Dans les écoles, les notifications MDPH s'accumulent, mais les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) manquent toujours à l'appel. Pour rappel, à la rentrée de septembre 2025 (les chiffres 2026 n'étant pas encore publiés), 520 600 élèves en situation de handicap étaient scolarisés en milieu ordinaire. Ce nombre a été multiplié par plus de trois depuis le milieu des années 2000.
Deuxième métier de l'Éducation nationale avec près de 140 000 personnels, les AESH restent majoritairement à temps partiel, pour environ 1 030 euros nets par mois (selon le ministère de l'Éducation nationale). Une précarité dénoncée depuis des années, et remise au cœur du débat en juin 2026, lors de nouvelles mobilisations : plusieurs centaines d'AESH ont manifesté pour réclamer un statut de fonctionnaire de catégorie B, un temps complet à 24 heures et une revalorisation salariale « significative ». « Il est tout à fait inacceptable que des AESH avec presque 9 ans d'ancienneté soient rémunérés au même indice que des AESH qui viennent d'être recrutés, lorsque ce traitement brut correspond au SMIC », dénonce le Syndicat national des lycées, collèges, écoles et du supérieur (SNALC).
France Travail mobilisé pour recruter et former
Pour tenter de répondre à la pénurie immédiate et éteindre l'incendie, l'Éducation nationale s'associe depuis peu à France Travail. L'objectif : élargir le vivier de recrutement via des profils en reconversion et des demandeurs d'emploi. Des dispositifs de formation accélérée sont mis en avant, notamment en région Île-de-France et dans le Val-de-Marne, où des partenariats rectorat–France Travail permettent de transformer des parcours variés (chauffeurs, aide à domicile, etc.) en fonctions d'accompagnement scolaire. Sur la plateforme de l'opérateur public, les fiches métiers insistent sur une entrée accessible sans diplôme spécifique, avec une formation assurée en interne, pour répondre à l'urgence des besoins dans les établissements.
Une réponse jugée insuffisante par la profession
Mais sur le terrain, cette stratégie de recrutement ne convainc pas tout le monde. Les organisations syndicales alertent : sans statut pérenne, les difficultés de recrutement resteront structurelles. Le gouvernement travaille parallèlement sur une évolution du cadre, avec l'hypothèse d'une « fonctionnarisation » limitée à une partie des AESH (10 à 20 % seulement), ce qui alimente les tensions, d'après une information du SNALC. « Pourquoi hiérarchiser les collègues ? », dénoncent certains accompagnants, qui redoutent une profession à deux vitesses. Ils réclament notamment « l'équité entre personnels AESH et avec les autres personnels de l'Éducation nationale », selon la CFDT Éducation formation recherche publiques.
Entre urgence et réforme de fond
Alors que des groupes de travail ministériels se succèdent, la question reste entière : comment stabiliser un métier devenu indispensable à l'école inclusive ? Pour les AESH, la réponse ne peut pas se limiter à des recrutements d'urgence via France Travail. Sans revalorisation salariale ni statut clair, le risque est de voir la crise du recrutement se prolonger, au détriment des élèves en situation de handicap comme des professionnels eux-mêmes.
La fausse solution des PAS ?
Parallèlement, un rapport sénatorial de mai 2026 préconise la généralisation des Pôles d'appui à la scolarité (PAS) par souci d'économies. Ce nouveau dispositif, qui fusionne l'aide scolaire et le médico-social au sein d'un guichet unique dans les établissements, vise à attribuer du matériel ou des aménagements pédagogiques en amont pour éviter le recours systématique aux accompagnants. Une restructuration qui se fait au grand dam des personnels : les AESH craignent des modifications forcées de leur contrat de travail et des risques de licenciement en cas de refus face au redéploiement de leurs missions. Preuve des vives tensions politiques autour de ce dossier, l'Assemblée nationale a voté contre l'article de loi qui devait acter le déploiement massif de ces PAS, obligeant l'exécutif à contourner le Parlement en passant par la voie réglementaire (Handicap à l'école : les députés rejettent les PAS).
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