C'était une des ambitions de la Conférence nationale du handicap (CNH) de 2023 : expérimenter une nouvelle formule d'accompagnement des demandeurs d'emploi handicapés. D'après l'Observatoire de l'emploi et du handicap 2025 de l'Agefiph, le chômage des personnes concernées s'élève en effet à 11,5 %, contre une moyenne de 7,9 % pour l'ensemble de la population.
Testée dans cinq territoires pilotes depuis 2025, la mesure « Détermination de l'environnement professionnel le plus adapté » est éprouvée dans le contexte plus large de la mise en œuvre de la loi Plein emploi de décembre 2023, dans l'objectif d'une généralisation prévue au 1er janvier 2027.
Un co-portage France Travail et Cap Emploi
« C'est une mesure co-portée avec Cap Emploi. Cela s'inscrit dans la continuité du rapprochement entre les deux structures, l'agence France Travail étant devenue le lieu unique d'accompagnement », contextualise Servane Chauvel, directrice de la mission Publics en situation de handicap dans l'établissement public chargé de l'emploi. La première vague expérimentale, engagée dans les départements du Val d'Oise, de la Somme, de la Charente-Maritime, de l'Allier et de la Haute-Savoie, avait en effet pour première visée de raffermir les liens entre l'ex-Pôle Emploi et la structure d'accompagnement professionnel des personnes handicapées. S'appuyant sur les premiers retours, l'expérimentation a été élargie en janvier 2026 à onze nouveaux territoires (1).
Des « teams handicap »
Cette nouvelle collaboration se matérialise par la création de « teams handicap », où un binôme composé d'un salarié de chacune des structures collabore pour accueillir ce public. « Les conseillers Cap Emploi et France Travail ont des compétences complémentaires », souligne Servane Chauvel. L'idée : s'appuyer sur l'expertise en matière de réadaptation professionnelle et de compensation des premiers, et la connaissance des dispositifs de droit commun des seconds. L'évolution majeure introduite par l'expérimentation est en effet d'orienter davantage les personnes en situation de handicap vers le milieu dit « ordinaire ». « On change complètement de paradigme », s'enthousiasme la directrice de mission France Travail.
Un parcours d'accompagnement différent
Cette nouvelle organisation change le parcours des demandeurs d'emploi en situation de handicap. Auparavant, leur porte d'entrée était la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), qui leur fournissait un titre de bénéficiaire de l'obligation d'emploi (BOETH) pour leur ouvrir les services de Cap Emploi. Ils pouvaient sinon être orientés directement en établissements et services d'accompagnement par le travail (ESAT) ou en établissements et services de réadaptation professionnelle (ESRP). « On observe que beaucoup ne connaissaient pas le réseau pour l'emploi, explique Servane Chauvel, pour certains c'est la première fois que leur est proposée des formats de construction de leur projet professionnel ».
Lever les freins et tester son projet
Lors de l'évaluation de la « team handicap », des acteurs du secteur médico-social ou les ESRP peuvent être mobilisés pour lever des freins à l'emploi qui touchent à la santé. La personne peut aussi tester son projet à travers des immersions professionnelles. « On a tous déjà rêvé d'un emploi, mais entre le « j'ai envie de faire ça » et le « est-ce que la réalité du métier me convient », il peut y avoir un delta », relève Servane Chauvel. Le demandeur d'emploi discute ensuite à nouveau avec les conseillers pour trouver les adaptations possibles du poste de travail, ou déterminer si un autre milieu professionnel est plus adapté. Ces préconisations sont ensuite envoyées à la MDPH, qui statue en dernière instance.
Si France Travail manque encore de recul pour s'exprimer sur le suivi des préconisations par la MDPH dans le cadre de cette expérimentation, Servane Chauvel affirme que les résultats sur l'analyse des parcours des personnes concernées. « Le modèle cible est très bien avancé de notre point de vue », soutient-elle.
Les vigilances des syndicats
Côté syndicats, les retours de terrain tendent à reconnaître une nouvelle collaboration entre France Travail et Cap Emploi qui se passerait plutôt bien. Ils pointent néanmoins le manque de temps pour une réelle évaluation du dispositif avant sa généralisation. « Les personnes en situation de handicap n'y trouvent pas toujours leur compte, et le manque de formation des agents se fait sentir », interpelle Valérie Lefebvre Haussman, chargée de mission handicap à la CGT. Servane Chauvel défend des formations disponibles en e-learning ou en présentiel, mais les agents manqueraient souvent de temps pour pouvoir les suivre.
Autre point d'attention soulevé par Catherine Laumont, secrétaire générale de la CFDT sur les questions de protection sociale, de travail et d'emploi : « Je crains surtout la phase de généralisation. Le déploiement n'est jamais réalisé avec le budget des expérimentations », signale-t-elle, faisant référence à la réforme du RSA. Une inquiétude partagée par la CGT.
(1) Corse, Haute Marne, Ardennes, Côtes d'Armor, Gard, Maine et Loire, Territoire de Belfort, Orne, Manche, Eure et Loire, Alpes de Haute Provence
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