Embaucher un travailleur handicapé : bientôt " normal " ?

25 ans déjà pour l'Agefiph ! Et pourtant, embaucher un travailleur handicapé, ce n'est pas encore " Normal ! " pour tout le monde. Ce modèle peut-il tenir ses promesses ? L'occasion d'un bilan, pas tout rose, qui vire parfois au vermillon...

30 janvier 2013 • Par

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On pense trop souvent, parce qu'on ne parle plus que d'elle, que c'est la loi handicap de 2005 qui a enfanté toutes les actions et les prises de conscience en faveur des personnes handicapées, et notamment fixé leur quota d'embauche à 6 %. Il y en eut pourtant d'autres : 1975, 1987...

Loi de 1987 : formaliser des initiatives éparses

Avant 1987, certaines entreprises menaient déjà des actions mais de façon éparse, sans aucune homogénéité. La loi de 1987 permet de les formaliser. Et, parmi ses chantiers, elle décide la création d'un fonds de développement destiné à « inciter » (ou contraindre ?) les entreprises à remplir leurs obligations. C'est ainsi que l'Agefiph voit le jour. « Il faudra huit mandatures pour créer cette entreprise de solidarité active dans une démarche volontariste, pragmatique et impartiale, se félicite Pierre Blanc, son directeur général ». C'est donc son quart de siècle qui fut fêté en novembre 2012.

Peut mieux faire...

Grégory Cuilleron, le cuisinier de Top chef, égérie de l'Agefiph, a beau scander avec conviction le slogan de la nouvelle campagne, « C'est normal ! », embaucher un travailleur handicapé, c'est pourtant bien loin d'être un réflexe, même 25 ans après. Odile Menneteau, présidente de l'Agefiph, qui en a pris les rênes fin 2012, ne dément pas, enfin pas totalement : « On note une forte accélération des interventions sur les cinq dernières années qui égalent les vingt précédentes. Une entreprise sur deux assujettie à l'obligation d'emploi présente, aujourd'hui, un taux d'emploi de salariés handicapés supérieur ou égal à 6%. En 2011, seuls 9 000 établissements sur 127 000 n'ont mené aucune action. De 1987 à 2011, c'est plus d'un million de personnes handicapées qui ont trouvé un emploi grâce à l'action de l'Agefiph. C'est plus de 135 000 salariés, déclarés inaptes à la suite de la survenance d'un handicap, qui ont conser¬vé leur emploi. « Ce bilan est positif, poursuit la présidente, mais nous pouvons faire encore mieux. »

340 000 demandeurs d'emploi handicapés

Et Jean-François Trogrlic, directeur du bureau de l'OIT (Organisation internationale du travail) pour la France (« une vieille maison qui a travaillé sur la thématique du handicap dès sa création, après-guerre, notamment dans le cadre de la prise en charge des mutilés de guerre »), de confirmer que « l'Agefiph est considéré comme un modèle vers lequel il faut tendre. Bien sûr, il repose sur un système de pénalités mais qui permettent de mettre en œuvre des actions positives. Mais cela ne veut pas dire que les résultats sont extraordinaires pour autant. » Il est vrai qu'avec 340 000 demandeurs d'emploi handicapés, il y a de la marge pour être perfectible.

L'Etat se désengage

La particularité de ce fonds, c'est que sa gestion a été confiée à un organe tripartite qui rassemble les représentants de la puissance publique, les employeurs et les travailleurs, et donc pas exclusivement à l'Etat. Au point que ce dernier, parfois, prend la liberté de se dédouaner. En 2011, c'est la douche froide. L'Etat transfère au fonds trois champs d'actions : la formation, la gestion de la lourdeur du handicap et la déclaration RQTH (Reconnaissance qualité travailleur handicapé). De nouvelles responsabilités mais sans aucune compensation financière ! Or on sait que l'Agefiph ne vit que sur les pénalités versées par les entreprises qui ne remplissent pas leur obligation d'embauche. Et, heureusement, à la faveur d'une prise de conscience collective et parce que les récalcitrantes sont de moins en moins nombreuses, son budget est donc amené à s'amoindrir et, dans une configuration idéale, à disparaître. Avec une telle perspective et des charges grandissantes, la pilule s'avère donc difficile à avaler ! L'Agefiph n'a évidemment pas souhaité ces transferts, ne peut que déplorer le désengagement de l'Etat, mais elle n'a pas le choix, il faudra bien qu'elles les mettent en œuvre.

Les chantiers 2013

En 2013, à l'heure où le chômage affecte fortement les personnes handicapées, les actions du fonds réclament en effet quelques subsides. Trois chantiers prioritaires sont inscrits à l'ordre du jour : le développement de la formation, des contrats en alternance (notamment pour l'accès à l'emploi des plus jeunes) et le maintien dans l'emploi ou prolongement de la vie au travail, y compris pour les seniors. Tout en poursuivant, évidemment, le travail de mobilisation des entreprises et la nécessité de rendre l'information plus accessible... Pour vivre dans son temps, l'Agefiph capitalise d'ailleurs sur la modernité ! Il s'est doté récemment de deux outils sur le web : le site emploi qui diffuse 28 000 offres et 5 000 candidatures et le handichat en TV web.

Une black list des entreprises récalcitrantes ?

Des procédures de recrutement certes innovantes pour les entreprises mais la cyber attitude suffira-t-elle à insuffler un peu de modernité dans les mentalités des entrepreneurs ? Le cas échéant, pour « inciter à la solidarité », Jean-François Trogrlic suggère d'attaquer la fibre « marketing » des entreprises : « Il existe des pays qui obtiennent les mêmes résultats sans ce système pénalisant. Quitte à faire une black list de toutes les entreprises qui ne mènent aucune action. Il faudrait peut-être qu'une association se saisisse de cela ! » Une image de marque dépréciée, socialement incorrecte, est-ce réellement un « chantage » qui pourrait faire ployer nos entreprises au XXIème siècle ? Bilan avec l'Agefiph... dans 25 ans ?

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