« Le personnel est extrêmement bienveillant, d'une gentillesse rare. » « Rapport qualité-prix +++. » « L'enthousiasme des personnes en situation de handicap est très communicatif. » Sur les plateformes d'avis en ligne, les commentaires consacrés à certains établissements gérés par des ESAT ou entreprises adaptées (EA) ressemblent finalement à ceux de n'importe quelle destination touristique. Une façon de rappeler que derrière le label de l'inclusion, il y a d'abord des vacances, des loisirs, des professionnels et un système de notation, tout ce qu'il y a de plus classique, derrière. Hôtel, restaurant, parc animalier (…) : il en faut d'ailleurs pour tous les goûts.
Un atout côté budget
D'après un sondage Elabe pour BFMTV publié en mai 2026, 81 % des Français déclaraient se serrer la ceinture à l'horizon des vacances estivales. Un (triste) record depuis 2022 qui obligent désormais les consommateurs à revoir leurs choix de villégiatures. Qui dit maîtrise du budget, dit destinations de proximité. Selon le baromètre des vacances d'été 2026 d'Ipsos, 68 % des Français ayant déjà choisi leur destination avaient prévu de passer au moins une partie de leurs vacances en France. Parmi eux, 51 % envisageaient de rester exclusivement dans l'Hexagone, soit 15 points de plus qu'en 2025. Le choix d'une alternative moins chère et qui a du sens pourrait bien ici trouver un nouvel écho.
Participer à l'insertion socio-professionnelle
C'est en tout cas ce qu'affirme le réseau Hosmoz qui recense aujourd'hui 70 ESAT et entreprises adaptées proposant des activités liées au tourisme et aux loisirs. Hôtels et résidences de tourisme, campings, gîtes, restaurants, centres équestres, fermes pédagogiques ou encore parcs de loisirs : les possibilités sont multiples dans l'Hexagone. À cela s'ajoutent 239 prestataires dans l'artisanat et 234 producteurs de spécialités alimentaires locales, de quoi prolonger l'expérience au-delà du séjour. En revanche, il n'existe, à ce jour, aucun recensement officiel et consolidé à l'échelle nationale. L'intérêt est aussi économique pour ces structures : en réservant directement auprès d'elles, le vacancier contribue au fonctionnement d'activités qui donnent une place professionnelle à des personnes en situation de handicap et participent à la vie locale des territoires.
Comment s'expliquent les tarifs préférentiels pratiqués dans ces structures ?
D'après Sarah Suberbie-Berthiot, responsable de l'Esat du Plateau qui pilote le Parc de la Demi-Lune à Lannemezan, entre Pau et Toulouse, ces tarifs attractifs (une entrée au parc à 13 euros en haute saison) s'expliquent par un « coût de masse salariale allégé pour la structure ». En effet, les aides publiques, notamment les dotations globales de fonctionnement (DGF) pour les ESAT et les aides au poste pour les EA prennent en charge une part importante de l'encadrement et des rémunérations. Dans les avis Google répertoriés, le « bon rapport qualité-prix » est d'ailleurs l'argument qui revient le plus souvent pour ce parc occitan qui combine hôtel, restauration et loisirs. Une offre familiale qui va du mini-golf aux pédalos, en passant par la ferme, le petit train ou les activités de plein air. Le site, repris par l'ESAT en 1988, a progressivement été modernisé pour répondre aux attentes des visiteurs tout en conservant sa vocation médico-sociale. « En se rendant à la Demi-Lune, les vacanciers ne connaissent pas forcément la spécificité du lieu et souvent, quand ils le découvrent, c'est une bonne surprise », se félicite Sarah Suberbie-Berthiot.
Du parc animalier à l'hôtel
Cette histoire dit aussi quelque chose de l'évolution du regard porté sur ces établissements. Pendant longtemps, le caractère « ESAT » pouvait rester discret. Aujourd'hui, certaines structures choisissent au contraire de mettre en avant les professionnels en situation de handicap qui accueillent, servent, entretiennent les espaces ou participent aux activités. « La plus-value, c'est la mission médico-sociale : on fait la même chose, sauf qu'on insère des personnes dans un milieu socioprofessionnel », précise ainsi l'équipe du Parc de la Demi-Lune qui a aujourd'hui fait le choix de la « pédagogie » et de la « sensibilisation » : « Il y a quelques années, l'aspect médico-social était quasiment passé sous silence ».
Qualité d'accueil et notions de vivre-ensemble
« Aujourd'hui, on l'a mis en avant sur nos flyers et sur nos réseaux sociaux pour éviter quelques malentendus », complète Sarah Suberbie-Berthiot. Derrière ces « malentendus », l'équipe relève notamment des « avis certes à la marge mais malpolis, des remarques pouvant être exigeantes voire blessantes » car ignorant le caractère social de la démarche. D'où l'intérêt d'en parler publiquement. Ainsi, sur sa page Instagram, le parc a par exemple publié un message de service demandant à ses clients « de faire preuve de bienveillance », l'équipe restant attentive à « la qualité d'accueil et aux notions de bien-vivre ensemble ». Cette démarche bouscule les habitudes de chacun tout en offrant aux travailleurs une véritable ouverture sur l'extérieur, à travers des métiers bien loin des préjugés sur le milieu protégé, qui serait réduit dans l'imaginaire collectif « à des missions en blanchisserie ou dans les espaces verts », tranche Sarah Suberbie-Berthiot.
« L'enthousiasme du personnel vis à vis de leur métier et des animaux est très communicatif : un lieu vraiment à part et attachant », rapporte une cliente au sujet du Domaine de Pescheray dans la Sarthe, géré par l'ESAT éponyme. Qu'ils tiennent le snack, servent au restaurant, soient derrière les fourneaux, nourrissent les animaux d'un zoo ou fassent le ménage des chambres d'hôtel, les équipiers de ces établissements ne bénéficient pas d'une formation spécifique mais apprennent « sur le tas » auprès de leur moniteur.
« Soutenir une économie de proximité »
« Choisir un hébergement, une activité de loisirs ou un produit issu d'un ESAT ou d'une entreprise adaptée, c'est soutenir une économie de proximité, contribuer à l'emploi et découvrir une offre ouverte à toutes et à tous », résume le directeur général d'Hosmoz, Denis Charrier. Pour le vacancier, la démarche peut donc être très concrète : repérer les établissements et prestations disponibles dans sa région, comparer les tarifs et les avis, vérifier les conditions d'accueil et réserver directement. Pour les familles, les groupes ou les touristes de passage, ces structures offrent une alternative aux circuits touristiques classiques. Et pour les personnes en situation de handicap qui travaillent dans ces établissements, chaque réservation contribue à faire vivre une activité professionnelle au contact du public. Des vacances « autrement », donc, mais pas nécessairement pour les raisons que l'on imagine : ici, l'inclusion ne s'ajoute pas au séjour comme un argument marketing. Elle en fait partie : une recette « gagnante-gagnante ».
©Parc de la Demi-Lune

