Baromètre diversité : handicap, zéro pointé pour la télé !

La TV ne reflète pas la société française.La représentation de la diversité reste très éloignée de la réalité et notamment en matière de handicap.Les conclusions du baromètre dédié sont alarmantes:seules 0,7% des personnes à l'écran sont handicapées.

10 janvier 2019 • Par

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En moyenne, un téléspectateur passe près de 3h45 par jour devant la télévision, qui reste un média de référence pour la majorité des Français. Or, « ce qui est montré ne correspond pas à la réalité du pays », dénonce Mémona Hintermann-Afféjee, conseillère du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) et présidente du groupe « Cohésion sociale ». En effet, seules 0,7 % des personnes représentées sont indentifiables comme étant handicapées. Un chiffre « étonnant » lorsque l'on sait que 20 % de la population, soit 12 millions de Français, est concernée par un handicap (Chiffres Insee). Deux semaines avant la fin de son mandat au CSA, Mémona Hintermann présente devant la presse, le 10 janvier 2019, les conclusions du baromètre de la diversité de la société française 2018. Une prise de parole « sans langue de bois » !

Une étude de longue haleine

Depuis 2006, la loi précise que le CSA est tenu de « contribuer aux actions en faveur de la cohésion sociale et de lutter contre les discriminations dans le domaine de la communication audiovisuelle. Il veille, notamment auprès des éditeurs de services de radio et de télévision, (…) à ce que la programmation reflète la diversité de la société française ». Pour appuyer son action, le Conseil met en œuvre, depuis 2009, un « baromètre de la diversité », publié annuellement depuis 2012. L'objectif : évaluer la perception de la diversité dans le paysage télévisuel français en visionnant deux semaines de programmes. Dans son viseur : dix-huit chaînes de la TNT (TF1, France 2, Gulli, NRJ12, BFMTV…) ainsi que Canal +. Un travail colossal qui représente 1 450 heures de visionnage, 2 400 émissions et 37 100 personnes analysées. Sept critères ont été pris en compte : l'origine, le sexe, la catégorie socio-professionnelle, l'âge, la situation de précarité, le lieu de résidence (grande nouveauté cette année) et le handicap. Une personne est comptabilisée dès lors qu'elle prend la parole et que l'on peut l'identifier.

Le handicap, un problème ?

Lors de la conférence de presse, les critères défilent, déclenchant plus ou moins de réactions, mais lorsqu'on en vient au handicap : « Ah ! Alors, là, c'est un sujet qui pose vraiment problème » ; le ton est donné. La proportion de personnes handicapées à l'antenne « n'a quasiment pas évolué » depuis le baromètre de 2016. Après quelques recherches, on s'aperçoit, en réalité, qu'elle a même baissé : 0,7 % contre 0,8 %, deux ans plus tôt qui avait vu son audience un peu « gonflée » par les Jeux paralympiques de Rio. Par ailleurs, la représentation est peu diversifiée. Le profil qui apparait le plus souvent est un homme de 35-49 ans, inactif, ayant un « rôle positif », autrement dit des retombées bénéfiques sur une personnes (aide, soutien, défense) ou sur la société en général, et habitant les « quartiers périphériques » (pavillons, petits immeubles).

Disparité selon le type de handicap

Cette même étude souligne également les disparités qui persistent selon le type de handicap. Le handicap moteur serait sur-représenté : 26 % contre 10 % pour les déficiences visuelles et auditives et seulement 1 % pour la trisomie. Les troubles mentaux et psychiques représentent 12 % et le nanisme 19 %. Le reste est classé dans les catégories « autres » ou « non précisé ». Or, 9,6 millions de Français auraient un handicap invisible, 1,5 million une déficience visuelle et seulement 850 000 une mobilité réduite. « Pourquoi ne pourrait-on pas faire intervenir une personne sourde en plateau, accompagnée d'un traducteur en langue des signes ? Pourquoi ne pas interroger les personnes handicapées sur un autre sujet que le handicap ? Ça fait désordre ? », s'insurge Mémona Hintermann-Afféjee. Des questions auxquelles personne ne semble, pour le moment, vouloir répondre. « Les invisibles, ce sont eux aussi, ce ne sont pas seulement 'les pauvres' », poursuit-elle.

Pauvre et handicapé : la double peine

Car s'il y a un bien un autre groupe qui peut remporter la palme de la sous-représentation à la télé, c'est celui des personnes précaires, avec 0,7 % des « suffrages ». Or les deux sont souvent liés. Alors, pour les personnes handicapées en situation précaire, c'est la double peine. Selon Mémona Hintermann-Afféjee, « ce n'est pas le CSA qui pose problème mais les opérateurs audiovisuels et les législateurs, ils doivent prendre leur responsabilité ». « L'impact social des médias n'est pas un scoop ! Il est donc urgent de changer les choses et cela passe notamment par l'éducation aux médias, l'encadrement en entreprise… », ajoute-t-elle avant de faire une révélation à l'assemblée : « Il y a quelques années, Nonce Paolini (ndlr : à l'époque PDG de TF1), m'a dit : 'J'arrête les émissions sur le handicap, ça ne marche pas' ». Aujourd'hui, elle note une « prise de conscience des patrons de chaînes ». Ne reste plus qu'à « passer à l'action »… Pour l'encourager, elle affirme travailler en étroite collaboration avec les associations afin d'établir une charte qui viserait à « mieux représenter les personnes handicapées à la télévision ».

Ce n'est qu'un au revoir

L'ancienne grand reporter tient cependant à alerter : « La myopie de certaines chaînes peut être un problème pour la cohésion sociale du pays ». C'est sur ces mots que Mémona Hintermann-Afféjee tire sa révérence, en promettant de faire la lumière sur de nombreuses défaillances du secteur audiovisuel, lors de son discours d'adieu le 15 janvier. Le rendez-vous est pris !

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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