Hôtels inclusifs : vers une accessibilité renforcée

Certains hôtels disposent du label Tourisme & Handicaps, aux critères définis nationalement. Mais de plus en plus de projets poussent l'accessibilité au-delà de l'aménagement de l'accueil et du cadre bâti. En quoi sont-ils plus inclusifs ?

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cour des gîtes « Les bobos à la ferme »

Qu'est-ce qu'un hôtel « inclusif » ? « Le mot est peut-être devenu à la mode », sourit Annette Masson, présidente de l'association Tourisme & Handicaps, responsable de l'octroi du fameux label aux établissements. En effet, de plus en plus d'hôtels s'en revendiquent et mettent en avant l'aménagement de chambres pour les clients en situation de handicap. De grands groupes comme Accor, pour ses Novotel, Mercure ou Ibis, défendent le déploiement d'une politique d'accueil adapté, tout comme certains petits établissements. Mais derrière le qualificatif, les offres d'hôtellerie diffèrent.

Le label Tourisme & Handicaps

« Il y a une attente et une demande pour des hôtels inclusifs. Certains sont dans une démarche sérieuse, mais d'autres...ils disent qu'ils sont accessibles, puis on se rend compte quand ils demandent la labellisation que la douche ne l'est pas, par exemple », témoigne Annette Masson. Son association contrôle les établissements qui candidatent sur la base d'un cahier des charges défini nationalement, avec un ensemble de critères pour les handicaps moteur, auditif, visuel et mental. Sur le site internet de Tourisme & Handicaps sont ensuite répertoriés, par localisation, les établissements et les lieux touristiques qui se sont fait certifier leur accessibilité. La démarche est volontaire, et de plus en plus de lieux cherchent à l'obtenir. « Dans le secteur du tourisme, ils sont nombreux à se rendre compte que c'est une clientèle, et qu'il y aura un retour sur investissement », constate-t-elle.

Un « prérequis »

« La labellisation fait partie des prérequis. C'est rassurant pour les clients, car ça permet de factualiser la qualité de la prestation », affirme Amandine Martin, responsable de la communication des Bobos à la ferme, un tiers-lieu avec quatre gîtes labellisés (Madelaine-sous-Montreuil, Côte d'Opale). C'est également le cas du gîte Moana (Saint-Jouin-Bruneval, Normandie) ou de l'hôtel Les Voisins (Ploufragan, Bretagne). Le Relais des Champs (Gacé, Normandie), dont l'inauguration date du 8 octobre dernier, se présente même comme « le premier hôtel inclusif », et travaille à l'obtention du label. Mais si tous ces établissements ont en commun de disposer d'un bâti et de chambres adaptées aux handicaps en parallèle d'un service d'hôtellerie traditionnelle, ils proposent également des services qui vont au-delà des critères du label d'État.

Une continuité des soins

Ces lieux se sont structurés autour de la conviction que certains freins doivent être levés pour que les familles avec un proche handicapé aient un réel accès aux vacances. « Au-delà de la question de l'immobilier, on a voulu proposer des services spécifiques de santé ou de restauration », explique Sébastien Legoff, directeur général de l'association Les Tout petits, à l'origine du projet du Relais des Champs. Dans cet hôtel, quatre chambres sur les dix-sept disposent de lits médicalisés, le personnel possède une double formation en hôtellerie et en médico-social, et un partenariat avec la maison médicale de Gacet permet de faire appel à des professionnels du médical si nécessaire. La continuité des soins est effectivement centrale dans ces projets. Aux Voisins, douze chambres sont adaptées sur les trente-cinq et un réseau de partenaires du secteur médico-social permet de répondre à certains besoins exprimés par les voyageurs. Ces collaborations existent également pour le gîte Moana, et pour ceux des Bobos à la ferme. « Il y a la charte du label, et en face la vision de ce que nous considérons comme le répit, avec le développement d'une ingénierie de services », résume Amandine Martin.

Des activités adaptées

Tous ont mis en place une prise de contact en amont des vacances pour proposer aux voyageurs un service sur mesure. « En fonction du handicap il n'y a pas forcément les mêmes besoins, et en fonction de la personne, pas forcément les mêmes envies », développe Audrey Vidy, de l'association Omaoma, qui porte le gîte Moana. Certains des lieux poussent le curseur encore plus loin et organisent également des activités adaptées, comme ce gîte. Les loisirs proposés vont de la randonnée au voyage en voilier ou au parapente. Aux Voisins, il est possible de faire du yoga, de l'art-thérapie, des balades en triporteur, PMR au besoin, ou des visites de ports bretons. Les Bobos à la ferme organisent aussi des activités diverses, aquatiques, équestres ou des excursions aux parcs d'attraction.

Un plaidoyer pour la mixité

Si une panoplie de services pour les personnes avec un handicap est proposée dans ces lieux, tous défendent l'importance de garantir une mixité. « Nous voulons prouver qu'en milieu ordinaire, on peut accueillir tout le monde », appuie Élodie d'André, la co-fondatrice des Bobos à la ferme. « Notre intention est d'ouvrir de nouveau le champ de la normalité, auquel les aidants n'ont plus accès une fois que le diagnostic est posé pour leur proche », complète la responsable communication du lieu. Sébastien Legoff, dont l'association Les tout petits est d'abord connue pour ses établissements médico-sociaux, porte le même discours : « nous ne voulons pas créer un hôtel destiné aux personnes handicapées », affirme-t-il. Pour Audrey Vidy, proposer un lieu d'hébergement ouvert aux personnes valides et partager des activités est essentiel pour « travailler sur le changement de regard ».

Une inclusivité qui a un coût

Qu'en est-il des prix de ces établissements inclusifs ? Les tarifs sont variables selon l'offre et la saison. Pour un séjour dans les gites, qui comprennent des capacités entre 4 et 7 personnes, il faut compter autour de 100 à 175 euros par nuit. Dans les hôtels, Les Voisins proposent des chambres à partir de 60 euros, et jusqu'à 95 euros pour une chambre familiale, quand il faut prévoir a minima 95 euros pour une chambre double au Relais, et jusqu'à 160 euros pour une chambre quadruple. A ceci s'ajoute le prix des éventuelles activités

Un essaimage à venir ?

Au sein de ces différents lieux inclusifs de vacances, Les Bobos à la ferme possèdent la spécificité d'avoir développé d'autres projets, au-delà de l'aspect touristique. En face des gîtes, une ancienne bâtisse abrite depuis quelques années la Maison des parents aidants, un lieu de vie où les familles peuvent se retrouver, tandis que les enfants s'amusent dans une salle de jeux inclusive. Des permanences chaque semaine sont destinés à favoriser des moments d'écoute ou l'organisation d'événements inclusifs. L'association possède également un agrément centre de loisirs pour accueillir dix enfants, dont cinq avec handicap. En parallèle, elle porte le projet de passer à une autre échelle, pour recevoir quarante enfants.

Au vu de ce modèle, les co-fondateurs du tiers-lieu ont été régulièrement sollicités par des porteurs de projet. « Comme nous ne pouvions plus répondre à tout le monde individuellement, il nous est venue l'idée d'organiser une formation », explique Amandine Martin. Ouverte depuis 2024, elle va bientôt prendre une nouvelle forme. Lauréat de La France s'engage 2025, Les Bobos à la ferme portent aujourd'hui un projet d'essaimage. « Nous voulons permettre d'aller encore plus loin dans l'accompagnement à la réalisation de projets », promet la responsable communication. La promesse de voir se développer encore de nouveaux lieux ouverts à tous.

©Thomas Nys

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