« J'ai découvert que le métier de pilote était interdit aux personnes handicapées. » La phrase bouscule comme une turbulence. À 16 ans, après un accident d'avion de tourisme dont elle est la seule survivante, Dorine Bourneton se retrouve paraplégique et en fauteuil roulant. Son rêve d'aviation semble s'écraser au sol. Pourtant, celle qui a commencé à voler à 15 ans refuse l'assignation. « Mon combat, ça a été de vouloir reprendre les commandes d'un avion pour pouvoir poursuivre mon rêve de devenir pilote et retrouver dans le ciel cette liberté finalement que j'avais perdue. » Elle se bat pour faire évoluer la réglementation, ouvre la voie aux pilotes en situation de handicap et devient la première femme en situation de handicap au monde pilote de voltige. La peur ? « On l'utilise justement comme une énergie pour aller au-delà de nous-mêmes. » Une force de reconstruction.
"Voltige", un renversement du regard
Aujourd'hui, c'est sur scène qu'elle poursuit son envol. Dans Voltige, créé avec le comédien et metteur en scène Éric Métayer, son compagnon, Dorine Bourneton raconte « [son] combat pour la vie, pour exister ». Sur les planches, elle ne se contente pas de raconter son parcours ; elle invite à une véritable renaissance, prouvant que la peur peut être sublimée. La pièce, à l'écriture poétique, explore également le regard que la société porte sur les personnes en situation de handicap et celui qu'elles portent sur elles-mêmes. Particularité scénique forte : deux danseurs vêtus de noir, dont le visage est voilé, inspirés des kuroko du théâtre japonais, rendent les valides invisibles. « Ce sont les valides qui deviennent invisibles. Et c'est la personne handicapée qui est visible sur scène. » Emploi, place sociale, sexualité : aucun sujet n'est épargné, pas même les « frictions avec les parents ». « Au bout d'un moment, on ne voit plus le handicap. Enfin, on le voit, mais on le comprend de l'intérieur. » L'émotion affleure, l'empathie s'installe.
Un message universel au Petit Montparnasse
À l'affiche du Théâtre du Petit Montparnasse à Paris jusqu'au 26 avril 2026, Voltige touche toutes les générations. Un spectateur de 14 ans lui confie avoir ressenti « par trois fois » des frissons, une fierté pour la voltigeuse désormais comédienne. « Le message est universel. Il parle à tous. Il célèbre la vie, l'amour de la vie, la résilience, la renaissance. » La dernière phrase du spectacle résonne comme un manifeste : « On a tous des ailes. Elles sont parfois bridées, brisées, atrophiées ou blessées, mais elles sont là et il faut avoir la force de les déployer. »
©Dorine Bourneton - Linkedin


