Au Maroc, Arnaud n'imaginait pas que ses vacances s'achèveraient dans une chambre d'hôpital. Depuis l'adolescence, il vit avec une hypertension artérielle sévère. Une maladie qu'il connaît bien, qu'il soigne chaque jour et qui, jusque-là, ne l'avait jamais empêché de voyager. Cette fois pourtant, son état nécessite une hospitalisation. L'urgence médicale est finalement jugulée. C'est alors qu'une autre inquiétude s'invite. Les soins seront-ils remboursés ? Faudra-t-il avancer des sommes importantes ? Son assurance considérera-t-elle que cette hospitalisation est liée à une maladie connue avant son départ ?
Tous les handicaps ne voyagent pas en fauteuil roulant
Ces questions, Arnaud est loin d'être le seul à se les poser. Lorsqu'on évoque le handicap en voyage, on pense spontanément au fauteuil roulant, au transport d'un matériel médical ou à l'accessibilité des lieux de vacances. Pourtant, les difficultés concernent tout autant les personnes vivant avec un handicap, qu'il soit visible ou invisible, que celles atteintes d'une maladie chronique. Hypertension artérielle sévère, épilepsie, sclérose en plaques, insuffisance cardiaque, maladie de Crohn, diabète… Autant de pathologies ou de situations dans lesquelles une complication de santé peut transformer un séjour en casse-tête médical, administratif et financier.
Dans un article publié en juillet 2025, France assos santé rappelle que les problèmes de santé déjà diagnostiqués sont souvent concernés par des exclusions dans les contrats d'assurance voyage. Florence Navattoni, coordinatrice adjointe de Santé info droits, le confirme : « Nous avons régulièrement des appels de personnes malades qui cherchent des recommandations sur les assurances voyage ». Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères recommande lui aussi de vérifier, avant le départ, les garanties d'assurance et d'assistance, notamment hors d'Europe où les frais médicaux peuvent atteindre des montants très élevés. Derrière le mot « assurance voyage » se cachent en réalité plusieurs garanties qui ne répondent pas aux mêmes problématiques.
Carte bancaire, assurance, assistance... qui fait quoi ?
Premier réflexe avant le départ, vérifier ce que couvre réellement sa carte bancaire ou son contrat d'assurance voyage. Une confusion est fréquente. L'assurance indemnise certaines dépenses prévues au contrat, comme des frais médicaux, une annulation ou la perte de bagages. L'assistance, elle, intervient dans l'urgence. Elle peut organiser un rapatriement, orienter le voyageur vers un établissement de soins ou mettre en place une aide sur place. Les deux sont complémentaires, mais leurs garanties, leurs plafonds et leurs exclusions varient fortement.
Encore faut-il savoir quand elles s'appliquent. Certaines garanties de carte bancaire ne fonctionnent que si le voyage a été réglé avec cette carte. D'autres sont limitées dans le temps ou plafonnées à des montants insuffisants au regard des frais médicaux pratiqués dans certains pays. Pour les personnes vivant avec une maladie chronique, le vrai sujet se cache souvent dans les exclusions. Florence Navattoni alerte ainsi sur un piège fréquent : « Beaucoup de gens malades contractent des assurances voyage sans savoir que s'ils ont un problème lié à leur pathologie sur place, ils n'auront droit à aucune prise en charge par l'assurance ».
Maladie chronique, attention à l'état antérieur
C'est l'un des points les plus sensibles. De nombreux contrats excluent les conséquences d'une maladie, d'une blessure ou d'un état de santé préexistant. Autrement dit, une pathologie diagnostiquée ou traitée avant le départ peut limiter, voire empêcher, l'intervention de l'assurance si le problème rencontré pendant le séjour lui est rattaché. Les formulations des contrats sont parfois très larges. France assos santé cite par exemple des exclusions visant les « conséquences médicalement prévisibles » de maladies préexistantes diagnostiquées ou traitées, ou encore les complications d'une maladie constatée avant la réservation du voyage. L'association souligne aussi qu'un passage à l'hôpital, une pompe à insuline, une reconnaissance en affection de longue durée ou des soins programmés peuvent, selon les contrats, peuvent suffire à justifier une exclusion.
Le sujet ne concerne donc pas seulement les personnes dont l'état de santé paraît instable. Il touche aussi celles qui vivent depuis longtemps avec une maladie contrôlée. Une bénévole citée par France assos santé raconte avoir relu le contrat de ses parents, âgés et fragilisés par des problèmes de santé, après la réservation d'un voyage. Son constat est sans appel : « Les garanties excluaient toutes les situations qui justement les inquiétaient le plus ».
Europe ou hors Europe, les règles changent
La destination compte autant que le contrat. Dans l'Union européenne, mais aussi dans l'Espace économique européen, en Suisse ou au Royaume-Uni, la Carte européenne d'assurance maladie (CEAM) permet d'accéder aux soins médicalement nécessaires dans les mêmes conditions que les assurés du pays visité. Le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (CLEISS), organisme public d'information sur la protection sociale à l'international, précise qu'elle couvre également les maladies chroniques ou préexistantes, à condition que le séjour n'ait pas pour but de se faire soigner.
Mais la CEAM ne remplace pas une assurance voyage. Le CLEISS rappelle qu'elle ne couvre pas le sauvetage ni le rapatriement. Hors Europe, la prudence doit être renforcée. Selon les pays, la caisse d'assurance maladie peut rembourser des soins imprévus au retour, mais il s'agit d'une possibilité et non d'une obligation. Le rapatriement sanitaire, lui, n'est pas pris en charge par l'Assurance maladie.
Fauteuil roulant, matériel médical, aidant... que prévoit le contrat ?
Pour les personnes à mobilité réduite, un fauteuil roulant, un scooter de mobilité, un dispositif respiratoire ou une batterie ne sont pas de simples bagages. Leur perte ou leur détérioration peut rendre le séjour impossible. Avant de partir, il faut donc vérifier si les aides techniques sont couvertes à leur valeur réelle, avec quels plafonds, quelles franchises et quelles démarches en cas de dommage pendant le transport.
La question du rapatriement mérite aussi d'être posée précisément. Qui décide du retour ? L'aidant ou le proche accompagnant est-il pris en charge ? Le matériel médical revient-il avec la personne ? Qu'en est-il d'un chien d'assistance ? Ces détails paraissent secondaires avant le départ. Ils deviennent essentiels en cas d'urgence.
Les questions à poser avant de partir
Avant de boucler sa valise, mieux vaut donc interroger son assureur ou son organisme d'assistance par écrit. Mon handicap ou ma maladie chronique sont-ils couverts ? Les complications liées à mon état de santé peuvent-elles être exclues ? Les aides techniques sont-elles indemnisées à leur valeur réelle ? Quels sont les plafonds de remboursement des frais médicaux ? Le rapatriement est-il inclus ? Mon accompagnant est-il couvert ? Et que se passe-t-il si je dois annuler le voyage pour aggravation de mon état de santé ? Autant de questions qui peuvent (doivent) être posées en amont et dont les réponses dépendent vraiment du cas par cas.
Pour Catherine Simonin, patiente-ressource bénévole à la Ligue contre le cancer, citée par France assos santé, l'enjeu dépasse largement les cas individuels : « Au vu du nombre de personnes que cela représente, on pourrait imaginer que les exclusions soient obligatoirement notifiées très clairement avant toute souscription d'une assurance voyage ».
Préparer son voyage lorsqu'on vit avec un handicap ou une maladie chronique, ce n'est pas réduire l'horizon. C'est, au contraire, se donner les moyens de partir plus librement, sans découvrir trop tard que la protection promise ne couvre pas la situation redoutée. Le voyage commence aussi là, dans ces questions posées avant le départ, pour que l'imprévu reste une aventure et ne devienne pas une épreuve.
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