forum Européen des Personnes Handicapées) qui rassemble les ONG et les Conseils nationaux.

Les 50 millions de citoyens en situation de handicap de l'UE arrivent-ils à se faire entendre ? On pense notamment à la pétition lancée par le FEPH en 2007 ?

Il va sans dire que d'un pays à l'autre, la prise en charge du handicap reste malgré tout inégale. Certains pays optent pour une approche très médicale, et d'autres, plus sociale. Mais on remarque que tous ont la même volonté d'implication et de convergence.

Constate-t-on une grande disparité de prise en compte du handicap au sein des pays de l'Union ?

Certains Etats, notamment ceux qui nous ont rejoints récemment, affichent en effet un certain retard. Il faut faire avec les modes de vie de chacun. Dans les pays scandinaves, par exemple, c'est souvent la « Commune » (un découpage plus vaste que chez nous) qui gère la prise en compte du handicap. C'est donc difficile de comparer les initiatives, même si c'est un exercice nécessaire.

Le 2 décembre dernier, Valérie Letard, Secrétaire d'État à la Solidarité, a insisté sur le rôle majeur de l'Europe dans l'intégration des personnes handicapées et déclaré « Le contexte économique n'est pas facile, les politiques en faveur des personnes handicapées ne doivent pas être une variable d'ajustement. ». Y avait-il des menaces d'amputation budgétaire ?
Bien évidemment, le contexte est difficile. Pour autant, il est incontestable que les efforts budgétaires persistent, qu'il s'agisse de l'Etat, des départements, des régimes de protections sociales,.... En fait, la réponse à laquelle tous les acteurs de la politique du Handicap doivent répondre est la suivante : Comment mieux dépenser, notamment pour qu'il n'y ait plus de personnes handicapées qui restent sur le bord du chemin ?

Quelles sont les ambitions de l'Europe dans les années à venir ?

La généralisation des mesures mises en œuvre en matière d'accessibilité, d'emploi et de scolarité. Mais il faut savoir que tous les pays n'évoluent pas à la même vitesse. L'objectif de l'Europe n'est pas forcément l'unification mais plutôt l'harmonisation, de préférence vers le haut. Tous les pays doivent faire en sorte de se rejoindre mais en tenant compte évidemment de nos héritages cultuels et sociaux respectifs.

Interview réalisé par Emmanuelle Dal'Secco, handicap.fr

 

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