Bipolarité : 5 idées reçues à déconstruire

Humeur changeante, dangerosité, incompatibilité avec le milieu pro... La bipolarité reste entourée de nombreuses idées fausses. Décryptage en cinq points pour mieux comprendre une maladie qui touche entre 1% et 2,5% des Français.

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Jeune femme qui regarde au loin.

1) « Être bipolaire, c'est changer d'humeur tout le temps »

C'est sans doute l'idée reçue la plus répandue… et la plus trompeuse. Non, la bipolarité n'est pas une simple « versatilité » de l'humeur que l'on pourrait ressentir après une mauvaise journée. Anciennement appelée psychose maniaco-dépressive, la bipolarité est une pathologie psychiatrique chronique, caractérisée par une dérégulation biologique, qui se manifeste par des épisodes distincts de dépression et de manie (ou hypomanie), pouvant durer plusieurs jours, semaines, voire mois. Comme le souligne l'association Unafam, « ce n'est pas un trait de caractère, mais une rupture profonde avec l'état habituel ». Entre ces phases, certaines personnes retrouvent un état stable pendant longtemps. C'est ce qu'on appelle les périodes d'euthymie.

2) « La bipolarité est rare »

Faux. En France, entre 1% et 2,5% la population est concernée, en considérant toutes les formes de troubles bipolaires, soit entre 650 000 et 1 600 000 personnes. Pourtant, la maladie reste sous-diagnostiquée. En moyenne, il faut entre 7 et 10 ans pour poser un diagnostic fiable. Un retard qui s'explique notamment par la confusion avec d'autres troubles, comme la dépression unipolaire.

3) « On ne peut pas travailler avec une bipolarité »

Cette idée contribue fortement à la stigmatisation. Avec un suivi adapté, de nombreuses personnes bipolaires travaillent, mènent des projets et occupent des postes à responsabilité.

« Le traitement et l'accompagnement sont les principaux leviers du rétablissement et permettent une stabilisation durable », soulignent les professionnels. L'enjeu réside surtout dans l'adaptation des rythmes et la reconnaissance du handicap (via une RQTH), encore trop peu mobilisée.

4) « Les personnes bipolaires sont dangereuses »

Non. Cette croyance alimente la peur et l'exclusion. Les personnes vivant avec une bipolarité ne sont pas plus violentes que le reste de la population. En revanche, elles sont davantage exposées à des risques pour elles-mêmes, notamment en phase dépressive (isolement, idées suicidaires). Le risque de violence est majoritairement dirigé vers soi : environ 25 % à 50 % des personnes bipolaires font au moins une tentative de suicide au cours de leur vie, avec des variations selon les études. « La stigmatisation tue plus que la maladie elle-même en retardant l'accès aux soins », alerte le milieu médical. D'où l'importance d'un suivi médical et d'un entourage informé.

5) « Les traitements "changent la personnalité" »

Les traitements visent à stabiliser les troubles de l'humeur, pas à changer la personnalité ou ni à transformer les patients en zombies. S'ils peuvent nécessiter des ajustements, ils permettent surtout de retrouver un équilibre et une qualité de vie. « L'objectif est de permettre à la personne d'être elle-même, sans les extrêmes de la maladie », résument les spécialistes. Le but n'est pas d'effacer les émotions, mais de lisser les pics pathologiques. Couplée à une hygiène de vie stricte (sommeil régulier, éviction des toxiques) et à la psychoéducation, la prise en charge permet aujourd'hui à une majorité de patients de mener une existence épanouie.

Mieux comprendre pour mieux inclure

Derrière ces idées reçues, une réalité : la bipolarité reste mal connue, y compris dans le monde du travail. Informer, déconstruire les clichés et favoriser l'accès aux soins sont des leviers essentiels pour améliorer le quotidien des personnes concernées… et changer durablement le regard sur la santé mentale.

© Canva / Image générée par IA

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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