Festivals : au-delà des plateformes PMR

Audiodescription, gilets vibrants, chansigne, accompagnement renforcé... Les festivals multiplient les dispositifs pour permettre aux personnes handicapées de vivre pleinement les concerts.

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Bénévole PMR/PSH Hellfest

« Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui se passe ? » Pendant tout le concert de Santa aux Francofolies de La Rochelle, Anne-Gaël Tardieu-Boissière n'a cessé de poser la même question à sa voisine. Déficiente visuelle, la référente de l'accompagnement en accessibilité des festivals à l'association Valentin Haüy entendait la foule s'enflammer sans comprendre pourquoi.

« À un moment, le piano s'est élevé dans les airs pendant qu'elle continuait à jouer. Puis elle est partie chanter au milieu du public. J'entendais les réactions partout autour de moi mais je ne voyais rien », raconte-t-elle. Pour cette habituée des festivals, la frustration illustre longtemps la limite de l'accessibilité culturelle : pouvoir entrer sur un site ne signifiait pas forcément pouvoir vivre pleinement le spectacle.

« On vit le concert avec tout le monde »

Depuis plusieurs années, les organisateurs multiplient pourtant les initiatives. Aux côtés des plateformes réservées, des parkings adaptés ou des sanitaires accessibles, de nouveaux dispositifs fleurissent un peu partout : chansigne pour les personnes sourdes, gilets vibrants permettant de ressentir la musique, documents en braille ou en Facile à lire et à comprendre (FALC), mais aussi audiodescription en direct de certains concerts.

L'association Valentin Haüy accompagne désormais plusieurs festivals, dont les Francofolies, Rock en Seine ou encore Sœurs Jumelles. Sur la grande scène du second, un concert audiodécrit par jour a d'ores et déjà été annoncé, tandis que le premier propose lui aussi ce dispositif sur plusieurs de ses spectacles. « Les festivals viennent de plus en plus nous voir en nous demandant comment accueillir les personnes déficientes visuelles », observe Anne-Gaël Tardieu-Boissière. Selon elle, cette prise de conscience s'est surtout accélérée depuis trois ou quatre ans. L'audiodescription constitue l'une des évolutions les plus marquantes. Équipés d'un casque, les spectateurs reçoivent en direct les informations qu'ils ne peuvent percevoir : scénographie, déplacements des artistes, costumes ou interactions avec le public. « On ne se demande plus sans arrêt ce qu'il se passe. On vit le concert avec tout le monde », résume-t-elle.

« L'inclusion arrive avec l'habitude »

Parmi les festivals les plus avancés en la matière figure le Hellfest, à Clisson (Loire-Atlantique). Lorsque Marc Vérove, vice-président de l'association APF France handicap, découvre l'événement il y a quinze ans, cinq bénévoles seulement sont mobilisés pour l'accueil des personnes handicapées. Aujourd'hui, près d'une centaine participent au dispositif.

« On est passés d'environ 100 à près de 2 000 festivaliers en situation de handicap accueillis », explique ce bénévole d'APF France handicap, lui-même amputé et utilisateur de fauteuil roulant. Parking réservé, camping dédié, douches accessibles, documents en braille, audiodescription, gilets vibrants ou encore espaces adaptés aux personnes présentant des troubles du spectre autistique : l'événement multiplie les aménagements.

Marc Vérove y voit l'un des festivals les plus avancés sur ces questions. Pour lui, l'enjeu dépasse désormais la simple accessibilité physique. « L'inclusion arrive quand les festivaliers prennent l'habitude de voir tous les handicaps présents dans un même événement », estime-t-il.

« Pas tous au même rythme »

Cette dynamique reste toutefois très variable selon les territoires et les moyens financiers des organisateurs. « Aujourd'hui, personne ne peut dire qu'il ne connaît pas les solutions existantes », estime Myrha Govindjee, chargée de mission à Cemaforre, centre national de ressources pour l'accessibilité culturelle. Guides, retours d'expérience et accompagnement associatif existent désormais en nombre. Selon elle, les principaux freins concernent encore les transports, l'accompagnement humain, l'information en amont ou les moyens financiers nécessaires à certains dispositifs.

Car si les progrès sont réels, l'accessibilité reste souvent une construction progressive. « Beaucoup de festivals essaient sincèrement de faire mieux, mais pas tous au même rythme », résume-t-elle. Vingt ans après la loi de 2005, le défi n'est donc plus seulement de permettre aux personnes atteintes d'un handicap d'entrer dans un festival. Il consiste désormais à leur donner accès à la même expérience culturelle que les autres spectateurs.

©Pixback Photography / Pmr/Psh & Handicap - Hellfest

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