Ecrans: quel impact sur le développement cognitif infantile

Une nouvelle étude met en évidence l'impact négatif de l'exposition aux écrans sur le développement cognitif de l'enfant. Ce n'est toutefois pas le seul facteur à prendre en compte ; le mode de vie a aussi son importance.

• Par

Ne ratez rien de l'actualité du handicap, en recevant notre lettre d'information ! Inscription

Illustration article Ecrans: quel impact sur le développement cognitif infantile

Dans quelle mesure l'exposition précoce ou excessive aux écrans influence-t-elle le développement cognitif de l'enfant ? Face aux évolutions rapides des usages et à une place toujours plus importante des écrans dans le quotidien, cette question continue de diviser les scientifiques. Pour tenter d'y répondre, une équipe de scientifiques dirigée par le chercheur Inserm Jonathan Bernard a étudié les habitudes de vie de 14 000 enfants de la cohorte française Elfe, de 2 ans à 5 ans et demi, entre 2013 et 2017. Leurs travaux sont publiés en août 2023 dans la revue scientifique The journal of child psychology and psychiatry .

L'impact non négligeable du mode de vie

Les 150 chercheurs ont étudié le temps d'écran quotidien des enfants à 2, 3,5 et 5,5 ans. Ils ont également voulu savoir s'ils allumaient la télévision durant les repas en famille lors de la deuxième année de l'enfant. Ils ont aussi pris en compte de nombreux facteurs liés au contexte social, périnatal, familial et au mode de vie. Enfin, différents domaines cognitifs ont été évalués : développement du langage à 2 ans, raisonnement non verbal à 3,5 ans et développement cognitif global à 3,5 et 5,5 ans. Verdict : à 3,5 et 5,5 ans, le temps d'exposition aux écrans est associé à de moins bons scores de développement cognitif global, en particulier dans les domaines de la motricité fine, du langage et de l'autonomie. Mais, lorsqu'on prend en compte, à grande échelle, les facteurs extérieurs, par exemple le mode de vie, la relation négative écran/développement cognitif se réduit et devient de « faible magnitude ». Cette étude démontre donc que le temps d'exposition aux écrans, qui s'avère plus important au sein des familles défavorisées, n'est pas le seul facteur à prendre en compte. Le contexte d'utilisation représenterait un facteur important.

TV pendant le repas : gare au développement du langage !

Par exemple, regarder la télévision pendant les repas en famille à l'âge de 2 ans (ce qui concerne 41 % des enfants sollicités) est associé à de moins bons scores de développement du langage au même âge. Autre conséquence : un moins bon développement cognitif global à 3 ans et demi. « Cela pourrait s'expliquer par le fait que la télévision, en captant l'attention des membres de la famille, interfère avec la qualité et la quantité des interactions entre les parents et l'enfant. Or celle-ci est cruciale à cet âge pour l'acquisition du langage, précise Shuai Yang, premier auteur de l'étude. De plus, la télévision ajoute un fond sonore qui, lorsqu'il se superpose aux discussions, va rendre difficile le déchiffrage des sons pour l'enfant et limiter la compréhension et l'expression verbales. »

Les écrans au détriment des interactions sociales

En outre, tous les domaines de cognition ne seraient pas touchés de la même façon. « Les premières années de vie sont décisives pour le développement cognitif mais aussi dans la mise en place des habitudes de vie, insiste Jonathan Bernard. Lorsqu'un enfant utilise un écran excessivement, il le fait au détriment d'autres activités ou interactions sociales essentielles pour son développement. » Il suggère, à ce titre, de « mieux en tenir compte lors de la réalisation des messages de prévention ».

D'autres études nécessaires

« Si nos résultats suggèrent que les effets délétères de l'utilisation des écrans dans la petite enfance présentent un faible impact sur le développement cognitif au niveau individuel et peuvent être compensés dans les années suivantes, ils justifient cependant de rester vigilants à l'échelle de la population, résume Jonathan Bernard. En santé publique, les petits ruisseaux font les grandes rivières. » Il ajoute que davantage d'études sur le long terme sont nécessaires pour évaluer l'impact cumulatif de ces effets de la petite enfance à l'adolescence. C'est d'ailleurs ce qu'il compte faire en continuant d'analyser le développement des enfants de la cohorte Elfe. Affaire à suivre...

Partager sur :
  • LinkedIn
  • Twitter
  • Facebook
"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"
Commentaires0 Réagissez à cet article

Thèmes :

Ne ratez rien de l'actualité du handicap, en recevant notre lettre d'information ! Inscription

Rappel :

  • Merci de bien vouloir éviter les messages diffamatoires, insultants, tendancieux...
  • Pour les questions personnelles générales, prenez contact avec nos assistants
  • Avant d'être affiché, votre message devra être validé via un mail que vous recevrez.