Handicap psy : confiné, isolé... Rompre le cercle vicieux

Hausses des conduites addictives, des dépressions, de l'isolement... "Le confinement fait craindre le pire pour la psychiatrie", s'alarme Marie-Jeanne Richard, présidente de l'Unafam*. Quelles réponses concrètes pour parer à l'urgence ?

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* Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques

Handicap.fr : Avez-vous observé une recrudescence de troubles psychiques en période de confinement ?
Marie-Jeanne Richard : A l'issue du premier confinement, nous avons principalement constaté que les personnes, et pas seulement les membres de l'Unafam, se sentaient fatiguées, déprimées et n'étaient pas sereines quant à l'avenir. Mais nous manquons cruellement de chiffres et attendons d'ailleurs qu'ils sortent. Les hôpitaux psychiatriques et les centres médico-psychologiques ont été très sollicités cet été, notamment par des patients qui avaient été stabilisés et ont rechuté. De nombreuses personnes, non identifiées « à risque », se sont également présentées avec des troubles anxieux et dépressifs très importants. Ne soyons pas alarmistes, il ne s'agit pas de dépression sévère mais la situation n'en demeure pas moins préoccupante et certains étudiants, notamment, se sont retrouvés particulièrement seuls, désemparés et paupérisés, n'ayant pas pu continuer à travailler ni à bénéficier du chômage partiel.

H.fr : Peut-on faire le lien entre paupérisation et risques psychiques ?
MJR : Je ne crois pas. Mais ce qui est certain c'est que les personnes dont le métier est très impacté par la crise sanitaire sont à risque de dépression et de suicide. La majorité d'entre elles n'imaginaient pas avoir à vivre cela.

H.fr : Que mettent en lumière les études (internationales) sur les conséquences de cette crise sanitaire sur la santé mentale ?
MJR : Principalement l'augmentation des conduites addictives (article en lien ci-dessous). Pour gérer leur dépression en période de confinement, certains ont augmenté leur consommation d'alcool, notamment. Une méthode de « compensation » que l'on observe partout dans le monde. Le reconfinement fait craindre le pire pour la psychiatrie...

H.fr : Comment l'Unafam s'adapte-t-elle au reconfinement ?
MJR : Nous avons renforcé la plateforme Ecoute-famille, service anonyme et gratuit assuré par des psychologues cliniciens. La ligne est ouverte du lundi au vendredi, de 9h à 13h et de 14h à 18h (17h le vendredi) au 01 42 63 03 03. Nous avons aussi récemment mis en place une plateforme qui offre la possibilité aux personnes de partager les difficultés qu'elles rencontrent et de recevoir des réponses de professionnels du droit notamment, les questions d'ordre juridique étant nombreuses. La permanence juridique est d'ailleurs complète pour les semaines à venir mais nous allons ajouter des vacations sous peu tandis que, localement, nos délégations assurent écoute et accueil par téléphone et visio.

H.fr : Les appelants sont-ils majoritairement des familles ou les personnes elles-mêmes concernées ?
MJR : Ce sont surtout les familles qui nous contactent. A noter que l'assistante sociale qui travaille avec nous a eu énormément de travail durant le premier confinement mais aussi à son issue, notamment pour aider les personnes à finaliser des dossiers d'accès aux droits en suspens.

H.fr : Quelles difficultés les familles rencontrent-elles principalement ?
MJR : Pour accéder à des compensations, payer le loyer... Beaucoup aident leurs proches avec des troubles psychiques qui risquent d'en pâtir si ces familles ont des contraintes économiques liées à la crise. Durant le confinement, il y a eu de grandes difficultés concernant les tutelles et curatelles qui ne pouvaient plus se déplacer. Certaines personnes handicapées dépourvues de carte bancaire n'avaient alors aucun moyen de paiement. Les familles sont venues en renfort, pour la plupart, et ont payé de leur poche mais vous imaginez bien les difficultés financières qui peuvent en découler... 

H.fr : Depuis le début du reconfinement, les tutelles et curatelles sont-elles à pied d'œuvre ?
MJR : A la différence du premier confinement, l'ensemble du secteur social et médico-social est en exercice ; on peut donc imaginer que ce sera plus facile. De même, les services publics sont ouverts donc les personnes n'ont pas à faire des kilomètres pour aller chercher leur mandat ou leur argent, ce qui était le cas en mars lorsque les bureaux de poste ont fermé. Ce sont des petits obstacles qui, bout à bout, entretiennent un climat anxieux, et pour des personnes plus fragiles ou avec une charge mentale ou financière trop importante, cela peut avoir des conséquences majeures sur la santé mentale. Notre objectif est donc de les aider le plus possible, notamment via ces plateformes.

H.fr : Que redoutez-vous le plus à terme si cette situation s'éternise ?
MJR : L'isolement. Ces personnes ont déjà peu de lien social. Si on le coupe totalement, qu'on entretient la peur et les empêche de sortir, cet isolement est exacerbé et peut entraîner une hausse des dépressions et des conduites suicidaires.

H.fr : Comment a été vécu le retour dans les familles ?
MJR : Ces allers-retours entre l'établissement ou le domicile personnel et la famille ont été très difficiles aussi bien pour les personnes, qui vivaient jusqu'alors en autonomie, que pour leur entourage, pour qui il est parfois difficile d'accompagner un proche en situation de handicap psychique. C'est ce que nous mettons en lumière dans notre baromètre dédié.

H.fr : Avez-vous observé une recrudescence de violences ?
MJR : Non, ce qui prime surtout c'est l'anxiété, le repli sur soi et une crainte, parfois paranoïaque, d'être contaminé par le Covid-19. Beaucoup d'entre nous avons compensé la solitude et entretenu le lien social avec des outils numériques mais certaines personnes handicapées n'y ont pas forcément accès et se retrouvent extrêmement seules. Le climat social actuel est extrêmement tendu et anxiogène, a fortiori avec les récents attentats, il y a aussi l'entrée dans l'hiver, période à laquelle les suicides sont les plus importants notamment en raison du manque de lumière. Il nous faut être extrêmement vigilants !

H.fr : Quel conseil donneriez-vous à une personne en proie au mal-être ?
MJR : Il est primordial de maintenir le contact avec les personnes en qui vous avez confiance, de continuer vos soins et d'adopter un rythme vie le plus « équilibré » possible (se lever, manger, faire une promenade, aller acheter le journal...). Surtout ne pas se renfermer sur soi-même ! 

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