Ils sont prêts mais restent sur le banc de touche. Depuis leur unique participation aux Jeux paralympiques d'hiver de Nagano en 1998, les sportifs en situation de handicap mental ou psychique et les athlètes présentant des troubles du spectre de l'autisme n'ont jamais été réintégrés au programme hivernal.
Jeux paralympiques d'hiver 2030 : 28 ans d'absence
Une décision héritée des jeux de Sydney en 2000. C'est l'événement qui a, en effet, tout fait basculer. Lors de ces Jeux, l'équipe espagnole de basket-ball adapté a remporté la médaille d'or avant qu'on ne découvre que 10 des 12 joueurs n'avaient aucune déficience intellectuelle. Ils avaient simulé leur handicap pour gagner. Une histoire qui a inspiré le Film : Chacun pour tous, l'équipe de basket hors-normes ! Autre élément « expliquant » l'exclusion du sport adapté : la question de la classification. La déficience intellectuelle repose sur des critères spécifiques (QI, limitations adaptatives, âge d'apparition du trouble), évaluation plus complexe qu'en handisport (physique) où l'on mesure la force musculaire ou l'amplitude d'un membre. Après 2000, les systèmes de vérification ont été durcis. Aujourd'hui, les compétitions internationales Virtus appliquent ces protocoles, ce qui affaiblit l'argument technique contre leur intégration. Enfin, cela relève d'un choix pragmatique du Comité international paralympique (IPC) qui fonctionne avec des critères stricts : universalité (nombre de pays participants), viabilité logistique, système de classification robuste, équilibre du programme…
Si les catégories « déficience intellectuelle » ont retrouvé leur place aux Jeux d'été à Londres en 2012, l'hiver reste une porte close. À l'heure où la France s'apprête à accueillir les Jeux paralympiques d'hiver 2030, cette exclusion du « sport adapté », s'adressant en particulier aux personnes ayant des altérations des fonctions cognitives, mentales ou psychiques, interroge la promesse de Jeux « ouverts à tous ».
Sport adapté : des champions déjà au niveau mondial
Sur les pistes, pourtant, aucun retard. Les championnats du monde Virtus 2025, organisés à Tignes et Bessans, ont démontré que les infrastructures françaises homologuées par la Fédération internationale de ski sont adaptées, sans aménagement spécifique. Les performances parlent d'elles-mêmes : Thomas Girard, Mélanie De Bona, Clément Richard ou encore Axel Bringdal cumulent titres mondiaux et podiums en para ski alpin et nordique adapté. Inscrits sur liste ministérielle, ces athlètes de haut niveau répondent aux standards internationaux. « Nos sportifs ne demandent qu'une chose : être jugés sur leurs performances, comme n'importe quel autre champion », insiste Marc Truffaut, président de la Fédération française du sport adapté (FFSA). Reste une décision politique et institutionnelle de l'IPC et de la Fédération internationale de ski (FIS).
#Jeux2030Inclusifs : une mobilisation pour changer l'histoire ?
Face à ce qu'ils qualifient « d'injustice persistante », la Fondation Malakoff Humanis Handicap et la FFSA lancent la campagne #Jeux2030Inclusifs, une offensive médiatique soutenue par des personnalités telles que Patrick Montel, Philippe Candeloro ou encore Alexis Hanquinquant, champion paralympique de triathlon à Paris 2024. Objectif : interpeller l'opinion publique et peser sur les instances internationales. « Aucun sportif ne doit rester au bord de la piste en 2030 », plaide Pascal Andrieux, directeur général de la Fondation. Une pétition, déjà signée par plusieurs milliers de personnes et soutenue par des personnalités du sport, appelle à l'intégration des épreuves de sport adapté au programme paralympique. À quatre ans de l'échéance, les Alpes françaises pourraient devenir le théâtre d'un retour historique. Ou le symbole d'une occasion manquée. L'objectif dépasse d'ailleurs les sommets enneigés, puisqu'il s'agit aussi de plaider pour l'ouverture de nouvelles catégories aux Jeux d'été, notamment « pour les sportifs porteurs de trisomie 21 et les autistes du sport adapté, ainsi que de nouvelles disciplines ou épreuves. » ajoute Marc Truffaut.
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