« Vous ouvrez le champ des possibilités, là où nous avions définitivement renoncé. » Rapportés dans le dossier de presse du CHU de Nantes de mars 2025, ces mots d'un parent disent ce que peut changer Handibloc. Pour certains enfants et adultes en situation de handicap complexe, soigner une dent ou réaliser un examen nécessite une anesthésie générale. Regrouper ces actes permet de limiter les anesthésies et les déplacements à l'hôpital. À Nantes, 35 patients ont bénéficié de cette prise en charge coordonnée en 2024. Conçu en 2019 par le CHU de Brest avec la Fondation Ildys, acteur sanitaire et médico-social du Finistère, ce parcours doit désormais se développer partout en France. La Direction générale de l'offre de soins (DGOS) a ainsi lancé un appel à candidatures national pour sélectionner neuf sites pilotes. Les établissements intéressés doivent déposer leur dossier avant le 20 novembre 2026.
Handicap complexe et soins empêchés
Soins dentaires, ORL, gynécologie, ophtalmologie… À Brest, plusieurs spécialités peuvent intervenir successivement au cours d'une même anesthésie pour des traitements comme pour des examens diagnostiques ou de dépistage. Parfois, la difficulté commence avant même le premier geste médical. Dans un témoignage recueilli par le magazine Ombres & Lumière et relayé par la Fondation OCH (Office chrétien des personnes handicapées) en septembre 2026, France, mère d'Éléonore, une jeune fille avec une trisomie 21, raconte que sa fille acceptait les soins mais ne supportait pas de s'allonger sur la table d'examen. Pendant un rendez-vous dentaire, elle aurait été maintenue de force. Lors d'une autre consultation, sa mère aurait été invitée à sortir avant de s'entendre dire que sa fille relevait de la pédopsychiatrie. « Ces deux expériences ont traumatisé ma fille, et moi avec », témoigne-t-elle. Ce récit souligne l'importance de préparer les soins et d'adapter l'accueil. Lorsque les soins ne peuvent être réalisés dans le cadre habituel ou en consultation dédiée et nécessitent une anesthésie générale, Handibloc constitue un recours. L'enjeu est d' « éviter des prises en charge multiples et non coordonnées », souligne la DGOS dans son instruction du 30 septembre 2026.
Un parcours adapté au handicap
La préparation commence bien avant l'entrée au bloc. Une consultation préalable permet de dresser un bilan de santé et d'identifier les soins nécessaires. Une consultation d'anesthésie est également prévue. Les équipes organisent les interventions en lien avec les professionnels qui accompagnent la personne en ville ou dans son établissement médico-social. Elles prennent en compte ses moyens de communication et la place de ses aidants. Dans un communiqué du 13 mars 2026, le CHU de Nantes précise que l'infirmière de parcours et l'équipe d'Handisoins 44 peuvent identifier les besoins relevant de plusieurs spécialités et préparer, lorsque c'est possible, une intervention combinée.
Préparer les soins pour réduire l'anxiété
À Nantes, cette préparation peut comprendre des visites pour se familiariser avec les lieux, un casque antibruit, une lumière moins forte ou la présence de l'aidant jusqu'à la salle d'intervention. Une infirmière du parcours centralise les informations et facilite les transmissions entre équipes. « Ce sont les impacts traumatiques qui sont prévenus et l'alliance thérapeutique renforcée », souligne la Dre Isabelle Hyon, chirurgienne-dentiste au CHU de Nantes, dans le dossier de presse de mars 2025. Elle rappelle qu'une première prise en charge inadaptée peut avoir des conséquences durables, « conditionnant négativement les consultations ou hospitalisations futures ». Un accueil adapté contribue ainsi à préserver la confiance pour les soins futurs.
À Brest, l'adaptation des soins passe aussi par la médiation animale. Dans le service d'odontologie, la chienne Scully accompagne les patients anxieux. « Scully parvient à détourner l'attention des patients et rend ainsi le moment moins anxiogène », expliquait la Dre Camille Bossard à Handicap.fr en avril 2025 (Soins dentaires : un chien rassure les patients handicapés). Une autre manière de faciliter les consultations et de renouer avec les soins.
Financer le déploiement de Handibloc
Cette organisation demande du temps et des moyens que le financement habituel du séjour ne couvre pas intégralement. Les dispositifs labellisés bénéficieront donc d'une dotation complémentaire pour la coordination et les coûts insuffisamment financés par les tarifs existants. Les neuf sites pilotes feront l'objet d'un suivi national. Leur bilan doit permettre d'ajuster l'extension du dispositif, avec une cible d'un Handibloc par région, soit dix-huit au total. Un modèle de financement doit être élaboré en 2027. Reste à rendre cette organisation accessible sur les territoires afin que davantage de patients bénéficient des soins dont ils ont besoin.
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