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La médiation familiale libère la parole autour du handicap

Combien de familles, notamment touchées par le handicap, se déchirent à cause du manque de communication ? Audrey et Aude ont la solution pour prévenir ces tensions et libérer la parole : la médiation familiale. Les coulisses de ce métier "humain".

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« Ne pas décider pour les autres mais plutôt les aider à trouver une solution par eux-mêmes, quel que soit leur degré de vulnérabilité. » C'est le leitmotiv d'Audrey Villatte. Après ses études de droits, elle envisage de devenir juge et choisit finalement la profession d'avocat. Elle exerce en tant que directrice juridique depuis huit ans puis, soudain, le déclic : « Ma voie est ailleurs... » Son dada à elle ? Les relations humaines. Elle souhaite aujourd'hui se tourner vers un métier plus altruiste : médiatrice familiale, spécialisée dans les vulnérabilités, notamment. Une ambition commune à celle d'Aude Chapron, clerc de notaire. Leurs chemins se croisent en janvier 2020 dans le cadre du diplôme d'Etat de médiateur familial (DEMF), une formation de deux ans et demi qui, selon elles, apporte une vision et une approche différentes du conflit. Les prémices d'une belle amitié et, surtout, d'une vocation... Leur vie personnelle y est pour beaucoup dans ce changement de cap. Toutes les deux concernées par le handicap, elles ont constaté un manque criant de communication au sein de leur famille qui, au fil des années, a généré des tensions, voire des « ruptures ». Elles œuvrent aujourd'hui quotidiennement pour libérer la parole et renouer les liens... Rencontre avec deux philanthropes.

H.fr : Quel est votre lien personnel avec le handicap ?
Audrey Villatte : Mon père est hémiplégique depuis un accident vasculaire cérébral (AVC). Plus il vieillit, plus les lourdes séquelles associées prennent le dessus. Habitant loin de lui, je me rends compte des conflits que sa situation de vulnérabilité peut engendrer, notamment au sein d'une fratrie, concernant sa prise en charge.

Aude Chapron : Pour ma part, j'ai été confrontée au handicap très jeune puisque ma petite sœur souffre d'un retard mental depuis sa naissance. J'ai toujours vu mes parents œuvrer pour qu'elle puisse bénéficier d'une vie la plus normale possible mais ces obstacles du quotidien ont créé du stress au sein dans leur couple.

H.fr : Pensez-vous qu'à un moment ils auraient pu avoir besoin d'une médiation familiale ?
AC : Je pense que, ce qui leur a manqué, c'est de pouvoir parler de leur ressenti et de leur façon d'appréhender le handicap, et c'est la difficulté que rencontrent beaucoup de parents. Accepter cette situation n'est pas évident, en parler au sein de son couple encore moins. Effectivement, ma mère aurait sans doute eu besoin d'un tiers neutre pour exprimer son désir d'être épaulée, notamment dans les démarches administratives. Après plusieurs décennies de vie commune, mes parents ont finalement divorcé, pas uniquement en raison du handicap de ma sœur, mais ça a joué, probablement. Je constate également de réelles difficultés entre mon père et ma sœur, la faute à un manque de dialogue. Je pense que s'ils acceptaient tous les deux de faire une médiation familiale, celle-ci pourrait leur permettre d'exprimer ce qu'ils ressentent et de recréer un lien qui s'étiole avec le temps.

H.fr : La médiation familiale à titre préventif peut permettre, selon vous, d'aider à résoudre ces sujets tabous ?
AC : Je dirais même qu'elle est salvatrice ! Enormément de parents s'interrogent sur l'avenir de leur enfant handicapé. Ma sœur, elle-même, m'a demandé : « Le jour où maman ne sera plus là, est-ce que tu pourras t'occuper de moi ? ». Dans une fratrie de quatre enfants comme la nôtre, se pose aussi la question de savoir comment chaque frère et sœur vit le handicap et la place que chacun occupera le jour où nos parents ne seront plus là. 

H.fr : La médiation familiale propose donc d'impliquer la personne concernée quand son degré de handicap et de compréhension le lui permet ?
AC : Absolument. Il est même, en général, recommandé que la personne en situation de handicap soit présente. C'est important de pouvoir l'entendre, quand elle est en mesure de s'exprimer, parce que le handicap est aussi une souffrance qui peut parfois entraîner de la culpabilité. En effet, les parents peuvent accorder plus de temps à l'enfant concerné qu'aux autres ou le favoriser dans leur succession.

H.fr : Quel est l'enjeu de la médiation dans ce contexte ?
AC : Ce n'est pas tant de trouver des solutions à une problématique que de parler de ses difficultés, ses émotions, son stress et les non-dits qui peuvent, au fil du temps, créer des conflits. Il est important de rappeler que c'est une démarche libre et volontaire, personne n'est contraint d'y prendre part.

AV : Nous proposons un espace protecteur visant à donner la parole à tout le monde, et notamment aux personnes handicapées qui vont ainsi se livrer plus facilement. La présence du médiateur, neutre, impartial, sans idée préconçue ni projet spécifique favorise la libération de la parole.

H.fr : Ces séances ont presque une vocation thérapeutique...
AV : La frontière est mince mais il ne faut justement pas basculer dans la thérapie. Notre formation nous apporte des connaissances en psychologie mais ce n'est pas notre métier. Lorsque l'on pense que la problématique exposée est du ressort d'un thérapeute, on doit réorienter les personnes.

H.fr : Quelle est la durée d'une médiation ?
AV : Tout dépend des personnes. Dans le cadre d'une séparation, une ou deux séances d'environ 1h30 peuvent suffire pour certains, six ou sept pour d'autres. Le médiateur s'adapte et suit le rythme de chacun.

AC : Une médiatrice m'a donné l'exemple de deux frères, dont l'un était sous tutelle gérée par un administrateur extérieur. L'autre voulait s'en charger et mettre en place une médiation alors qu'ils n'étaient plus en contact depuis plusieurs années. Le frère sous tutelle et son administrateur se sont insurgés en estimant qu'il en avait après son argent. L'autre cherchait, en réalité, simplement un moyen de retisser les liens. Ils l'ont compris avant même que la médiation ne débute et, dans un climat plus apaisé, la tutelle est finalement restée à la charge de l'administrateur extérieur. Tout ça pour dire qu'il n'y a pas de règle universelle. Pour certains, la médiation peut être relativement longue (plus de dix séances) tandis que, pour d'autres, la simple volonté de la mettre en place suffit à débloquer la situation.

H.fr : Le médiateur reçoit toujours les deux parties simultanément ?
AC : Pas forcément, nous pouvons également proposer des entretiens particuliers, appelés « caucus ». Mais ce n'est pas si fréquent. Ce qui importe c'est que tout soit fait en totale transparence et serve la médiation. 

H.fr : L'issue est-elle globalement favorable ?
AV : C'est un peu compliqué de répondre car le médiateur ne fixe aucun objectif spécifique. Mais réunir deux personnes dans une même pièce, c'est déjà une issue favorable. Certains arrivent avec des requêtes précises, qui n'aboutissent pas, mais, au cours des entretiens, s'aperçoivent que le problème est ailleurs. Ils repartent finalement plus « légers », même s'ils n'ont pas accompli ce pourquoi ils étaient venus. 

H.fr : La médiation dans le champ du handicap reste-t-elle méconnue ?
AV : Effectivement mais elle se développe de plus en plus. Apparue dans les années 1980, elle a d'abord prouvé son utilité en cas de séparations parentales, afin de désengorger les tribunaux. Le champ d'intervention s'est aujourd'hui un peu élargi, et, depuis une dizaine d'années, les médiateurs se forment davantage à la question de la vulnérabilité. En plus du diplôme d'Etat, il existe même un cursus dédié, une formation de quatre jours, réclamée par de nombreuses associations en quête de médiateurs.

AC : Elle est en perpétuelle évolution avec, par exemple, le développement des médiations de couple ou parents/ados. Le diplôme, créé en 2003, est encore relativement récent, il faut que chacun s'approprie cette solution et pense à solliciter un médiateur parfois même avant un avocat ou un juge. Ces derniers ont d'ailleurs de plus en plus souvent recours à nos services. 

H.fr : Un exemple de situation qui nécessite une médiation liée au handicap ?
AV : Une médiatrice me parlait de parents, en cours de séparation, qui n'étaient pas d'accord sur le choix de la prise en charge de l'un de leurs enfants, en situation de handicap. La mère plaidait pour l'école ordinaire, le père pour un établissement médico-social. Dans ces situations « classiques » de séparation, le handicap peut être au cœur des discussions, aux côtés de la pension alimentaire, du choix de la résidence, etc.

H.fr : Les médiateurs sont-ils souvent amenés à intervenir au sein des établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS) ?
AV : On nous encourage à faire des actions de promotion au sein de ces établissements mais sans doute pas encore assez. D'ailleurs, il est important de signaler que la médiation peut intervenir entre les membres d'une même famille concernant la prise en charge de l'un d'eux dans un établissement mais également en cas de difficultés entre la structure et la famille. 

AC : Je pense que la médiation familiale est un peu plus connue dans le champ du grand âge que du handicap. Les maisons de retraite sont assez familiarisées avec la question. On espère que notre activité va continuer à se développer et à se faire connaitre ! A titre d'exemple, nous réaliserons prochainement une présentation auprès de membres de l'Adapei de Loire-Atlantique.

H.fr : Sachant que la médiation est payante, comment un parent peut convaincre un ESMS de faire cet investissement ?
AV : Effectivement, le principe c'est que chaque personne paye sa part. Les établissements peuvent être à l'initiative de la demande de médiation lorsqu'ils estiment que la médiation peut être un moyen de régler les conflits avec les familles.

H.fr : Le vécu personnel du médiateur peut-il avoir un impact sur les médiations ?
AC : Normalement non mais cela peut avoir une incidence. Par exemple, étant personnellement concernée par le handicap, je me demande si cela m'aidera dans ma pratique ou, au contraire, si cela la compliquera. C'est la raison pour laquelle les médiateurs ont l'obligation d'effectuer des  analyses de pratique afin de les soutenir dans certaines de leurs frustrations et interrogations et d'améliorer leur pratique professionnelle.

H.fr : Quelles sont les satisfactions et les contraintes que vous apporte votre métier ?
AC : C'est avant tout pour permettre à des personnes de retisser des liens et d'avancer dans leur cheminement personnel. A contrario, je dirais que j'éprouve parfois une certaine frustration car j'aimerais donner des conseils mais ce n'est pas mon rôle. Nous sommes là pour soutenir les personnes, les interroger, les aider à préciser leurs propos mais en aucun cas nous ne pouvons leur dire clairement ce qu'ils devraient faire.

AV : Je vois la famille comme une cellule protectrice que le conflit peut mettre à mal. Ce qui me plaît, c'est d'être au cœur de la reconstruction du lien familial. C'est beaucoup plus satisfaisant que de les pousser à faire quelque chose auquel ils ne vont pas forcément adhérer et qui ne va donc pas durer dans le temps.

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