Arthrose du pouce : la maladie du temps perdu

1,8 million de Français souffrent d'arthrose du pouce et perdent en moyenne dix ans avant de retrouver une vie normale. Il existe pourtant une solution efficace : la prothèse du pouce. Focus à l'occasion de la journée mondiale de l'arthrose.

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« J'ai sûrement tardé à consulter ». Anne-Laurence ne s'est pas inquiétée tout de suite lorsqu'elle a commencé à avoir des difficultés avec son pouce gauche. « J'ai mis ça sur le dos du smartphone », explique cette médecin du travail âgée de 54 ans. Mais les douleurs ont persisté jusque dans le moindre mouvement répété du quotidien. Attraper un plat est devenu quasi mission impossible et taper sur un clavier lui demande un effort considérable. « Je ne pouvais plus écrire, j'ai même dû faire les démarches pour bénéficier d'une RQTH (reconnaissance de qualité de travailleur handicapé, ndlr). » Après une radio, le verdict tombe : arthrose du pouce. Evolutive, cette maladie détruit progressivement le cartilage et peut aller jusqu'à la déformation du doigt affecté, prenant alors la forme d'un « pouce en Z ». Le plus souvent bilatérale, cette « rhizarthrose » a plusieurs facteurs déclencheurs : des prédispositions anatomiques, l'hérédité, le travail manuel répétitif…

1,8 million de Français concernés

Bien que bénigne, cette affection complique la vie de 1,8 million de Français. « Qui dit invalidité de la main, dit forcément perte d'autonomie. Paradoxalement, elle est peu connue », souligne Dougal Bendjaballah, co-fondateur de KeriMedical, fabricant d'implants chirurgicaux. Cette start-up basée en Savoie lance, à l'occasion de la journée mondiale de l'arthrose, le 17 septembre 2022, une campagne de sensibilisation sur l'arthrose du pouce. « Les gens vivent avec leur gêne et pensent que c'est une fatalité. Leur généraliste leur dit qu'il n'y a rien à faire, à part porter une orthèse », poursuit Dougal Bendjaballah, qui estime à « dix ans », le nombre d'années perdues avant un retour à une vie normale. Dans sa campagne d'information, la société s'est justement « amusée » à quantifier les activités sacrifiées : « 383, c'est le nombre d'heures de bricolage que vous auriez pu faire en un an si vous aviez traité votre arthrose » ou encore « 127, c'est le nombre de gâteaux au chocolat que vous auriez pu cuisiner en deux ans si vous aviez traité votre arthrose ».

Une prise en charge souvent trop tardive

Anne-Laurence, pourtant elle-même médecin, fait partie de ces patients qui ont bénéficié d'une prise en charge trop tardive. D'abord, l'infiltration qui lui est proposée ne lui offre aucun répit, et son orthopédiste se montre plus que pessimiste sur une rémission durable. Mais c'était sans compter sur l'arrivée d'une nouvelle option de traitement qui allait radicalement changer son quotidien : la prothèse. Cette technique médicale, inventée en France dans les années 1950, a été reprise en 2016 par KeriMedical pour être adaptée à la main. Peu invasive, l'opération d'une heure en moyenne se résume à l'installation d'un implant qui vient remplacer l'articulation malade du trapézo-métacarpien, située à la base du pouce. « Sur 11 500 opérations du pouce par an, ce ne sont pas moins de 9 000 prothèses qui sont posées », précise Dougal Bendjaballah. Cette technologie médicale contribuerait dans « 95 % des cas à faire disparaître la douleur et à retrouver la motricité du doigt malade ». D'autant que l'Hexagone dispose des « meilleurs chirurgiens de la main au monde qui savent poser des prothèses », se félicite le co-fondataeur de Kerimedical. Autre avantage selon Anne-Laurence, le remboursement de l'intervention par l'Assurance maladie. Aujourd'hui, finie la galère pour écrire les ordonnances de ses patients, à qui elle propose désormais sans hésiter l'option chirurgicale en cas de rhizarthrose.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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