École inclusive : un budget mal employé ?

Alors que le nombre d'élèves handicapés a triplé en 20 ans, le sénateur Olivier Paccaud critique l'efficacité de l'école inclusive malgré un budget de 4,7 milliards d'euros. Il détaille ses propositions dans un rapport remis à l'Éducation nationale.

• Par
Classe vide avec tableau noir et chaises vides

« On entend de plus en plus de gens dire que l'école inclusive a atteint ses limites. » Olivier Paccaud, sénateur de l'Oise et rapporteur spécial des crédits de la mission Enseignement scolaire, ne prend pas de pincettes en présentant à la presse, le 21 mai 2026, le contrôle budgétaire sur l'école inclusive. Et pour cause : malgré un budget colossal de 4,7 milliards d'euros, l'efficacité réelle du système n'est pas au rendez-vous. En deux décennies, la scolarisation en milieu ordinaire a bondi, faisant des accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) le deuxième métier de l'Éducation nationale. Pourtant, les résultats ne suivent pas. Dans le premier degré, 41 % de ces élèves ont déjà redoublé une année, et deux tiers se retrouvent orientés vers des lycées professionnels, rendant l'accès à l'enseignement supérieur marginal.

AESH : une compensation devenue parfois stigmatisante

Le rapport pointe particulièrement la place prise par les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH), devenus le deuxième métier de l'Éducation nationale. Si leur présence reste indispensable pour de nombreuses familles, Olivier Paccaud estime que le système s'est enfermé dans une « logique de compensation humaine ». « Toujours plus d'AESH n'est pas la solution miracle », tranche-t-il. Dans certains cas, la présence permanente d'un AESH peut même devenir « stigmatisante » et freiner l'autonomisation des élèves handicapés. Le sénateur appelle donc à « stopper la course aux recrutements », sans, d'ailleurs, mettre l'accent sur la fonctionnarisation des AESH (Le Sénat rejette le statut de fonctionnaire pour les AESH) demandée par les syndicats, pour investir davantage dans l'accessibilité pédagogique, les dispositifs d'autorégulation ou encore les unités d'enseignement externalisées, déjà expérimentées dans plusieurs territoires.

Vers une codécision pour l'orientation des enfants

Le second levier d'action prioritaire concerne la révision profonde des processus décisionnels. Actuellement, le système manque de souplesse et d'adéquation fine avec les besoins réels du terrain. Le rapport recommande ainsi de confier à l'Éducation nationale le pouvoir de décider du volume horaire d'accompagnement par élève, tout en développant des pôles d'appui à la scolarité (PAS) (Handicap à l'école : les députés rejettent les PAS).

Enfin, pour répondre au mieux aux besoins des profils les plus complexes, une codécision de l'orientation des enfants « les plus perturbateurs » présentant des troubles de comportement, vers les instituts médico-éducatifs (IME) et les instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques (ITEP) doit être selon lui mise en œuvre, garantissant ainsi une prise en charge sur-mesure et un budget enfin rationalisé. Enfin, Olivier Paccaud insiste sur la formation des enseignants, « une des clés de la réussite de l'école pour tous ». « Les enseignants font de leur mieux mais avoir affaire à des enfants perturbateurs peut mener à des burn-out et le climat scolaire s'en ressent beaucoup », ajoute le sénateur. Il explique par ailleurs que la perspective d'une « baisse de la démographie scolaire se révèle être une opportunité pour mettre en place des accueils pour des dispositifs d'autorégulation ».

Un rapport présenté prochainement à l'Éducation nationale

Une réunion est prévue dans les prochaines semaines avec Edouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale, pour lui remettre ce rapport et « pour avancer vers un véhicule législatif notamment sur le sujet de la codécision d'orientation d'enfants en établissements spécialisés », affirme le parlementaire. À quelques semaines de la prochaine Conférence nationale du handicap (CNH), le rapport Paccaud pourrait relancer un débat devenu hautement sensible au sein du médico-social comme de l'Éducation nationale.

© Aflo Images / Canva

Partager sur :
  • LinkedIn
  • Facebook
  • Blue sky
  • Twitter
"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
Commentaires0 Réagissez à cet article

Thèmes :

Rappel :

  • Merci de bien vouloir éviter les messages diffamatoires, insultants, tendancieux...
  • Pour les questions personnelles générales, prenez contact avec nos assistants
  • Avant d'être affiché, votre message devra être validé via un mail que vous recevrez.