Appareils auditifs : payer plus pour mieux entendre ?

Le 100 % Santé garantit une offre sans reste à charge aux assurés couverts, notamment en matière de dispositifs auditifs. Pourtant, l'essentiel des dépenses concerne les modèles à prix libre. Fonctions, accessoires, mutuelle : que paie-t-on vraiment?

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Homme de dos avec prothèse auditive

En 2022, Gonzague Diers a puisé environ 1 500 euros dans ses économies pour acheter une paire d'appareils auditifs de classe II, facturée près de 3 200 euros. Une offre de classe I, sans reste à charge, figurait sur le même devis. « J'avais le sentiment que l'appareil 100 % Santé serait moins performant », raconte ce retraité de 64 ans. Aujourd'hui, il reconnaît ne pas savoir ce que cette dépense lui a réellement apporté : « Je me suis peut-être laissé influencer ».

Depuis 2021, la réforme du 100 % Santé oblige les audioprothésistes à proposer une offre de classe I plafonnée à 950 euros par oreille. Pour un adulte couvert par une complémentaire responsable, l'Assurance maladie rembourse 240 euros et la mutuelle complète le solde. La classe II reste à prix libre. L'Assurance maladie verse toujours 240 euros, mais la prise en charge restante dépend du contrat de mutuelle.  

« Le dispositif a permis à des personnes auparavant exclues à cause du coût de passer le pas », reconnaît Yann Griset, président de SurdiFrance. Mais il ne couvre pas tout le marché. En 2024, les appareils de classe II représentaient 1,515 milliard d'euros de dépenses, contre 396 millions pour la classe I. Les ménages ont payé 480 millions d'euros pour les modèles à tarif libre, selon la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees).  

Classe I ou classe II ?

La classe I ne correspond pas forcément à un appareil bas de gamme. Elle répond à un cahier des charges précis et existe sous plusieurs formes et puissances. La classe II ajoute surtout des fonctions logicielles, des possibilités de réglage plus nombreuses, une gestion plus fine du bruit ou de la parole et, plus souvent, des solutions rechargeables.

« La grande demande n'est pas forcément de mieux comprendre dans le calme, mais en groupe, à table ou au restaurant », explique Jehan Gutleben, audioprothésiste indépendant et vice-président du Syndicat des audioprothésistes. Ces fonctions peuvent être utiles. Mais le prix ne garantit pas le résultat.

Le réglage, une étape décisive

« On peut avoir un appareil qui offre beaucoup de possibilités sans les utiliser au mieux », prévient Jehan Gutleben. Le choix du modèle, les tests, les réglages et le suivi restent déterminants. Un appareil de classe II mal adapté peut donc apporter peu de bénéfices par rapport à un appareil de classe I correctement réglé.

Le professionnel délivre un dispositif médical sur ordonnance, mais son activité relève aussi d'une logique commerciale. Le patient doit distinguer un besoin réel, un confort supplémentaire et un argument commercial. L'essai, obligatoire pendant au moins 30 jours, permet de tester l'appareil dans différentes situations du quotidien : réunion, restaurant, télévision ou transports.  

Des accessoires parfois indispensables

Mireille Bianciotto, 75 ans, s'est dite satisfaite d'une paire de classe I obtenue sans reste à charge en 2021. Sa surdité étant devenue sévère, elle teste aujourd'hui des modèles de classe II à 3 000 et 3 900 euros la paire. Engagée dans différentes associations, elle cherche notamment à mieux suivre les réunions. « Je cherche vraiment tout un tas de choses pour essayer d'avoir une vie active », explique-t-elle.

Microphones déportés, systèmes de transmission ou boîtiers pour la télévision peuvent encore alourdir la facture. Yann Griset évoque environ 1 500 euros d'aides techniques complémentaires pour son dernier appareillage avant son implant cochléaire. « L'appareillage auditif n'est pas une machine magique », résume-t-il. Les réglages et le suivi sont inclus dans le prix de l'appareil. Les piles ne sont toutefois prises en charge que dans la limite d'un forfait annuel, tandis que certains outils de communication restent peu ou pas remboursés.

Comparer avant de signer

Avant l'achat, mieux vaut demander quelle offre de classe I est disponible, quelles fonctions justifient une classe II et quel sera le reste à charge après la mutuelle. Il faut aussi vérifier les accessoires inclus, le suivi et les conditions de renouvellement des aides auditives, fixé en principe à quatre ans.

Pour son prochain équipement, Gonzague Diers compte consulter plusieurs professionnels. « Je vais faire une étude de marché, mais avant tout technique. » Le meilleur appareil n'est pas forcément le plus cher, mais celui qui répond à un besoin clairement identifié et que le professionnel prend le temps d'adapter.

© Daniel Adams de diversifylens / Canva

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