Peut-on reconnaître une personne autiste à son apparence ? Pour Chams-Ddine Belkhayat, directeur de l'association AFG Autisme et père d'un enfant autiste, la réponse est sans appel. La phrase lancée par un humoriste, « Si vous pesez 120 kilos et que vous ne parlez pas, vous êtes probablement un autiste lourd », repose sur « une grosse méconnaissance de ce qu'est l'autisme ». Dans ce sixième épisode de notre série de fact-checking vidéo, il rappelle qu'associer le mutisme, le surpoids ou le repli sur soi à l'autisme revient à entretenir des stéréotypes qui alimentent la stigmatisation. Même prononcée sur le ton de l'humour, cette caricature « met des étiquettes qui ne sont pas bonnes et véhicule des fake news », complète-t-il.
Anxiété, dépression, schizophrénie… tout n'est pas de l'autisme
Le silence, la difficulté à interagir ou l'isolement social ne sont pas synonymes d'autisme. « Les gens se disent : parce que la personne ne parle pas ou n'est pas à l'aise en société, elle est autiste. Non », insiste Marie-Maude Geoffray, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent et du développement à l'hôpital du Vinatier, à Lyon. Derrière ces comportements peuvent se cacher de nombreuses autres situations : anxiété sociale, dépression, troubles obsessionnels compulsifs (TOC), schizophrénie ou encore un épisode de grande souffrance psychique. À l'inverse, de nombreuses personnes autistes parlent, travaillent, pratiquent des activités sportives et mènent une vie sociale riche. Comme les quelque 700 000 personnes autistes vivant en France, elles présentent des profils extrêmement variés. Le trouble du spectre de l'autisme (TSA) ne se résume ni à une apparence physique ni à une façon de communiquer.
Le surpoids n'est pas un symptôme de l'autisme
Pourquoi certains associent-ils malgré tout autisme et obésité ? Les experts rappellent que certaines personnes autistes présentant des troubles du comportement reçoivent des neuroleptiques, des traitements susceptibles d'entraîner une prise de poids importante. « Cela permet parfois de diminuer les crises, mais cela fait prendre énormément de poids et peut conduire au diabète », explique Marie-Maude Geoffray. À cette réalité médicale s'ajoutent des conditions de vie parfois inadaptées : manque d'activités physiques, sédentarité ou accompagnement insuffisant dans certains établissements. « Les personnes autistes ont aussi besoin de faire du sport, de sortir, de marcher, de vivre dans des environnements adaptés », rappelle Chams-Ddine Belkhayat. Pointer leur physique pour faire rire revient donc à invisibiliser ces difficultés bien réelles.
L'humour ne doit pas alimenter les idées reçues
Faire de l'autisme une punchline n'est jamais anodin. En réduisant les personnes autistes à un cliché, ces blagues entretiennent des représentations erronées qui compliquent encore leur inclusion. Elles brouillent aussi la compréhension du grand public, qui finit par associer à tort l'autisme à n'importe quelle difficulté relationnelle ou physique. Pour les deux experts, la priorité reste la sensibilisation. Comprendre que l'autisme est un trouble du neurodéveloppement, et non un trait de caractère ou une apparence, est indispensable pour combattre les préjugés. Derrière chaque diagnostic se trouve une personne, avec son fonctionnement, ses besoins et ses capacités, bien loin des caricatures.
© Capture écran vidéo / Clotilde Costil



