Handicap.fr : Dix ans après la création d'Inclusiv'Day, quels sont selon vous les principaux défis de l'inclusion aujourd'hui ?
Danielle Deruy : Inclusiv'Day est un événement qui s'est d'abord construit autour de l'achat inclusif. Il a donc toujours été ancré avant tout dans l'action. Le premier défi pour l'avenir est bien celui de l'action : on peut avoir défini une trajectoire parfaite et pris en compte toutes les situations, mais si l'on n'a pas les moyens d'agir, on ne progresse pas. Et pour obtenir des budgets, il faut un discours de la preuve. Le deuxième défi est celui de l'emploi. Les personnes en situation de handicap subissent un taux de chômage deux fois plus élevé que la moyenne. Il faut résister au « backlash » sur l'inclusion : ces derniers mois, le recul de certains grands groupes internationaux sur ces questions ou encore les restrictions budgétaires peuvent conduire à minorer ces enjeux, jugés moins prioritaires.
Or, toutes les études montrent que les organisations qui réussissent sont celles qui investissent dans la performance humaine. Cette performance repose notamment sur la prise en compte du handicap, des situations d'aidance et de la santé au travail. C'est tout le sens de notre fil rouge cette année, « La force de l'engagement » : nous voulons réaffirmer et démontrer que lorsque les vents nous sont contraires, l'inclusion constitue un véritable avantage concurrentiel, au-delà même de son engagement sociétal.
H.fr : Quels sont les sujets qui reviennent le plus cette année chez les entreprises participantes ?
DD : Ils sont nombreux. Je pense notamment à la question de l'avenir des politiques handicap après la réforme de l'Obligation d'emploi des travailleurs handicapés (OETH) : comment continuer à innover dans ce nouveau cadre, mais aussi comment « désiloter » ou non la fonction handicap, qui concerne les ressources humaines (RH), la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), les achats, la diversité, équité et inclusion (DEI), la conformité… avec des regards et des enjeux parfois différents.
Nous voyons également émerger un sujet plus global de gouvernance : comment adapter les organisations pour que les situations de vie des collaborateurs fassent partie du fonctionnement normal du collectif et ne soient plus considérées comme une succession de cas particuliers ? C'est particulièrement nécessaire dans un contexte de vieillissement progressif de la population active. Enfin, les politiques d'achat des grandes organisations doivent parvenir à concilier inclusion, tensions sur les prix et exigences de conformité. La filière inclusive pourra-t-elle faire de la CSRD (corporate sustainability reporting directive)* une opportunité ?
H.fr : Chaque édition apporte son lot de thématiques émergentes. Cette année, quels sont les nouveaux visages de l'inclusion (santé mentale, neuroatypies, accessibilité numérique, intelligence artificielle…) que vous mettez particulièrement en avant et pourquoi ?
DD : Nous faisons de l'aidance l'un des piliers du salon car c'est un enjeu massif et permanent : un salarié sur cinq est concerné. Les décideurs ont besoin de repères et d'exemples inspirants pour s'engager davantage sur ces questions. Nous mettons également l'accent sur la santé au travail autour de deux dimensions. D'abord, la prévention et le maintien dans l'emploi : la France dispose de nombreux dispositifs, mais les maladies professionnelles et les risques psychosociaux continuent d'augmenter.
Ensuite, la santé mentale, qui est également un sujet majeur cette année avec la Grande cause nationale, avec des enjeux de détection, mais aussi de respect de la vie privée. Nous aborderons également l'intégration des troubles du neurodéveloppement (TND) dans les organisations. Enfin, nous nous demanderons si l'intelligence artificielle peut contribuer à rendre le travail plus inclusif, avec des recherches inédites présentées sur ce sujet. Nous traitons la plupart de ces sujets émergents avec une même ambition : donner des repères, des idées et des solutions concrètes pour permettre aux entreprises de passer à l'action.
H.fr : Inclusiv'Day s'est imposé comme le rendez-vous de référence sur l'inclusion. Si vous deviez analyser la maturité des entreprises aujourd'hui, diriez-vous qu'on est encore dans la sensibilisation ou que le passage à l'action concrète est enfin généralisé ?
DD : Il nous paraît difficile de porter un jugement global, tant la situation est hétérogène selon les entreprises. Certaines sont très avancées, tandis que d'autres sont encore dans une phase de sensibilisation ou de structuration de leur démarche.
H.fr : Si vous deviez convaincre un DRH ou un référent handicap qui hésite encore à venir, que lui diriez-vous ?
DD : Je lui dirais qu'en une journée, il peut mettre à jour son agenda réglementaire, identifier les signaux faibles, s'inspirer des bonnes pratiques d'où qu'elles viennent, faire le plein d'arguments pour défendre son budget, mais aussi rencontrer des partenaires et découvrir des solutions concrètes. Nous mettrons également en avant les innovateurs du secteur, et ils sont nombreux. Pour cette 10e édition, Inclusiv'Day attend 6 000 participants, avec deux scènes de conférences et plus de 50 ateliers dédiés aux solutions.
* Adoptée par le Parlement et le Conseil de l'Union européenne en décembre 2022, la CSRD vient remplacer et étendre la directive NFRD (« non-financial reporting directive ») en renforçant les obligations des entreprises en termes de publication d'informations sur les questions environnementales, sociales, de gouvernance (ESG).
©AEF / Inclusiv'Day
Inclusiv'Day : " L'inclusion, un levier de performance "
À l'occasion des 10 ans d'Inclusiv'Day, Danielle Deruy, directrice générale du groupe AEF, revient pour Handicap.fr sur les défis actuels de l'inclusion, l'emploi, l'aidance, la santé mentale et les leviers d'action pour les entreprises.
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