Santé mentale, Grande Cause : du symbole aux actes en 2026 ?

Reconduite en 2026, la santé mentale comme Grande Cause nationale ne peut plus se limiter à un affichage. Pour Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France, l'heure est à des mesures concrètes pour une psychiatrie en crise.

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« En 2026, il faut bien sûr parler santé mentale, mais il faut oser assumer parler psychiatrie. » Pour Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF), la reconnaissance de la santé mentale comme Grande Cause nationale en 2025 a permis de libérer la parole, certes. Mais elle n'a pas transformé la réalité des soins. Manque de praticiens, centres médico-psychologiques (CMP) saturés, ruptures de parcours… Les patients restent confrontés à des délais d'attente considérables et à des prises en charge discontinues. Entre 2019 et 2023, selon ses chiffres, les passages aux urgences pour motifs psychiatriques ont augmenté de 20 %, symptôme d'un système à bout de souffle. Un constat qui a poussé la FHF à demander la reconduction de cette Grande Cause en 2026. « Non pour répéter le symbole, mais pour exiger un passage à l'action » : financements renforcés, organisation clarifiée et stratégie nationale lisible. Demande acceptée mais à quel prix ?

Jeunes en détresse : une urgence de santé publique

L'alerte est particulièrement vive chez les 18-29 ans. Un jeune sur cinq déclare avoir vécu un épisode dépressif dans l'année ; chez les jeunes femmes, c'est une sur quatre. Pour Zaynab Riet, « nous avons une urgence de santé publique » qui impose « un pilotage interministériel ». La psychiatrie cumule les fragilités : démographie médicale sinistrée, déficit criant de pédopsychiatres, inégalités territoriales majeures. Dans certains départements, l'accès à un spécialiste relève du parcours du combattant. La FHF plaide pour « une politique structurée », garantissant un « accès équitable et continu aux soins, de l'enfance à l'âge adulte, en intégrant l'école, l'université, le médico-social et la ville ». Car la santé mentale ne se joue pas uniquement à l'hôpital. « 80 % des amissions se font en ambulatoire », résume la déléguée générale.

Attractivité, recherche et fin de la logique asilaire

Pour sortir de l'inertie, la FHF avance quelques propositions, notamment : renforcer l'attractivité des métiers (psychiatres, infirmiers, éducateurs), sanctuariser des financements dédiés et soutenir la recherche en psychiatrie. Dans un contexte budgétaire contraint, Zaynab Riet choisit un discours « d'efficience » : par exemple, « lutter contre les examens inutiles », « investir dans la prévention », « éviter les hospitalisations évitables ». « Un euro dépensé en santé doit être un euro utile à la santé. », martèle-t-elle. Mais attention à ne pas répondre à la crise par un simple empilement de lits, fait-elle savoir. « Ce que je ne voudrais pas, c'est voir une psychiatrie qui recrée une logique asilaire comme au XIXe siècle », prévient-elle. L'enjeu est ailleurs : « développer les dispositifs d'aller vers », favoriser le maintien dans l'environnement de vie et permettre à chacun de vivre dignement avec sa maladie ».

Un démarrage en demi-teinte…

En 2026, la Grande Cause nationale sera jugée à cette aune : transformer l'engagement en transformation réelle des parcours, au-delà du symbolique. Mais l'année ne commence pas sous les meilleurs auspices, avec la démission de Frank Bellivier, délégué interministériel à la santé mentale, psychiatre de formation, qui n'a, à ce stade, toujours pas été remplacé…

©Clodilde Costil

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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