Il est dix heures et demi un matin de juillet, quand un petit groupe arrive par le chemin de terre qui mène à la plage de Kerpape, à Plœmeur (Bretagne). Ce sont sept jeunes de l'Institut d'éducation motrice (IEM) du centre mutualiste de cette commune lorientaise, accompagnés de leurs éducatrices. Ils ont rendez-vous pour une session de handisurf avec Kaëlig Brandily, leur monitrice. Un autre groupe, composé d'une douzaine d'adolescents, les rejoint. Ils font partie de Cordée-Cordage, une association dont l'objectif est de faire découvrir les sports nautiques aux jeunes des quartiers prioritaires. Ce n'est pas la première fois qu'ils rencontrent Kaëlig Brandily : la veille, elle les formait aux bases de l'accompagnement de personnes en situation de handicap moteur dans l'eau.
Les olympiades « Destination surf »
Sept planches sont alignées sur le sable face à l'océan. Le soleil tape déjà fort, mais pas de vague à l'horizon aujourd'hui. Kaëlig Brandily avait anticipé cette éventualité, et lance les consignes : « On va faire des olympiades, le jeu s'appelle 'Destination surf'. Chaque épreuve permettra de trouver un mot pour découvrir la destination ». Le groupe de l'IEM forme la première moitié de l'arc de cercle qui encadre la monitrice. Quelques-uns ont besoin de s'asseoir sur le sable mouillé pendant les consignes. Leur déficience motrice les empêche de rester debout longtemps sur une surface instable. C'est le cas de Julie, assise, les jambes ramenées sur le côté, en position de sirène.
Dans l'autre partie du cercle, se tiennent les jeunes de Cordée-Cordage. Kaëlig Brandily présente les trois épreuves et précise qu'il faudra se mélanger pour former des binômes ou trinômes. Des bénévoles de Gwidel Handiglisse, une association qui organise régulièrement des sessions de sport aquatique pour des publics avec tous types de handicap, sont présents pour assurer le bon déroulement de la séance.
Le parcours de bouées
Le premier parcours comporte deux étapes, une sans planche de surf, la seconde avec. Une équipe se lance. Les participants doivent atteindre des bouées, passer sous un obstacle, puis viser un panier avec un ballon. La partie à pied et à la nage s'enchaine rapidement, puis les jeunes de Cordée-Cordage accompagnent leur partenaire de l'IEM jusqu'à leur planche de surf. Julie s'appuie sur son binôme pour rejoindre la mer où l'attend sa longueboard, puis s'y installe avec aisance. Nathan, un jeune hémiplégique qui présente des difficultés d'élocution, est moins assuré. « Allez, tout doucement, lui dit Burat, son binôme, en lui tenant la planche pour qu'il puisse s'y allonger, essaie de reculer un peu en arrière ». Il lui saisit les pieds pour l'aider à s'y placer de manière plus centrale.
Le sceau rempli de sable
« Et maintenant on fait quoi ? », demande Burat, impatient, à peine sorti de l'eau. Les différentes équipes se retrouvent sur le sable et découvrent le premier mot de l'énigme : « pipeline ». Les jeunes de l'IEM remontent sur les planches pour la deuxième épreuve. La consigne cette fois : faire des allers-retours pour remplir le plus rapidement possible un sceau placé dans l'eau. Les équipes font des tas de sable sur les longueboards et remplissent le tee-shirt anti-UV de leurs partenaires. « Il faut garder l'équilibre maintenant », rigole Sarah, éducatrice à l'IEM, en voyant partir Chloé. Une fois la balise atteinte, les planches s'entrechoquent et les « olympiens » se bousculent. « Ils nous ont renversés ! », s'exclame un jeune dans l'eau. « Allez, on rame ! », crie Kaëlig Brandily depuis la plage pour les inciter à garder le rythme. Le deuxième mot est bientôt débloqué : « récif ».
Le radeau
Pour la dernière épreuve, il faut construire un radeau avec les planches de surf sur lequel montera le groupe de l'IEM. « Curtis, tu ne veux pas prendre les leashs pour faire le radeau ? », propose Libéra Berthelot, coordinatrice de Cordée-Cordage, à un jeune qui marmonne avoir froid. Les adolescents utilisent ces cordons qui relient d'ordinaire la cheville du surfeur à la planche pour faire des nœuds. Burat s'investit pleinement dans la tâche : il teste le radeau à l'une de ses extrémités et s'enfonce dans l'eau. « Faut un peu plus le serrer », s'exclame-t-il. Les jeunes de l'IEM embarquent sur le radeau dans des cris joyeux pour rejoindre plusieurs bouées à contourner. El-Assad, le partenaire de Chloé resté sur le sable, sourit : « C'est génial. On apprend à les connaître et c'est bien de les aider pour qu'ils s'amusent ».
Le projet Coeff 120
« Ça fait plusieurs fois qu'on organise des activités avec Cordée-Cordage, explique Sarah, éducatrice à l'IEM, mais les jeunes étaient plus timides et les groupes étaient chacun de leur côté. Ça a créé de la cohésion d'avoir constitué des équipes ». Les jeunes avaient déjà participé ensemble à une sortie en bateau et à un pique-nique sur un catamaran. Ce projet commun s'appelle Coeff 120. L'objectif : montrer que les activités nautiques sont bénéfiques pour la santé physique et mentale. « Ce qui est chouette, c'est que le lien avec l'IEM a été pensé au départ par une jeune du quartier, Mara. Elle participait à nos sorties et elle voulait venir avec ses copains de l'IEM », précise Libéra Berthelot de Cordée-Cordage.
L'équité dans l'eau
Tandis que la destination surf est révélée, Seydina s'attarde sur le rivage. Il y fait une roulade en riant. Cet adolescent avec une hémiplégie et des troubles autistique « adore l'eau », glisse Sarah. « C'était trop bien ! », s'exclame Salomé, elle aussi de l'IEM. « Merci pour votre participation, vous avez assuré ! », conclut Kaëlig Brandily. Les jeunes remontent la plage dans le brouhaha pour partager un pique-nique sous les arbres. « Ça crée une équité d'être dans l'eau », sourit Sylvain Berrier, bénévole de Gwidel Handiglisse. Une conviction largement répandue chez ces passionnés. « Le handicap se dissout dans l'eau », avait affirmé avant la séance Kaëlig Brandily, citant Jean-Marc Saint Geours, fondateur de l'association nationale de handisurf. Celle-ci forme de plus en plus de moniteurs à l'accompagnement de personnes en situation de handicap. En Bretagne, la Ligue de surf a aussi décidé de créer il y a quatre ans un poste dédié au développement de la discipline. En parallèle, des planches adaptées aux tétraplégiques, et d'autres aux paraplégiques se développent pour permettre à tous de surfer. De nouvelles innovations pour retrouver ou découvrir les joies des sports de glisse.
©Marie Mouline




