Croizon : " Rentrée, le handicap est-il à bonne école ? "

Philippe Croizon fait sa rentrée sur le Magazine de la santé sur France 5,en collaboration avec handicap.fr. Actu oblige,il consacre sa rubrique à la scolarité des élèves handicapés.Sur le carnet de l'Education nationale : " Peut mieux faire !".

18 septembre 2014 • Par Handicap.fr / Emmanuelle Dal'Secco

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Chaque année, lors de la rentrée, toujours les mêmes bugs. Alors que 12 millions d'élèves retrouvent le chemin de l'école, parfois en traînant des pieds, d'autres feraient tout pour pouvoir y entrer. Ce sont certains enfants handicapés…

Cette rentrée 2014 n'a pas dérogé à la règle. Certains parents sont en colère parce que les grilles de l'école se sont refermées sur leur enfant. Les situations les plus fréquentes, c'est l'absence d'auxiliaire de vie, ces personnes qui sont là pour accompagner les élèves handicapés dans leur scolarité… Mais le tableau n'est pas toujours aussi noir et, selon les statistiques de l'Education nationale, 239 160 élèves en situation de handicap ont été scolarisés en 2013, soit 6 % de plus chaque année. Ce mastodonte qu'est notre école est parfois un peu lent mais pas totalement réticent…

On estime, cette année, que 7 000 d'entre eux restent à la porte sans aucune solution.

Oui et, pour certains, la situation est vraiment critique. Des handicaps très lourds, pas « compatibles » avec l'école mais, en même temps, zéro place en établissements ! Les parents sont souvent obligés d'arrêter leurs activités professionnelles et ne savent plus à quelle porte frapper. Il faut leur répéter que la loi handicap de 2005 est de leur côté et qu'une solution doit être trouvée. L'école ne sait pas gérer ; ce n'est pas leur problème ! Mais cela suppose malheureusement de devoir se battre et d'enfoncer bien des portes. Il existe une plateforme téléphonique dédiée « Aide handicap école » (0 810 55 55 00).

Poussés à bout, seuls, certains n'ont pas d'autre choix que de mener des actions coup de poing. 
On se souvient en 2013 de cette maman qui était montée sur une grue en plein centre de Toulouse parce que son fils, autiste, n'avait plus d'AVS. Lors de cette rentrée, à Montpellier, des parents ont dressé une classe virtuelle avec des chaises et des tables, en arborant le slogan : « Nous ne sommes pas des fantômes » car ils n'avaient aucune solution d'accueil pour leurs enfants ! Or la loi de 2005 rappelle que les enfants handicapés sont scolarisés « prioritairement en milieu ordinaire ». Un vœu pieu qui se heurte souvent à la réalité...

Depuis 2005, on a quand même fait des progrès, et de nouvelles mesures prises par le gouvernement vont permettre d'améliorer cette inclusion. Quelles sont-elles pour 2014 ?
Ceux qu'on appelait les AVS (Auxiliaires de vie scolaire) deviennent AESH (Accompagnants des élèves en situation de handicap) avec une évolution très positive sur leur statut. Ils étaient auparavant recrutés en CDD, passaient quelques années auprès des enfants qu'ils apprenaient à connaître et à aider, développaient des compétences mais tout cela à court terme sans aucune perspective d'embauche. Franchement du beau gâchis ! Mais, désormais, les 28 000 AESH auront la perspective de pouvoir être embauchés en CDI.

Il faut savoir que le nombre d'élèves handicapés accompagnés par un AVS a été multiplié par presque 4 depuis 2006. C'est tout de même important à signaler, même si leur nombre reste encore insuffisant.
Oui et on se dit quand même que c'est un bien mauvais calcul. Par exemple dans le cas de certains enfants autistes, que vaut-il mieux, une AVS payée 700 euros par mois au sein de l'école ou une prise en charge en hôpital de jour à 600 euros la journée, avec des enfants qui n'auront aucune chance d'être socialisés, ne deviendront jamais autonomes et resteront à la charge de l'état toute leur vie ? Je vous laisse faire le calcul…

Justement, la grande nouveauté de cette rentrée, très attendue, ce sont les unités d'enseignement pour les enfants autistes. 
Oui. Trente unités d'enseignement sont créées au sein d'écoles maternelles. Cette petite classe dédiée facilitera la prise en charge de manière précoce et puis c'est une bonne chose pour l'inclusion puisque ces unités étaient jusqu'alors implantées dans des établissements médicaux-sociaux. Evidemment, une unité par académie c'est encore trop peu…

Là où le bât blesse vraiment, c'est en matière de formation des enseignants…
Le handicap, ils ne connaissent pas et, il ne faut pas mentir, certains se sentent démunis et seuls. Les formations dispensées dans les nouvelles Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation (Espé) visent à leur donner quelques connaissances dans ce domaine.

Mais cela sera-t-il suffisant ? Qui pourrait les accompagner ?
Les associations de personnes handicapées militent en effet pour pouvoir partager leur savoir-faire avec le corps enseignant, par exemple en proposant des formations spécifiques qui leur donnent les bonnes clés. Il est également urgent de développer les passerelles entre l'école de quartier et les établissements médico-sociaux, où sont d'ailleurs en poste des enseignants de l'Education nationale, afin de favoriser l'inclusion à temps partiel. Mais ces deux mondes montrent encore bien des réticences à coopérer. C'est dommage car c'est une piste précieuse…

En fait, la seule question qui doit être posée par les parents, c'est « Est-ce bon pour mon enfant ? ».
Les enfants ne sont pas tendre entre eux et certains élèves handicapés scolarisés en milieu ordinaire peuvent véritablement souffrir d'isolement ou en échec. Ce qui est prioritaire, ce n'est pas l'application de la loi stricto sensu mais leur bien-être. On ne peut pas pour autant laisser ces enfants à la seule responsabilité de leurs parents. S'ils ne vont pas à l'école, ils doivent être accueillis dans des établissements médico-sociaux où ils pourront également suivre une scolarité, même à temps partiel et où ils seront encadrés par des professionnels aguerris. Mais, pour certains, ce sont des listes d'attente de plusieurs mois, voire de plusieurs années.

Et puis une dernière chose, aller à l'école c'est tout bêtement pouvoir y entrer. Or on sait que, par exemple, 60 % des collèges ne sont pas accessibles à ceux qui ont un handicap physique. Tout devait être réglé au 1er janvier 2015. On est loin du compte. J'espère que le bon sens fera lui aussi bientôt sa rentrée !

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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