Benoit David, skipper unijambiste : son 1er grand bain!

Entre moments "magiques" et "éprouvants", la Mini Calvados cup de juillet 2023 n'a pas été de tout repos pour le duo de skippers handivalide Damien Fleury et Benoit David, amputé de la jambe droite. Les coulisses de cette expérience formatrice...

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« Oui, j'en ai bavé mais ça reste une super expérience ! » Le 2 juillet 2023, au petit matin, le skipper unijambiste Benoit David, accompagné de son homologue « valide », Damien Fleury, a franchi la ligne d'arrivée de la course 2 de la Mini Calvados cup, sa première en classe Mini (avec des unités de 6,50m maximum). 36 heures de navigation, une double traversée de la Manche... Benoit David a fait son baptême du feu quelques mois avant de prendre la barre du Mini 6.50 de l'association Des pieds et des mains, qui, créée par le skipper né sans main gauche Damien Seguin, vise à favoriser une pratique mixte de la voile (Lire : Mini Transat 2025: l'asso de Damien Seguin recrute 1 skipper). Remis de ses émotions, le marin revient aujourd'hui sur cette expérience marquante, qui a pu lui faire froid dans le dos mais lui a surtout mis l'eau à la bouche...

Question : Comment s'est déroulée cette première course sur le circuit Mini ?
Benoit David 
: C'était un baptême difficile, dans des conditions éprouvantes, avec une mer formée, un vent soutenu et pas mal de pluie, surtout au départ. J'ai donc été un peu cueilli à froid, au propre comme au figuré, mais au moins je n'ai pas perdu de temps en termes d'apprentissage. Je suis tout de suite entré dans le vif du sujet !

Q : En quoi ces 36 heures de course ont-elles été formatrices ?
BD 
: Elles m'ont permis de mieux connaître et comprendre le bateau, grâce aux précieux conseils de Damien Fleury qui maîtrise sa machine à la perfection. Le Pogo 3 est une vraie bombe mais c'est un sous-marin, il charge des tonnes d'eau. Au bout de deux heures de course, j'étais déjà trempé jusqu'aux os et grelottais. A ce moment-là, j'ai compris que ça allait être long… Et puis j'ai été malade, j'ai eu du mal à m'amariner. Pour ne rien cacher, j'ai donc vécu le franchissement de la ligne d'arrivée (ndlr : en dixième position) comme une délivrance. Longer les côtes anglaises et l'île de Wight dans ces conditions musclées, c'était dur mais magnifique !

Q : Votre plus beau souvenir ?
BD 
: J'ai vécu quelques moments magiques. Sportivement déjà, lorsqu'on s'est retrouvé en tête à la première marque de parcours. C'était grisant ! Malheureusement, une erreur à la deuxième bouée nous a coûté une dizaine de minutes et autant de places. Et puis naviguer à ces vitesses-là, à plus de quinze nœuds parfois, c'était juste « waouh » ! Mais je garderai surtout en mémoire la traversée retour de la Manche. A la tombée de la nuit, on naviguait au portant, sous spi, avec le soleil qui se couchait dans notre dos et la lune, presque pleine, qui se levait droit devant nous. J'ai kiffé l'instant, surtout à la barre ! Même avec un seau d'eau sur la tronche toutes les trente secondes (rires).

Q : Comment s'est organisée la vie à bord ?
BD 
: Damien était le skipper, c'était lui qui prenait les décisions. En tant qu'équipier, j'étais là pour l'assister, mais j'ai participé à chaque manœuvre. J'étais tout sauf spectateur ! De jour comme de nuit, malade ou pas, j'ai tenu mon poste. J'ai aussi pris soin d'observer chacun de ses gestes lorsqu'on était ensemble sur le pont. J'ai tout décortiqué et posé plein de questions. Et même si Damien a tout de suite été dans son match, en mode guerrier, il m'a donné plein d'explications. C'était vraiment enrichissant.

Q : Qu'avez-vous ressenti sur la ligne d'arrivée ?
BD
 : Il y avait un petit peu d'anxiété, un peu de fierté et surtout beaucoup d'excitation. J'ai le sentiment d'avoir mis le pied sur un circuit unique. Quand tu vois tous ces skippers qui préparent eux-mêmes leur bateau, l'entraide qu'il y a entre eux, l'ambiance amicale qui règne sur les pontons, ça donne envie d'en être. J'ai aussi découvert ce qu'était le professionnalisme. Damien et tous les autres préparent leur course sans rien laisser au hasard : la météo, le bateau, la tactique… Moi, le petit nouveau de la classe, j'étais un peu impressionné. En tout cas, tout le monde m'a super bien accueilli. J'ai échangé avec plein de femmes et d'hommes animés par la même passion. Je suis impatient de les retrouver.

Q : Prochaines étapes ?
BD
 : Cet été, je vais faire naviguer de nombreuses personnes handicapées et « valides » avec mon école de voile « Marcher sur l'eau », à Hyères (Var). Je suis d'ailleurs en train de finir de préparer le bateau. Puis, en septembre, après la reprise de mon boulot d'éducateur sportif au centre médical et de réadaptation de Toulon, je vais débuter mes premiers entraînements avec le coach Hervé Aubry, au pôle « Mini course au large » de La Turballe. Il y aura surtout des stages théoriques dans un premier temps, mais on en profitera certainement pour naviguer. Ce sera une période charnière pour moi, avant de me consacrer à plein temps au projet de l'association Des pieds et des mains et de la Fondation d'entreprise OCIRP, début 2024.

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
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