Faire de la tyrolienne au milieu de la forêt tropicale en fauteuil roulant ? Mélanie, 32 ans, l'a fait. Tenter des « slams » en festival, checker le DJ star Martin Garrix, découvrir l'Amérique du Nord… Rien n'arrête cette baroudeuse parisienne, pas même les obstacles liés à l'accessibilité. « Quand je me dis que j'ai fait de la tyrolienne au Costa Rica en fauteuil et que ça n'a posé de problème à personne, à partir de là, tout est possible », sourit celle qui partage aujourd'hui son quotidien sur les réseaux sociaux sous le nom de Travel on the wheels.
En situation de handicap depuis un accident de voiture à l'âge de 16 mois, cette Parisienne refuse pourtant qu'on résume le fauteuil roulant à une limite. « Ça a parfois été plus compliqué, plus challengeant, mais à la fin, j'ai toujours réussi », assure-t-elle. Après des études d'architecture, elle réalise lors d'un voyage marquant en 2020 qu'elle ne veut plus « reprendre ce rythme de vie-là », déchantant sur la réalité du métier en situation de handicap, « surtout dans la capitale ». Elle décide alors de se reconvertir et de créer son entreprise de coaching voyage adapté.
Handicap : rendre le voyage enfin accessible
Son objectif ? Aider les personnes handicapées à voyager sans transformer chaque déplacement en parcours du combattant. Car derrière une simple réservation d'hôtel se cachent souvent des heures de vérifications. « Je regarde plusieurs sites, le site officiel, Google Maps, j'appelle directement les établissements… », explique Mélanie. Largeur des portes, présence de marches, douche accessible, accès aux transports : chaque détail compte pour éviter les mauvaises surprises.
Selon l'ONU, plus de 1,3 milliard de personnes vivent avec un handicap dans le monde, mais l'accessibilité touristique reste encore très inégale. Mélanie constate même un paradoxe : « Quand je pars en voyage, c'est souvent plus simple que dans ma vie quotidienne à Paris. » Elle cite notamment l'Amérique du Nord comme exemple d'inclusion plus naturelle. « Là-bas, le handicap ne pose pas de problème dans l'organisation. »
« Le plus difficile, ce sont souvent les barrières mentales »
Au-delà des conseils pratiques, la jeune femme accompagne aussi les voyageurs pour dépasser leurs peurs et leurs croyances. « Beaucoup pensent qu'ils ne pourront jamais faire certaines choses », déplore-t-elle. Son rôle consiste alors à montrer ce qui est possible et à transmettre les « codes » du voyage accessible : quelles autorisations demander, quels équipements prévoir, comment anticiper un transfert ou un transport. « J'essaie d'être un peu le modèle que je n'ai pas eu plus jeune », confie-t-elle. Une démarche qui séduit particulièrement les personnes en fauteuil roulant manuel, souvent confrontées à un manque d'informations fiables. « Si tu n'as pas les bonnes infos, tu peux te retrouver coincé sur place et gâcher une expérience qui aurait pu être incroyable. »
Tourisme accessible : « Dites simplement ce qui existe »
Pour Mélanie, une grande partie du problème pourrait pourtant être réglée simplement. Elle appelle les professionnels du tourisme à mieux communiquer sur leurs infrastructures accessibles. « Vous avez une chambre PMR ? Un passage assez large pour un fauteuil ? Dites-le clairement », insiste-t-elle.
Car selon elle, l'accessibilité ne passe pas uniquement par de grands travaux, mais aussi par une meilleure circulation de l'information. « Si tu as envie de faire quelque chose aujourd'hui, il y a presque toujours une solution », conclut-elle. Une philosophie qui transforme peu à peu le voyage en espace d'émancipation pour de nombreuses personnes en situation de handicap.
©Travel on the wheels / Aflo Images Canva


