Et si le meilleur traitement « contre l'autisme »… était de ne pas chercher à le « traiter » ? Régimes d'exclusion, antibiotiques, compléments alimentaires ou autres protocoles coûteux continuent pourtant d'être proposés aux familles comme autant de solutions miracles capables de réduire les signes autistiques. Dans l'épisode 9 de notre série de fact-checking vidéo, Chams-Ddine Belkhayat, père d'un enfant autiste et directeur de l'association AFG Autisme, et Marie-Maude Geoffray, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent et du développement à l'hôpital du Vinatier à Lyon, remettent les pendules à l'heure. « Il n'y a pas de traitement médicamenteux pour traiter l'autisme », rappelle la spécialiste en introduction. L'autisme est un trouble du neurodéveloppement (TND), et non une maladie que l'on pourrait faire disparaître avec un médicament ou une thérapie alternative.
Médicaments : traiter des troubles associés, pas l'autisme
Cela ne signifie pas qu'aucun médicament ne puisse être prescrit à une personne autiste. Dans certaines situations, des traitements peuvent être envisagés pour des troubles associés ou des manifestations particulièrement sévères : anxiété, dépression, troubles importants du comportement ou épisodes de détresse. « Quand il y a des troubles associés, effectivement, là on peut être amené à mettre des traitements médicamenteux », explique Marie-Maude Geoffray. Une nuance essentielle : l'objectif est alors de soulager une difficulté précise, et non de « guérir » l'autisme. Pour les familles, cette distinction permet d'éviter les promesses trompeuses et les prises en charge médicales injustifiées.
Régimes, antibiotiques, compléments : gare aux fausses promesses
Le marché des traitements alternatifs peut, lui, rapidement devenir un gouffre financier. « Il y a beaucoup de familles aujourd'hui [...] qui payent des sommes vraiment faramineuses pour avoir des choses qui ne réduiront pas les signes autistiques », alerte Chams-Ddine Belkhayat. Certaines améliorations observées après l'introduction d'un régime ou d'un complément peuvent par ailleurs être attribuées à tort au traitement. « L'être humain cherche toujours à se raconter une histoire », rappelle Marie-Maude Geoffray : lorsqu'un enfant progresse, il est tentant d'associer cette évolution au dernier produit ou protocole mis en place. Or, le développement du cerveau est continu et les acquisitions peuvent survenir naturellement, sans relation de cause à effet avec le complément alimentaire utilisé.
Autisme : mieux vaut investir dans l'accompagnement
Face à ces promesses non démontrées, les deux experts invitent surtout les familles à privilégier les accompagnements éducatifs et développementaux adaptés aux besoins de l'enfant. « Je conseille souvent de plutôt investir dans la prise en charge éducative de leurs enfants », souligne Chams-Ddine Belkhayat. L'enjeu n'est donc pas de multiplier les « solutions » censées modifier l'autisme, mais de permettre à chaque personne de développer ses compétences, de communiquer, d'apprendre et de gagner en autonomie, le tout, dans une dynamique d'acceptation du TND. Dans un contexte où les familles peuvent être particulièrement vulnérables et poreuses aux discours promettant monts et merveilles, revenir aux preuves scientifiques reste le meilleur antidote aux fausses solutions (et informations).
©Capture écran vidéo / Clotilde Costil



