Meilleur pâtissier : Sophie, handicapée, régale les chefs!

Le Meilleur pâtissier reprend du service pour une 8e saison ! La recette de son succès ? Un casting insolite, à l'image de Sophie, en fauteuil, bien décidée à jouer des coudes pour soulever le trophée. Émission à déguster dès le 11 septembre 2019.

11 septembre 2019 • Par

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Le Meilleur pâtissier remet le couvert sur M6 avec un casting inédit ! Une candidate au mental d'acier et à l'humour désopilant débarque dans cette saison 8. Son nom ? Sophie Schalckens. Sa particularité ? Elle souffre de séquelles motrices et neuropathiques. Gare aux amalgames, elle n'est pas paraplégique ! C'est en septembre 2007 que sa vie a basculé. Visiteuse médicale, elle traverse la rue lorsqu'un automobiliste, préoccupé par son téléphone, la percute de plein fouet à 90 km/h. Il « fracasse » son corps, « brise » sa vie, et détale aussi vite qu'il est arrivé. On ne le retrouvera jamais... L'affaire est classée sans suite. Un terme épouvantable pour Sophie qui, elle, « a des tonnes de suites » : coma, dépression, idées noires... Mais, pour cette mère de six enfants, pas question de « déserter la planète » ! Vivre ou survivre ? Le choix est vite fait. Elle reprend sa vie en main, fait, tant bien que mal, le deuil de celle qu'elle était et accepte celle qu'elle est devenue. Son fauteuil roulant ? Un détail, selon elle, car ce qui la définit n'est pas son handicap mais sa passion pour la « bonne bouffe », un art qui se cultive de père en fille depuis des décennies. Près de 12 ans jour pour jour après son accident, elle compte bien faire honneur à ses aïeuls chaque mercredi, à 21h10, à compter du 11 septembre 2019. Mais, avant, quelques questions pour tenter de « cuisiner » cette concurrente haute en couleurs !

H.fr : Comment avez-vous connu cette émission ?
Sophie Schalckens : Comme de nombreuses personnes handicapées, mon parcours professionnel est assez chaotique. Une fois qu'on nous a collé cette étiquette, pas facile de trouver du travail ! Pour m'occuper, je passe beaucoup de temps devant la télévision et découvre la première saison du Meilleur pâtissier. Ça m'a tout de suite parlé...

H.fr : Il faut dire que la cuisine est une affaire de famille ?
SS : Absolument. Petite, je faisais beaucoup de gâteaux avec mon père. Je regardais la pâte virevolter, c'était magique ! Pour moi, la pâtisserie est un spectacle et, comme je suis issue d'une famille d'artistes, ça se marie bien. La famille Nougaro est une famille de bouffe ! Mon oncle était le chanteur Claude Nougaro, je ne voulais pas que ça se sache au début car je voyais déjà venir les commentaires du style « Elle a été pistonnée », et j'avais déjà trop à faire avec ceux qui prétendaient que j'avais été choisie en raison de mon handicap. Tout ça pour dire qu'avec un oncle célèbre, habitué aux restaurants gastronomiques, et un père ténor d'opéra, amateur de grande cuisine, je n'ai jamais connu les boîtes de conserve et ai été éduquée aux « cinq fruits et légumes par jour ». Ma mère n'aimant pas le sucre, mon père dé-sucrait tous les gâteaux. Quand j'ai entendu Mercotte dire qu'elle n'en était pas friande non plus, ça m'a fait tilt. Après tout, on ne bat pas des œufs avec ses pieds, je n'ai donc pas besoin de mes jambes pour pâtisser !

H.fr : Comment avez-vous été castée ?
SS : Fan de l'émission, je contacte Cyril Lignac sur les réseaux sociaux, en octobre 2018, en prenant soin de demander : « PS : Je n'ai jamais vu de personne handicapée dans l'émission, est-ce rédhibitoire ? ». Après de brefs échanges avec son équipe, une casteuse finit par me contacter, de façon assez directe : « C'est quoi votre problème ? » « Moi ? Je n'en ai aucun ! » Au fil des conversations, mon profil l'intéresse. C'est la première fois depuis mon accident que j'ai une relation sociale et non médicale. Ça me donne un souffle, une bulle d'énergie phénoménale. Quelques jours plus tard, elle me propose de participer à l'émission. « C'est d'accord mais je ne veux pas être plus avantagée ni plus handicapée que les autres. Et je ne suis pas un singe à qui on lance des cacahuètes donc, si ma participation tient du seul fait de mon handicap, ce n'est pas la peine ! » Une fois mes conditions posées, je prends part aux épreuves de sélection. Quand on m'annonce que je suis choisie, je tombe des nues. Pas parce que je suis la première personne handicapée à participer mais parce que je ne pensais pas avoir le niveau. Faire des gâteaux à ses enfants, c'est une chose, mais à des chefs étoilés... ce n'est pas de la tarte !

H.fr : Pourquoi avez-vous accepté ?
SS : J'en avais marre que mes enfants me tannent avec ça depuis des mois. Bon, ça c'est la réponse officieuse... Officiellement ? Je voulais apprendre, encore et encore. Avoir des critiques constructives des chefs et échanger avec d'autres passionnés. Lors de notre première rencontre, une participante s'est exclamée : « Oh, c'est génial ! », en me voyant. Après ce premier contact quelque peu maladroit, mon handicap est passé à la trappe. On parlait seulement gâteau ! A mon contact, les autres candidats ont appris ce qu'était une personne en fauteuil roulant et porteront, j'en suis sûre, un regard différent sur le handicap désormais.

H.fr : Comme dans le milieu professionnel, avez-vous eu droit à un aménagement de poste ?
SS : Complètement ! A cause de mon stimulateur médullaire (implant dans la moelle épinière relié à une pile, un peu comme un pacemaker, mais dans le postérieur !), je ne peux pas cuisiner à l'induction sous réserve que je m'écroule... L'équipe a donc installé une plaque de cuisson à gaz. Pour monter un dossier à la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), il faut des semaines, parfois des mois. Là, en un claquement de doigts, ils ont tout compris ! Ça m'a enlevé un poids énorme de voir qu'il existait des gens intelligents et bienveillants. La hauteur du plan de travail a aussi été adaptée, tout comme l'accès au frigo et aux ustensiles. Comme je cuisine assise, contrairement aux autres concurrents, je mets de la farine et des tas d'autres aliments partout sur mes vêtements... J'ai donc eu droit à des torchons et des tabliers supplémentaires. La classe ! Tous les petits détails qui me mettaient en difficulté ont été affinés au fil des épreuves. Dès la fin de la première émission, tout était réglé !

H.fr : Quelle place le handicap prend-il dans votre vie aujourd'hui ?
SS : J'ai un problème de motricité, oui, mais je ne me sens pas handicapée. C'est le regard des gens le plus handicapant. Pour moi, le pire des handicaps c'est la fainéantise ou la connerie. Ce n'est pas reconnu par la MDPH et il n'y a pas encore de médicament remboursé à 100 % pour la soigner... N'est pas handicapé qui croit ! Il y a des gens qui n'ont plus de jambes et font bien plus de choses que ceux qui en ont. Tout ça, c'est une histoire de deuil. Mais j'ai choisi le défi que m'offrait la vie, c'est quand même une chance, d'habitude on les subit.

H.fr : Comment qualifieriez-vous cette expérience ?
SS : Une aventure extraordinaire, une bouffée d'oxygène ! Si je pouvais, je la referais. C'est un ascenseur émotionnel perpétuel et, quand on en sort, cela nous poursuit même la nuit. J'ai longtemps rêvé de gâteaux ou encore que mon four tombait en panne et que j'avais de la farine plein les cheveux... C'est tellement intense ! Mais sortir de sa zone de confort, c'est confortable parce qu'on se sent vivant. On ne peut pas avancer si on ne se lance pas de défis. Peut-être que ma participation ouvrira des portes non seulement aux personnes qui ont des problèmes de mobilité mais aussi à celles qui n'en ont pas et freinent des quatre fers en se trouvant un tas d'excuses pour ne pas sauter le pas... Un conseil : osez, expérimentez, vivez !

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Cassandre Rogeret, journaliste Handicap.fr"

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