A l'origine, crip (dérivé de cripple, qui signifie « estropié » en anglais) est une insulte. C'est dans les années 1980-1990 que ce terme commence à être réapproprié par les activistes du handicap, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, sur le modèle de la communauté homosexuelle avec le mot queer. Ce mouvement prend véritablement sa source dans le « Camp Jened » installé au début des années 1970 aux Etats-Unis, qui devient un espace d'expérimentation unique au monde dans un contexte de revendication des droits de l'époque. Dans les générations suivantes, des soirées et collectifs continuent d'émerger dans les pays anglo-saxons, et ce, jusqu'à Berlin, sur le même principe. L'essaimage est plus timide en France.
Des collectifs féministes et handi-activistes
La philosophie finit par s'implanter dans l'Hexagone dans les années 2020 via des initiatives portées par des collectifs féministes et handi-activistes (comme Les Dévalideuses qui partagent la culture Crip, ou des soirées éphémères de culture sourde et handi-queer à Paris, Lyon ou Marseille). L'objectif est alors de pousser les institutions de la nuit à adopter les standards d'accessibilité (chill rooms, lumière adaptée, gilets vibrants pour les sourds) inventés par ces pionniers.
Un ancrage à Paris depuis février 2026
Depuis le 19 février 2026, l'association Droit Pluriel, qui accompagne les personnes en situation de handicap dans leurs démarches juridiques, a lancé son « Crip Club ». Objectif ? « Offrir un espace de parole politique, vivant et nécessaire, porté par celles et ceux que le validisme invisibilise trop souvent », affirme l'association ouvre ses locaux tous les mercredis à 18h pour des échanges animés au 92 quai de la Loire à Paris (75019). Loin des cercles médicaux traditionnels, ce groupe de parole assure proposer un « espace sécurisant » pour échanger sur le vécu du handicap et la discrimination systémique.
Espace en non-mixité ?
Accompagné par des figures engagées comme la philosophe Charlotte Puiseux et l'artiste Zoé Besmond de Senneville, le Crip Club s'appuie également sur le partage d'expériences et la connaissance du droit pour aider les participants à gagner en « empowerment » face à une société jugée encore trop souvent validiste. Si le projet parisien s'apparente sur le fond à un espace de parole en non-mixité choisie, cette formule en huis-clos peut interroger. En excluant temporairement les personnes valides pour créer un espace sécurisé, le Crip Club s'expose au débat classique de l'entre-soi mais a le mérite d'être pensé comme une étape transitoire avant de mieux investir l'espace public.
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