Vincent Lambert : crime d'Etat dans un hôpital bunkérisé ?

L'affaire Vincent Lambert, symbole du débat sur la fin de vie en France, pourrait connaître son épilogue à partir du 20 mai 2019 avec l'arrêt programmé des traitements. Son hôpital, bunkérisé, se prépare...

19 mai 2019 • Par

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Par Dominique Charton

Selon une source médicale, ce protocole de fin de vie pourrait durer de deux à quatre jours et comprendre, outre l'arrêt des machines à hydrater et alimenter, une sédation "contrôlée, profonde et continue" de cet homme aujourd'hui âgé de 42 ans, ainsi qu'une prise d'analgésiques "par précaution". Farouchement opposés à l'arrêt du traitement, les parents du patient appellent à un rassemblement devant l'hôpital Sébastopol, à Reims, le 19 mai dès 15h pour "supplier" les médecins "de continuer à nourrir et hydrater" leurs fils.

Une famille déchirée

Cette famille est déchirée : d'un côté les parents, Viviane (73 ans) et Pierre (90 ans), fervents catholiques, ainsi qu'un frère et une soeur; de l'autre l'épouse de Vincent, Rachel, six frères et soeurs et son neveu François dénoncent un "acharnement thérapeutique". Depuis 2013 et un premier arrêt des soins, stoppé sur décision judiciaire, les parents ont multiplié les recours devant maintes juridictions. L'un des derniers en date, devant le Conseil d'Etat, s'est conclu en avril par un énième rejet, ouvrant la voie à un nouvel arrêt des soins. Les avocats des parents ont aussi saisi un organisme de l'ONU, le Comité des droits des personnes handicapées (CDPH), qui a demandé deux fois, le 3 et le 17 mai, à la France de ne pas suspendre les soins dans l'attente de l'examen du dossier sur le fond par ses soins. Mais la France répète que ces mesures conservatoires "sont dépourvues de caractère contraignant" et met en avant le "droit du patient à ne pas subir d'obstination déraisonnable". La Conférence des évêques (CEF) s'est étonnée le 17 mai de la "précipitation" à conduire "vers la mort" Vincent Lambert, et interroge : "Pourquoi ne pas attendre la réponse sur le fond de la part du Comité de l'ONU ?" Selon le professeur de droit public Jean-Philippe Derosier, l'avis du CDPH revêt une portée "symbolique" mais n'a pas de "valeur contraignante". Le 18 mai, les avocats des parents ont encore imploré Emmanuel Macron de faire maintenir les traitements dans une lettre ouverte, qualifiant la mort programmée du patient de "crime d'Etat commis au prix d'un coup de force contre l'Etat de droit".

Un hôpital bunkerisé

Aucune information ne filtre sur le dispositif de sécurité concernant la mise en place de ce protocole toujours controversé. Seule certitude : aucune entrée ne sera autorisée sur le site de Sébastopol, déjà soumis à des conditions d'accès draconiennes depuis que l'affaire Lambert a pris cette dimension. "Je ne vois pas pourquoi il y aurait des débordements" devant l'hôpital, estime l'un des avocats des parents, Me Jean Paillot. Du côté de la famille de Vincent Lambert favorable à l'arrêt des traitements, certains expriment la crainte de voir des gens s'enchaîner aux grilles de l'enceinte de l'hôpital ou même tenter d'enlever Vincent Lambert. La chose paraît cependant peu vraisemblable tant le service des soins palliatifs et de l'unité "cérébrolésés" que dirige le Dr Vincent Sanchez, qui a annoncé le 10 mai à la famille l'interruption des traitements, est en lui-même un bunker hermétique au sein du site Sébastopol.

L'église s'en mêle

Dans son livre Ma vérité sur l'affaire Lambert paru en 2015, le Pr Éric Kariger, l'ancien médecin de Vincent Lambert de 2009 à 2014, décrit ainsi ses conditions d'hospitalisation : caméra à l'entrée de sa chambre, porte équipée d'une serrure capable de tracer les entrées et les sorties, rondes, vérification de l'identité des visiteurs. "Rajouter du temps, c'est rajouter de la souffrance à Vincent Lambert, à sa famille, à l'équipe soignante", estime le Dr Kariger, toujours favorable à l'arrêt des traitements. Chrétien revendiqué, il s'étonne de la position récente de l'archevêque de Reims. "Les spécialistes semblaient s'accorder sur le fait que M. Vincent Lambert, si dépendant soit-il depuis son accident, n'est pas en fin de vie. Tout en saluant l'engagement des équipes du CHU de Reims, on peut s'étonner que M. Lambert n'ait pas été transféré dans une unité spécialisée dans l'accompagnement des patients en état végétatif", écrivait Mgr Eric de Moulins-Beaufort dans un communiqué le 13 mai. Une "Prière à Vincent Lambert" sera aussi proposée dimanche à la lecture dans toutes les églises du diocèse de Reims. Ses derniers mots : "Prions pour que notre société française ne s'engage pas sur la voie de l'euthanasie".

Dernière minute le 19 mai

Les parents de Vincent Lambert vont déposer de "nouveaux recours" le 20 mai, jour du début programmé de l'arrêt des traitements auquel ils s'opposent, ont annoncé leurs avocats la veille sans préciser devant quelle juridiction. "Les parents de Vincent Lambert saisissent également les autorités et tribunaux compétents d'une plainte disciplinaire aux fins de radiation du docteur Sanchez ainsi que de poursuites pénales à son encontre", ajoutent dans un communiqué Jean Paillot et Jérôme Triomphe, à propos du médecin dirigeant le service des soins palliatifs et l'unité "cérébrolésés" de l'hôpital Sébastopol de Reims où il est hospitalisé.

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