1000 ambassadeurs boostent l'accessibilité des commerces?

D'ici fin 2022, 1 000 jeunes en Service civique inciteront les petits commerçants à rendre leur établissement accessible. Ce dispositif des "ambassadeurs de l'accessibilité" est ouvert aux jeunes handicapés jusqu'à 30 ans et cumulable avec l'AAH.

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DERNIERE MINUTE DU 3 JUIN 2021
« Sensibiliser les commerces est un levier qui peut être intéressant, a réagi le Collectif handicaps, à la condition que les jeunes soient dûment formés et que les commissions communales d'accessibilité soient pleinement associées. Si ces conditions minimales ne sont pas réunies, nous risquons de voir le dispositif se résumer en une opération de communication. » Mais, selon ce collectif qui réunit une cinquantaine d'associationS, ce seul dispositif « ne peut suffire pour lutter contre une discrimination ». Il aurait préféré que « les ambassadeurs de l'accessibilité soient tous les membres du Gouvernement » !      


ARTICLE INITIAL DU 25 MAI 2021
Des jeunes en Service civique vont être déployés sur les territoires pour aller à la rencontre des commerces, artisans et autres petits établissements recevant du public (ERP) dits de « 5e catégorie » d'ici fin 2022. Objectif ? Les encourager à leur mise en accessibilité. L'opération « Ambassadeurs de l'accessibilité » est lancée officiellement par Sarah El Haïry, secrétaire d'Etat à la Jeunesse, et Sophie Cluzel (Handicap) le 25 mai 2021. Ce lancement national aurait été ralenti par les confinements successifs mais, en cette période où « les terrasses et lieux de culture rouvrent, où la vie sociale reprend », le gouvernement entend « redonner espoir » et « faire progresser l'accessibilité universelle »... « Enfin ! », et c'est la secrétaire d'Etat au Handicap elle-même qui le dit. Déjà expérimenté dans treize territoires, ce dispositif est maintenant élargi dans toute la France, avec une perspective importante, celle de Paris 2024 qui, selon Sophie Cluzel, « offre une opportunité de transformation de nos espaces », cette action étant intégrée au label Terre de jeux qui mobilise de nombreuses villes en France.  

Bonne volonté mais défaut d'infos ?

Aux manettes, mille jeunes, « au minimum, mais davantage s'il le faut », selon Béatrice Angrand, présidente de l'Agence du service civique. Le dispositif se veut « simple ». Ces ambassadeurs iront sur le terrain, à la rencontre des gestionnaires d'établissements. Agissant en binômes, équipés d'une tablette, ils ont deux missions. Tout d'abord les informer et sensibiliser mais aussi les conseiller sur les aides auxquelles ils peuvent prétendre pour se mettre en conformité. Selsabil, une volontaire, témoigne que « les commerçants ont la volonté de rendre leur commerce accessible mais ne savent pas toujours comment s'y prendre ». Le gouvernement rappelle que, « pour les établissements de 5e catégorie, des fonds de soutien au niveau local et départemental existent qui peuvent être débloqués sur dossier », encourageant à se rapprocher du référent handicap présent dans chaque DTD (Direction technique départementale). « Il y a beaucoup d'aides qui rendent l'accessibilité possible mais très peu d'info », confirme Yann Jondot. Lui-même paraplégique, il a été désigné ambassadeur des ambassadeurs de l'accessibilité en 2018. Ancien maire de Langoëlan (Bretagne), il a sillonné la Bretagne « pour expliquer aux maires ce qu'est la qualité d'usage ».

Une plateforme en open data

En parallèle, ces ambassadeurs doivent recenser, pour chaque établissement visité, son niveau d'accessibilité, afin d'alimenter une base de données sur Acceslibre.info (en lien ci-dessous). Cette plateforme propose de fournir des détails très « concrets », cinq à six critères de base, comme la présence, dans un magasin de vêtements, d'une cabine d'essayage accessible aux personnes en fauteuil roulant ou encore, dans d'autres, d'une sonnette, d'un accompagnement dédié, d'une rampe… En open data, ce site peut aussi être renseigné par les gestionnaires eux-mêmes ou leurs clients, offrant ainsi un premier socle d'informations sur un nombre exhaustif d'établissements. Cette démarche n'est pas sans rappeler celle de la plateforme Jaccede ou, dans le champ du tourisme, du label Tourisme et handicaps...

Quel contrat pour les ambassadeurs ?

Ces ambassadeurs de l'accessibilité sont des jeunes en Service civique, âgés de 16 à 25 ans, sans condition de diplômes et sans « sélection sur les profils », le seul critère étant la « motivation », promet le gouvernement. Ils sont recrutés par les collectivités locales qui en font la demande et perçoivent une indemnité nette de 580 euros par mois, pour un contrat de 24h par semaine, allant de six à douze mois. 81 % de cette somme sont pris en charge par l'Etat, le solde, 107 euros, étant à la charge des collectivités. Le gouvernement veille « à ce que ce dispositif soit accessible aux jeunes en situation de handicap », avec des aménagements de postes possibles comme pour tout salarié. Pour eux, la limite d'âge est portée à 30 ans. Par ailleurs, cette allocation peut être cumulée avec l'AAH (Allocation adulte handicapé) et l'aide au logement. Unicités rappelle que sur les 10 000 jeunes en service civique, 6 % sont en situation de handicap. Tous les volontaires disposent d'une carte qui leur confère les mêmes droits que les étudiants, ainsi que d'une couverture sociale complète (détails sur le site dédié en lien ci-dessous). « Ce n'est ni un stage ni un emploi mais une vraie mission d'engagement au service du collectif », assure Béatrice Angrand. Ils sont formés par l'Agence du Service civique, ce qui, selon Sophie Cluzel, est « un vrai plus pour leur future insertion dans l'emploi ». Le coût total de cette opération est estimé à 107 millions d'euros. L'agence va, par ailleurs, accompagner les collectivités volontaires pour leur permettre d'accueillir ces jeunes dans les meilleures conditions. Les inscriptions sont d'ores-et-déjà ouvertes.

Au mépris de la loi

Le chantier est ambitieux puisque que, sur les 2,5 millions d'ERP en France, 750 000 à 900 000 n'ont engagé aucune démarche d'accessibilité, au mépris de la loi. Celle de 2005 avait posé comme date limite le 1er janvier 2015. L'échéance n'ayant pas été tenue, les cartes avaient été rebattues, le gouvernement de l'époque ayant instauré, au grand dam des associations, de nouveaux délais en 2018, 2021 et 2024, selon le type d'établissements ou de services, via les Ad'Ap (Agendas d'accessibilité programmée). Sans plus de succès… Aujourd'hui, parmi les retardataires, 90 % sont des établissements de 5e catégorie, ceux de notre quotidien, de proximité, nécessaires pour « acheter du pain », « boire un café » et « si importants pour la qualité de vie des personnes handicapées », selon Sophie Cluzel. Les campagnes d'information n'ont visiblement pas eu l'effet escompté. Est-ce parce que les amendes peinent à tomber ?

Autre temps, autre gouvernement mais qui choisit encore la carotte plutôt que le bâton. Misant sur la pédagogie, il entend privilégier une « année constructive », Sophie Cluzel prétextant au passage que les petits commençants « ont énormément souffert durant cette crise et, avant, avec celle des Gilets jaunes ». Alors, dans un contexte économique difficile, on avance la carte du retour sur investissement. « En prenant soin d'accueillir tous les publics et en le faisant savoir, vous attirerez davantage de clients », font valoir les porteurs du projet dans un « flyer » établi à l'attention des commerçants (en lien ci-dessous). Cette campagne ne serait donc qu'un « rappel à l'ordre » ? Un de plus ?

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr.Toutes les informations reproduites sur cette page sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Handicap.fr. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, sans accord. Cet article a été rédigé par Emmanuelle Dal'Secco, journaliste Handicap.fr"

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