Don de sang : quelles limites en cas de handicap ?

Pour la Journée mondiale des donneurs de sang, le 14 juin, l'EFS rappelle que le handicap n'interdit pas, à lui seul, de donner son sang. Mais entre contre-indications réelles et idées reçues, beaucoup continuent à s'autocensurer.

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Homme qui donne son sang

Il y a des renoncements que l'on finit par ne plus remarquer. Après son accident de la route, Jean-Marc, aujourd'hui âgé de 53 ans, n'a jamais songé à donner son sang. « Avec mon fauteuil roulant, cela me paraissait évident que je ne pouvais pas, témoigne-t-il. Je n'ai même jamais posé la question. » Comme si certains gestes de solidarité étaient réservés aux autres. Jusqu'au jour où il découvre, presque par hasard, que son handicap ne constitue pas, en soi, une contre-indication. « J'ai été étonné. Et puis je me suis dit : pourquoi pas moi ? »

Don du sang : pourquoi tant de préjugés ?

Une surprise que partagent beaucoup de personnes handicapées, qui s'autocensurent sans le savoir, alors même que les besoins en produits sanguins restent considérables. Ces idées reçues s'inscrivent dans un mouvement plus global, exacerbées par d'anciennes politiques de santé publique qui, face à des crises sanitaires passées comme celle du VIH dans les années 1980, excluaient automatiquement des groupes entiers (dont les personnes homosexuelles) par précaution maximale plutôt que d'évaluer le risque individuel.

À l'approche de la Journée mondiale des donneurs de sang, célébrée le 14 juin, l'Établissement français du sang (EFS) aimerait justement faire tomber quelques idées reçues. Car alors que les réserves restent fragiles, certains donneurs potentiels s'excluent eux-mêmes sans même avoir posé la question. « On manque de sang, rappelle Sophie Le Cam, directrice générale adjointe de l'EFS. Avec tous ses ponts, le mois de mai a été difficile et nous avons besoin de tous ceux qui peuvent donner. » Chaque jour, 10 000 dons sont nécessaires pour répondre aux besoins constants des patients, qu'il s'agisse de personnes atteintes de cancers, de maladies du sang ou victimes d'accidents.

Le handicap n'est pas une contre-indication

Premier message de l'EFS : le handicap, en lui-même, n'interdit pas le don. « Ce qui est important, ce n'est pas le handicap mais la situation médicale de la personne, explique Sophie Le Cam. Nous cherchons toujours à garantir la sécurité transfusionnelle, à la fois celle du donneur et celle des patients qui recevront les produits sanguins. » Car l'enjeu n'est pas seulement de protéger le receveur. Une anémie, par exemple, peut conduire à différer un don afin d'éviter qu'il n'aggrave la fatigue ou n'entraîne un malaise chez le donneur lui-même.

Comme tous les candidats au don, les personnes handicapées doivent avoir entre 18 et 70 ans et peser plus de 50 kilos. Elles remplissent ensuite le même questionnaire médical que tout le monde avant un entretien individuel avec un médecin ou un infirmier. « Cet entretien pré-don constitue un maillon essentiel du dispositif, souligne Sophie Le Cam. Il permet de vérifier que toutes les conditions sont réunies pour que le prélèvement puisse avoir lieu. » Cet échange sert aussi à s'assurer que le consentement du donneur est libre et éclairé. Autrement dit, la personne doit avoir compris les informations qui lui sont délivrées, les questions qui lui sont posées ainsi que les recommandations qui accompagnent le don.

Une exigence qui concerne tous les donneurs, mais qui peut nécessiter certaines adaptations pour des personnes présentant des troubles cognitifs ou une déficience intellectuelle. « Il ne s'agit pas d'exclure, mais de permettre à chacun de donner dans des conditions compatibles avec sa compréhension et sa sécurité », précise la directrice générale adjointe de l'EFS. S'il existe quelques contenus simplifiés liés au don du sang, il n'y a pas vraiment à proprement parler de guide en facile à lire et à comprendre (FALC) complet et centralisé proposé par l'Établissement français du sang, la plupart des adaptations se faisant au cas par cas ou via des structures partenaires.

L'accompagnement ne s'arrête d'ailleurs pas une fois le prélèvement terminé. « Nous demandons aux donneurs de nous signaler tout événement survenu dans les quinze jours qui suivent, comme une fièvre ou une gastro-entérite », ajoute-t-elle.

Nous sommes tous, un jour ou l'autre, susceptibles d'être ajournés

Le grand public l'ignore souvent, mais même une personne en parfaite santé peut se voir refuser temporairement un don. Un tatouage récent ? Il faudra patienter deux mois. Un séjour dans une région où circule le paludisme ? Quatre mois de délai sont nécessaires. Une endoscopie, une intervention chirurgicale, un détartrage ou une infection passagère peuvent également conduire à reporter le prélèvement. « Beaucoup de contre-indications sont temporaires, observe Sophie Le Cam. Elles ne concernent pas uniquement les personnes handicapées. Finalement, ce ne sont pas toujours ceux qui semblent les plus aptes qui le sont réellement. »

Certaines pathologies constituent en revanche des contre-indications plus durables, voire définitives. C'est notamment le cas de certaines myopathies, de la sclérose en plaques, de certaines neuropathies ou encore de maladies cardiovasculaires sévères. L'anémie figure également parmi les causes fréquentes d'inéligibilité. Le manuel de médecine Merck de diagnostic et thérapeutique met à disposition une liste complète des « maladies qui empêchent de donner son sang », sur son site. « Les situations sont très diverses, indique la responsable. Ce n'est pas la même chose d'être paralysé à la suite d'un accident de la circulation ou de vivre avec une maladie neurodégénérative. C'est pour cela qu'il est difficile d'établir des règles générales. »

Quand l'accessibilité ne se résume pas aux rampes d'accès

L'accessibilité du don ne se limite pas aux fauteuils roulants ou aux ascenseurs. Elle passe aussi par la communication. C'est sur ce terrain que l'EFS admet avoir encore des progrès à accomplir, notamment pour les personnes sourdes et malentendantes. « Historiquement, le parcours du don repose beaucoup sur les échanges oraux, explique Sophie Le Cam. Or il est indispensable que le donneur puisse échanger avec les équipes, comprendre les questions médicales qui lui sont posées et les consignes qui lui sont données avant et après le prélèvement. Pour les personnes sourdes ou malentendantes, cela peut parfois compliquer les choses. Nous en sommes conscients et nous cherchons à adapter nos pratiques. »

À Poitiers, une expérimentation menée en collaboration avec le CHU et son unité d'accueil des personnes sourdes et malentendantes est venue bousculer les habitudes. À l'origine du projet, des patients qui disaient à leur médecin se sentir exclus d'un geste qu'ils souhaitaient pourtant accomplir. Des solutions ont alors été mises en place pour faciliter les échanges avec les équipes médicales et sécuriser l'accompagnement des donneurs. Même si l'initiative n'a pas encore été généralisée, elle ouvre des perspectives. « Les nouvelles technologies nous permettent aussi de repenser certaines règles qui datent parfois de plusieurs décennies, estime Sophie Le Cam. En 2026, certaines barrières ne sont peut-être plus aussi légitimes qu'autrefois. » L'EFS prévoit également de rendre son site internet pleinement accessible à tous au cours du premier trimestre 2027.

Le principal obstacle reste l'autocensure

Fauteuil roulant, déficience auditive ou maladie chronique… Pour beaucoup, le premier frein est avant tout psychologique. « Il y a probablement une forme d'autocensure, constate Sophie Le Cam. Certaines personnes se disent que cela va être trop compliqué ou qu'elles seront refusées d'emblée. » Pour les personnes à mobilité réduite, elle recommande d'ailleurs de privilégier les Maisons du don plutôt que certaines collectes mobiles. Les locaux sont souvent plus adaptés, avec des lits réglables en hauteur et des équipes habituées à accompagner des personnes aux situations très variées.

En cas de doute sur son éligibilité ou sur les conditions d'accessibilité, l'EFS conseille de ne pas hésiter à contacter la Maison du don la plus proche avant de se déplacer. Il en existe près de 110 sur tout le territoire national. Un simple échange téléphonique permet souvent de répondre aux interrogations et d'éviter une démarche inutile. Au fond, l'enjeu dépasse la seule question des critères médicaux. « Notre objectif est de faire du don du sang un acte citoyen accessible au plus grand nombre, en allant vers les personnes et en faisant tomber des barrières qui parfois ne sont pas forcément justifiées », conclut Sophie Le Cam. Car derrière un fauteuil roulant, une canne blanche ou une déficience auditive se cache parfois un donneur potentiel qui s'ignore.

©  annastills / Canva

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