« Aucun élève en souffrance psychique sans solution ». C'est l'engagement affiché par le gouvernement lors d'une mobilisation interministérielle début juin 2026 consacrée à la santé mentale, réunissant les ministres de la Santé, de l'Éducation nationale, du Numérique et de la Citoyenneté. Après une année 2025 placée sous le signe de la Grande cause nationale consacrée à la santé mentale, souvent critiquée pour son manque de mesures concrètes et reconduite en 2026, le gouvernement annonce une nouvelle série d'actions pour 2026 (Santé mentale, Grande Cause : du symbole aux actes en 2026 ? ).
Parmi les mesures phares annoncées : un accès prioritaire aux soins pour les enfants et adolescents repérés en souffrance psychique. Dès la rentrée 2026, lorsqu'un médecin scolaire, un infirmier, un psychologue ou un assistant social de l'Éducation nationale identifiera un jeune en difficulté, celui-ci pourra être orienté vers une structure adaptée de sa région dans des délais accélérés. L'objectif affiché est de garantir un rendez-vous avec une ressource en santé mentale dans les 48 heures lorsque la situation l'exige. Un système de « coupe-fil » organisé par les Agences régionales de santé (ARS) en cas de situation critique dans une école, un collège ou un lycée. « Repérer tôt et orienter vite, c'est protéger à la fois sa santé et son avenir scolaire », affirme Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale.
Psychiatrie : vers le « zéro contention » en 2030
L'autre annonce majeure concerne la psychiatrie. Le gouvernement fixe pour la première fois un objectif national de « zéro contention » à l'horizon 2030. Cette pratique consiste à immobiliser physiquement une personne hospitalisée, généralement dans un contexte de crise aiguë. Pour parvenir à cet objectif de diminution de la contention (réalisée avec succès dans certains pays européens, comme l'Espagne ou la Norvège), plusieurs leviers sont annoncés : cartographie nationale des pratiques, renforcement de la formation des professionnels à la désescalade, développement d'espaces d'apaisement dans les services psychiatriques, déploiement du programme « Quality Rights » de l'Organisation mondiale de la santé et reconnaissance de la pair-aidance. « Pour cela, ce n'est pas uniquement plus de professionnels, il faut un nombre de professionnels adaptés, il faut des locaux adaptés et il faut surtout une formation de toute l'équipe de l'aide-soignante au médecin » a annoncé Stéphanie Rist, ministre de la Santé, le 2 juin 2026 sur France Info.
Une orientation qui rejoint les revendications de nombreuses associations de défense des droits des personnes vivant avec des troubles psychiques. L'Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam) salue ainsi « une avancée majeure » et rappelle son engagement de longue date pour l'abolition de la contention. L'association prévient toutefois qu'elle sera « attentive à la traduction concrète de cette annonce sur le terrain ». Des instances comme le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) réclament également cette mesure depuis des années.
Handicap psychique : une approche plus globale
Au-delà des soins, le gouvernement veut agir sur les déterminants de la santé mentale à tous les âges de la vie et à tous les niveaux. Le bilan présenté met en avant plusieurs résultats encourageants face à l'urgence d'une crise majeure : 300 000 citoyens formés aux Premiers secours en santé mentale, une Maison des adolescents désormais présente dans chaque département et près de 1,8 million de bénéficiaires du dispositif MonSoutienPsy depuis son lancement. Entre 2022 et 2025, le nombre de patients accompagnés a été multiplié par cinq, passant de 109 798 à plus de 519 000 par an.
L'exécutif annonce également le renforcement des Maisons des adolescents « avec davantage d'antennes de proximité et des horaires élargis », la poursuite du plan de prévention du mal-être agricole (Santé mentale des agriculteurs : la MSA muscle sa prévention) et une offensive sur la protection des mineurs en ligne. Le gouvernement souhaite notamment instaurer une majorité numérique à 15 ans dès 2026, estimant que les réseaux sociaux constituent désormais un facteur reconnu de dégradation de la santé mentale des jeunes.
Une délégation dédiée pour inscrire la santé mentale dans la durée
Pour éviter que la santé mentale ne redevienne un sujet secondaire après la Grande cause nationale, une délégation à la santé mentale et à la psychiatrie sera créée auprès de la Direction générale de la santé. Sa mission : coordonner l'action des différents ministères et piloter une stratégie pluriannuelle. Reste désormais à transformer ces ambitions en réalité. Car si les annonces marquent une évolution notable des politiques publiques en faveur de la santé mentale, du handicap psychique et de la psychiatrie, les associations rappellent qu'elles devront s'accompagner d'effectifs suffisants et de moyens durables pour répondre à l'ampleur des besoins.
©Image Facebook Stéphanie Rist


