Bernadette Chirac et le handicap, une histoire intime

Décédée le 6 juin 2026, Bernadette Chirac laisse l'image d'une femme engagée pour la santé et le handicap, notamment via les Pièces Jaunes et un combat intime lié à la maladie de sa fille, Laurence.

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Bernadette Chirac

Derrière l'ancienne Première dame, décédée le 6 juin 2026, se dessine une femme dont l'engagement pour le handicap, la santé et les personnes vulnérables s'est construit sur la durée. Présidente de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France et connue pour être « Madame Pièces Jaunes », Bernadette Chirac a fait de la cause des enfants hospitalisés et des personnes en situation de handicap un axe majeur de son action publique. Une mobilisation discrète mais constante, portée par une forme d'humanisme politique rarement mise en avant dans les hautes sphères de l'État.

Les Pièces Jaunes, symbole d'une solidarité nationale

Lancée en 1989, l'opération Pièces Jaunes devient sous son impulsion un rendez-vous national de la solidarité, matérialisée par une petite boîte jaune en carton, à remplir de pièces de la même couleur. L'objectif : améliorer le quotidien des enfants hospitalisés, dont beaucoup vivent avec un handicap, une maladie chronique ou une grande vulnérabilité. En plus de 30 ans, la collecte a permis de financer pas loin de 5 000 réalisations : chambres parents-enfants, espaces adolescents, structures adaptées au handicap psychique ou moteur. « Transmettre est une étape essentielle pour chacun d'entre nous et le choix de nos héritiers est une démarche révélatrice de nos engagements actuels, comme de nos espoirs pour la société à venir », avait-elle déclaré.

Une histoire familiale marquée par le handicap psychique

L'engagement de la famille Chirac ne peut être dissocié de leur histoire intime. La fille aînée du couple, Laurence Chirac, a souffert d'une forme sévère d'anorexie mentale, un trouble des conduites alimentaires dont l'origine est multifactorielle, marqué par des hospitalisations longues et une grande souffrance. D'après l'Assurance maladie, ce handicap psychique se caractérise par une restriction des apports alimentaires durant plusieurs mois, voire plusieurs années, conduisant à une perte importante de poids associée à une peur intense de prendre du poids. Une douleur intime qui a renforcé, selon plusieurs proches, sa volonté de défendre les invisibles du système de santé.

Pour pallier le manque cruel de structures en France, elle fonde la Maison de Solenn à Paris en 2004, un havre de paix unique pour la jeunesse en détresse psychique. Elle poursuivra ce combat en prenant les rênes de la Fondation Claude Pompidou de 2007 à 2019, multipliant les établissements spécialisés pour personnes en situation de handicap et personnes âgées dépendantes, notamment malades d'Alzheimer. Sur son site, la fondation affirme que l'ancienne Première dame « a marqué son histoire par sa détermination et l'attention sincère qu'elle a toujours portée aux personnes les plus fragiles ».

La Corrèze, terre d'ancrage et modèle médico-social

Au-delà des cercles parisiens, l'engagement de Bernadette Chirac s'est enraciné durablement en Corrèze, son fief de cœur et d'élection. Sous l'impulsion du couple présidentiel, ce département rural est devenu l'un des territoires les mieux dotés de France en matière de structures médico-sociales. À travers les établissements de la Fondation Jacques Chirac, des dizaines de foyers d'accueil médicalisés (FAM), d'instituts médico-éducatifs (IME) et de centres d'aide par le travail ont vu le jour pour offrir une prise en charge d'excellence aux adultes et enfants touchés par le polyhandicap ou l'autisme.

Un héritage politique et humain dans le champ du handicap

À travers ses engagements, Bernadette Chirac a contribué à faire évoluer le regard porté sur le handicap dans la société française, en mettant en avant la dignité, l'accueil et l'inclusion, à une époque où son mari, Jacques Chirac, a fait adopter sous sa présidence la loi historique du 11 février 2005. Leur fille, Claude, lui avait d'ailleurs rendu hommage en février 2020, 15 ans après, en inauguration de la Conférence nationale du handicap (CNH). « Je l'ai souvent entendu dire que son honneur aura été d'avoir inscrit aux tables de la République trois lois pour les personnes handicapées », avait-elle alors exprimé devant l'assemblée. Et de conclure : « Il était convaincu que les plus grands progrès partent de la rencontre entre la réalité et la volonté politique. » Bernadette était, elle aussi, au croisement de ces deux grands principes.

© nicogénine / Wikipedia creative commons

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"Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr"
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