Consulter pour une dépression, sans penser à raconter toutes ces périodes où l'on dormait peu, débordait d'énergie ou multipliait les projets… Le trouble bipolaire peut passer inaperçu lorsque les épisodes d'exaltation sont méconnus. Selon la Haute Autorité de santé (HAS), dix ans s'écoulent en moyenne entre le début de la maladie et un traitement adapté. Une attente qui fragilise les relations, l'emploi et l'autonomie et peut entraîner un handicap psychique.
Un test pour certains patients
Un test sanguin, commercialisé en France depuis 2024 sous le nom myEDIT-B, aide à distinguer une dépression isolée ou récurrente, dite « unipolaire », d'une dépression liée à un trouble bipolaire. Développé par l'entreprise française de biotechnologie Alcediag et distribué par les laboratoires Synlab, il recherche dans le sang des modifications de l'ARN, une molécule qui intervient notamment dans la fabrication des protéines. Un algorithme croise ensuite ces résultats avec des informations cliniques sur le patient. Le test s'adresse uniquement aux adultes présentant un épisode dépressif modéré ou sévère, déjà traités. Il ne constitue donc pas un dépistage destiné à toute personne qui s'interroge sur son humeur. Prescrit par un psychiatre ou un généraliste, il fournit un résultat au médecin sous quatre semaines maximum. Selon Synlab, son prix est de 899 euros, sans remboursement par l'Assurance maladie. Pour autant, ce test ne permet pas, à lui seul, de conclure. Son marquage CE autorise sa commercialisation ; il ne signifie pas qu'il est recommandé en routine ni que son bénéfice dans le parcours de soins est établi.
Des résultats prometteurs mais des limites
Une étude européenne publiée le 5 octobre 2026 dans BMJ Mental Health, menée auprès de 393 patients en dépression, livre des résultats encourageants. Le test reconnaît le trouble bipolaire chez environ huit personnes atteintes sur dix. Il produit toutefois des « faux négatifs » et des « faux positifs ». Autrement dit, il peut passer à côté d'un trouble bipolaire ou, à l'inverse, suggérer cette maladie chez une personne ayant une dépression unipolaire. Le résultat doit donc toujours être confronté à l'évaluation du psychiatre. Il reste toutefois à démontrer que le test permet d'obtenir plus rapidement le bon diagnostic et d'améliorer les soins. Le 28 mars 2024, l'Association française de psychiatrie biologique et de neuropsychopharmacologie indiquait qu'elle « ne recommande pas la prescription de tests diagnostiques en psychiatrie en l'état actuel des connaissances ». Cette position avait été formulée avant la publication de la nouvelle étude.
Handicap psychique et accès aux soins
« Le diagnostic est avant tout clinique », rappelle la HAS dans ses recommandations de 2015. Ainsi, le psychiatre prend le temps de retracer l'histoire de la personne, ses épisodes dépressifs, ses périodes d'énergie inhabituelle et ses antécédents familiaux. Plusieurs consultations peuvent être nécessaires pour éclairer ce parcours. Avec l'accord du patient, les proches peuvent apporter un autre regard sur des changements parfois oubliés ou minimisés. Consigner ses variations d'humeur et de sommeil, ainsi que leurs effets sur la vie quotidienne, aide à préparer ces échanges. Mais nul besoin d'attendre une prise de sang pour parler de ses difficultés à son médecin et s'orienter vers des soins adaptés pour préserver ses relations, ses activités et son autonomie.
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